Cis­sé, c’est fou !

Aujourd'hui en France - - SPORT HIPPIQUE - Le mé­dai­lé d’or ivoi­rien du taek­won­do par­lant de lui à la 3e per­sonne SAN­DRINE LEFÈVRE

CE­LA RES­TE­RA comme l’une des images des Jeux. Tel un foot­bal­leur, Cheick Cis­sé s’offre une glis­sade, à plat ventre, sur les ta­pis de la Ca­rio­ca Are­na. Un di­ri­geant ivoi­rien en cos­tume trois pièces tente de suivre le rythme mais rien n’y fait. Dra­peau dans la main, le taek­won­diste, en larmes, en­tame un tour d’hon­neur à toute vi­tesse, de­vant un pu­blic en dé­lire. C’est sou­dain la bous­cu­lade dans les gra­dins, cha­cun veut sa pho­to sou­ve­nir. Le gar­çon mul­ti­plie les sel­fies, se prend pour Usain Bolt en mi­mant l’éclair. « Bolt, ça m’est ve­nu comme ça », se marre-t-il.

Son bon­heur est conta­gieux. Dans la nuit de ven­dre­di à sa­me­di, le jeune homme de 22 ans a of­fert à la Côte d’Ivoire la pre­mière mé­daille d’or olym­pique de son his­toire, tous sports confon­dus. Le tout à la toute der­nière se­conde d’un com­bat que le Bri­tan­nique Lu­ta­lo Mu­ham­mad pen­sait pour­tant maî­tri­ser.

Peu ba­nal, Cheick Cis­sé com­mence par re­mer­cier… Alas­sane Ouat­ta­ra, le pré­sident ivoi­rien. « Le gou­ver­ne­ment a fait ce qu’il pou­vait pour nous ai­der. C’est aus­si grâce au pu­blic que j’ai pu ga­gner », clame-t-il.

On craque pour ce per­son­nage haut en cou­leur. « Je suis par­ti de rien du tout pour de­ve­nir quel­qu’un. Si je vais de­ve­nir un hé­ros dans mon pays ? Je ne sais pas, j’étais dé­jà un hé­ros ! J’en­cou­rage toutes les per­sonnes qui font des sports mi­neurs à croire en leurs rêves, j’en suis un exemple. Je me suis pré­pa­ré sans moyens, à Abid­jan, je m’en­traîne dans le sable, j’ai com­men­cé la com­pé­ti­tion il y a trois ans. »

Et voi­là que Cheick Cis­sé parle sou­dain de lui à la 3e per­sonne. « Cheick Cis­sé est vrai­ment par­ti­cu­lier. Si on veut com­men­cer à ra­con­ter l’his­toire de Cheick Cis­sé, ça n’en fi­ni­ra pas (rires), il y a beau­coup de trucs à ti­rer de ça. Au­jourd’hui, Cheick Cis­sé fait par­ler de la Côte d’Ivoire. Il n’y a pas que le foot­ball chez nous, Cheick Cis­sé en est l’exemple. »

Non loin de lui, Mar­lène Har­nois sou­rit. Fin 2014, un peu par ha­sard, la mé­daillée de bronze des JO de Londres, sous les cou­leurs de la France, a dé­cou­vert le quo­ti­dien des taek­won­distes ivoi­riens. « Je les croi- sais en com­pé­ti­tion où, no­tam­ment en termes d’hé­ber­ge­ment, ils bé­né­fi­ciaient des mêmes moyens que nous. Ja­mais je n’avais ima­gi­né dans quelles condi­tions pré­caires ils s’en­traînent au quo­ti­dien, dans des cours d’école, sans ma­té­riel. »

Pour les ai­der, la cham­pionne a créé une fon­da­tion « Heart An­gels », dont Cheick Cis­sé est de­ve­nu l’am­bas­sa­deur. « Il y a huit mois, grâce aux dons, on a pu of­frir une aire de com­bat et des plas­trons élec­tro­niques. » Cette mé­daille d’or va donc don­ner de l’es­poir aux 35 000 li­cen­ciés de Côte d’Ivoire. D’au­tant plus que Ruth Gbag­bi a dé­cro­ché le bronze chez les femmes. « Ba­by Ruth a comme par­te­naire d’en­traî­ne­ment Cheick Cis­sé, si­gnale le cham­pion olym­pique. Alors si Cheick Cis­sé est mé­daillé d’or, Ba­by Ruth de­vait être mé­daillée de bronze, je lui ai ti­ré les oreilles, elle a com­pris. » Sa­cré per­son­nage !

« Il n’y a pas que le foot­ball chez nous, Cheick Cis­sé en est l’exemple »

Dra­peau ivoi­rien à la main, Cheick Cis­sé a du mal à réa­li­ser son ex­ploit.

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