Mon­te­bourg se lance… contre Hol­lande

PS. L’an­cien mi­nistre du Re­dres­se­ment pro­duc­tif, qui a an­non­cé hier à Fran­gy sa can­di­da­ture à l’Ely­sée, s’est li­vré à une charge vio­lente contre le chef de l’Etat, fus­ti­geant un bi­lan qui, se­lon lui, « n’est pas dé­fen­dable ».

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Fran­gy-en-Bresse (Saône-et-Loire) De nos en­voyés spé­ciaux PHI­LIPPE MARTINAT

ON S’AT­TEN­DAIT à une dé­cla­ra­tion de can­di­da­ture, ce fut une dé­cla­ra­tion… de guerre à Fran­çois Hol­lande. De­vant ses amis, ve­nus à Fran­gy-en-Bresse pour sou­te­nir l’en­trée en lice de leur cham­pion dans la course pré­si­den­tielle, Ar­naud Mon­te­bourg n’a certes pas été avare de pro­po­si­tions pour bâ­tir ce qu’il ap­pelle « la nou­velle France ». L’es­sen­tiel n’est pour­tant pas là, mais dans la to­na­li­té très par­ti­cu­lière qu’il a vou­lu don­ner à son dis­cours. Hier, les oreilles de l’ac­tuel lo­ca­taire de l’Ely­sée ont dû sif­fler plus d’une fois car, à en­tendre Mon­te­bourg, tout ou presque se­rait de la faute de Hol­lande : l’éco­no­mie en berne, la dés­in­dus­tria­li­sa­tion, la mon­tée du chô­mage, la dé­mo­cra­tie en panne, l’aus­té­ri­té… Tout juste s’il ne l’a pas ren­du res­pon­sable du dé­rè­gle­ment cli­ma­tique et du ter­ro­risme.

« En vé­ri­té, je n’au­rais pas dû être là de­vant vous à vous pro­po­ser un pro­jet al­ter­na­tif, a fait mine de confes­ser l’an­cien mi­nistre du Re­dres­se­ment pro­duc­tif. Car pour moi l’al­ter­na­tive était celle que nous avions cru mettre au pou­voir il y a quatre ans. » Poin­tant le « gâ­chis », la « grande oc­ca­sion man­quée » et l’« ou­bli gé­né­ral de ceux qui nous ont man­da­tés », Mon­te­bourg pi­lonne sans re­lâche Hol­lande. « Pour moi, le bi­lan de ce quin­quen­nat n’est pas dé­fen­dable », mar­tèle-t-il. Avant d’ajou­ter dans un vrai-faux mea culpa : « Des er­reurs ont été com­mises sur le che­min qui nous a me­nés là et j’en prends ma juste part. La faute que j’ai com­mise, c’est celle de n’avoir pas réus­si à in­flé­chir, cor­ri­ger, convaincre. » Et de poin­ter la fer­me­ture des hauts­four­neaux de Flo­range qui au­rait pu être évi­tée si on les avait na­tio­na­li­sés comme il le ré­cla- mait, « l’aus­té­ri­té fis­cale et bud­gé­taire de­ve­nue le man­tra de ce quin­quen­nat » et « le mil­lion de chô­meurs de plus ».

Pas d’al­lu­sion à la pri­maire

Sous le so­leil de cette fin août, l’homme à la ma­ri­nière re­prend à peine son souffle pour ti­rer une autre salve : « Et comme s’il fal­lait ajou­ter de la dé­cep­tion à la dés­illu­sion, il y eut la dé­chéance de na­tio­na­li­té et la loi Tra­vail. » Evo­quant son ob­jec­tif de par­ve­nir au plein-em­ploi, Mon­te­bourg ajoute une phrase qui ne fi­gu­rait pas dans le dis­cours : « Le chô­mage, ce n’est pas une ques­tion de chance. » Al­lu­sion cruelle aux mots rap­por­tés dans un livre d’entretiens avec des jour­na­listes à qui le chef de l’Etat confiait, à pro­pos de l’échec de l’in­ver­sion de la courbe du chô­mage, qu’il n’avait « pas eu de bol ».

L’ex-dé­pu­té de Saône-et-Loire en ter­mine avec Hol­lande sur une dé­cla­ra­tion dé­fi­ni­tive qui laisse per­plexe sur le ras­sem­ble­ment à gauche : « Si je suis can­di­dat au ras­sem­ble­ment d’une ma­jo­ri­té de Fran­çais, c’est d’abord parce qu’il m’est im­pos­sible, comme à des mil­lions de Fran­çais, de sou­te­nir l’ac­tuel pré­sident de la Ré­pu­blique. J’au­rais ai­mé pour­tant le sou­te­nir. Mais en vé­ri­té ce n’est pas pos­sible, ce n’est pas sou­hai­table. » En ne souf­flant mot de la pri­maire, qu’un de ses amis qua­li­fie de « ma­noeuvre di­la­toire du pré­sident », Mon­te­bourg laisse en­tendre qu’il pour­rait l’en­jam­ber pour al­ler di­rec­te­ment à la pré­si­den­tielle. Pis : ses ju­ge­ments dé­fi­ni­tifs sur Hol­lande ne visent-ils pas à rui­ner un pro­ces­sus de sé­lec­tion dont il fut au­tre­fois l’ar­dent pro­pa­gan­diste ? A dis­tance, une amie de Hol­lande sou­pire à pro­pos de Mon­te­bourg : « Ce sont ses excès qui vont le tuer. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.