« Il n’y a au­cun contrôle ! »

Mar­tin*,

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - VIC­TOR TASSEL

COMME LES CHAUF­FEURS Uber, les cour­siers à vé­lo des plates-formes de li­vrai­son de re­pas à do­mi­cile ne roulent pas tous dans les clous de la loi. Se­lon les té­moi­gnages que nous avons re­cueillis, cer­tains pro­fitent d’un sys­tème hors contrôle et du manque de vi­gi­lance — vo­lon­taire ou pas — des plates-formes. Etienne* est cour­sier chez De­li­ve­roo de­puis neuf mois, mais il ne dé­clare qu’une par­tie de ses re­ve­nus : le nombre d’heures tra­vaillées. Les pour­boires, com­mis­sions par li­vrai­son et autres bo­nus lui res­tent net d’im­pôts.

« Je ne peux tra­vailler que vingt heures par semaine en tant qu’étu­diant étran­ger. Je gagne seulement 1 000 €. Si vous en­le­vez les co­ti­sa­tions, puis le loyer, la nour­ri­ture… Il ne reste plus grand-chose. Si je dé­clare tout, je ne peux plus vivre… » Se­lon ses dires, cette res­quille est cou­rante dans le mi­lieu, presque né­ces­saire. Mais d’autres com­bines sont plus ra­di­cales.

Des com­bines pour ga­gner plus

Ain­si, Mar­tin* tra­vaillait si­mul­ta­né­ment pour Take Eat Ea­sy et De­li­ve­roo jus­qu’au dé­but de l’été. Payé au smic dans son an­cien tra­vail, il frappe à la porte de ces deux plates-formes avec comme ob­jec­tif d’amé­lio­rer son ni­veau de vie. Alors pour ga­gner le plus pos­sible, à quoi bon dé­cla­rer ses re­ve­nus ! ? « Il n’y a au­cun contrôle, ça passe fa­cile ! » lance, bra­vache, le jeune homme de 22 ans, qui a em­bar­qué ses co­pains dans l’his­toire. « Pour que mes amis puissent tra­vailler hors sta­tut, nous avons uti­li­sé à quatre mon nu­mé­ro Si­ren (NDLR : un nu­mé­ro in­den­ti­fiant les en­tre­prises et les au­toen­tre­pre­neurs) », ex­plique-t-il sans gêne. En clair, De­li­ve­roo et Take Eat Ea­sy émet­taient des fac­tures à dif­fé­rents noms, sans se rendre compte que ces li­vreurs dis­po­saient tous du même nu­mé­ro Si­ren. « Nos équipes vé­ri­fient toutes les si­tua­tions et in­for­ma­tions des bi­kers mais, comme dans n’im­porte quelle en­tre­prise, nous ne sommes pas à l’abri d’éven­tuels men­songes », avoue la di­rec­tion de De­li­ve­roo.

Mais Mar­tin ne s’est pas ar­rê­té là. Lors de son pic d’ac­ti­vi­té, Take Eat Ea­sy avait tel­le­ment de cour­siers à sa dis­po­si­tion que seuls les meilleurs tra­vaillaient. L’oc­ca­sion de dé­mar­cher ses col­lègues in­ac­tifs pour leur pro­po­ser de rou­ler à son compte. « Je don­nais 5 € sur la li­vrai­son au lieu de 7,50 €, et je gar­dais les bo­nus, les pour­boires… C’est ga­gnant-ga­gnant. »

Il était même dé­mar­ché en pleine rue par des in­con­nus qui sou­hai­taient ga­gner un peu d’ar­gent sans avoir à se dé­cla­rer. Et le sys­tème tour­nait à plein ré­gime. En as­so­ciant les comptes de Take Eat Ea­sy et De­li­ve­roo, ses comptes étaient ac­tifs sept jours sur sept. Le soir, il tra­vaillait. Le mi­di, il dé­lé­guait. Une vé­ri­table en­tre­prise. Ré­sul­tat, pour vingt heures de tra­vail par semaine : un sa­laire confor­table com­pris entre 3000 et 3500 €. Et net d’im­pôts. Mar­tin, qui conti­nue pour­tant dans la li­vrai­son à vé­lo, dit au­jourd’hui être ren­tré dans le rang. *Le pré­nom a été chan­gé.

Mar­tin fai­sait tra­vailler d’autres li­vreurs, qui ne vou­laient pas se dé­cla­rer, à son compte. Un sys­tème illé­gal mais ren­table.

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