LAIT.

Des cen­taines d’éle­veurs vont blo­quer ce soir le siège de l’in­dus­triel Lac­ta­lis. Comme ce couple nor­mand, ils se disent étran­glés par des prix d’achat trop bas.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - Dom­jean (Manche) De notre cor­res­pon­dant Ka­rine Le­souef BER­TRAND FIZEL SÉ­VE­RINE CAZES

« CE N’EST PAS POS­SIBLE de vivre comme ça. Toutes les ex­ploi­ta­tions sont dans le rouge. Les gens ne s’en sortent plus. Nous, on de­mande juste à être payés pour notre tra­vail. Lac­ta­lis est le nu­mé­ro un mon­dial, il de­vrait mon­trer l’exemple. Mais au lieu de ti­rer les prix vers le haut, c’est l’in­verse : au­jourd’hui, Lac­ta­lis est le groupe qui ré­mu­nère le moins bien ses pro­duc­teurs ! Ce n’est pas sup­por­table… » Voi­là en quelques mots les rai­sons pour les­quelles Ch­ris­tophe Le­souef, 43 ans, a dé­ci­dé de ré­pondre à l’ap­pel du syn­di­cat agri­cole FNSEA en al­lant ma­ni­fes­ter ce soir de­vant le siège du géant lai­tier Lac­ta­lis à La­val (Mayenne).

Il y a vingt ans, il a re­pris avec sa femme, Ka­rine, l’ex­ploi­ta­tion de ses pa­rents à Dom­jean (Manche). Ils ont au­jourd’hui une cen­taine de vaches. « Un peu plus que lors­qu’on a com­men­cé. Mais notre pro­duc­tion de lait a dou­blé ! »

Le couple, ai­dé seulement d’un s a l a r i é à t e mps pa r t i e l , v e nd au­jourd’hui 900 000 litres de lait par an, ex­clu­si­ve­ment à Lac­ta­lis. Pour pro­duire un tel vo­lume et s’adap­ter aux normes sa­ni­taires, ils ont dû in­ves­tir pas moins de 700 000 €… L e r e mb o u r s e - ment de cette dette s’ajoute évi­dem­ment à ce­lui des parts so­ciales et aux charges. Ré­sul­tat : « Il nous reste exac­te­ment 1 100 € net pour vivre avec nos deux en­fants. Mal- gré tous nos sa­cri­fices, c’est moins que ce qu’on ga­gnait quand on a re­pris la ferme », ex­plique Ka­rine.

Alors, qu’at­tendent-ils con­crè­te­ment de Lac­ta­lis ? La ré­ponse est claire : « Un prix ré­mu­né­ra­teur. On veut juste vivre dé­cem­ment de notre tra­vail. Pour ce­la, on sait qu’il nous faut une ré­mu­né­ra­tion aux alen­tours de 340 €/1 000 litres. Au­jourd’hui, on est à 286 €. C’est à se de­man­der si Lac­ta­lis ne sou­haite pas que le nombre d’éle­veurs di­mi­nue… On est d’au­tant plus amers que ce groupe est à la fois le pre­mier col­lec­teur de lait en France et l e pl us mau­vais payeur ! Dès que le mar­ché baisse, ils ré­per­cutent ces baisses sur nos prix. Mais quand le mar­ché re­part, on ne voit ja­mais la cou­leur de ces aug­men­ta­tions. »

Pour au­tant, le couple n’a guère de choix : « C’est un mar­ché très fluc­tuant. Il y a cinq ans, le groupe Lac­ta­lis nous ré­mu­né­rait plu­tôt mieux que ses concur­rents. Au­jourd’hui, c’est l’in­verse, et on ne sait pas de quoi de­main se­ra fait. Les in­dus­triels ne prennent pas de nou­veaux pro­duc­teurs ; quelle que soit notre si­tua­tion, nous sommes tous plus ou moins pieds et poings liés. C’est aus­si pour ce­la que la pro­fes­sion a au­tant de mal à s’or­ga­ni­ser pour lut­ter contre cette si­tua­tion : la plu­part des éle­veurs sont pro­fon­dé­ment éprou­vés. On tra­vaille sept jours sur sept, on fait de notre mieux et, au bout du compte, on vit avec 1 100 € à quatre. Sans ou­blier la pres­sion culpa­bi­li­sante de nos four­nis­seurs qui nous ré­clament évi­dem­ment le rè­gle­ment de leurs fac­tures. »

En juillet 2015, des cen­taines d’éle­veurs avaient dé­jà lais­sé écla­ter leur co­lère de­vant le siège du même Lac­ta­lis à La­val. Ils avaient ob­te­nu un ac­cord a mi­ni­ma… une lé­gère hausse des prix. Un an plus tard, ce­la ne suf­fit plus dans un contexte eu­ro­péen de sur­pro­duc­tion lai­tière et de baisse des cours.

« Il nous reste exac­te­ment 1 100 € net pour vivre avec nos deux en­fants » Les in­dus­triels de­vront in­di­quer l’ori­gine du lait et des viandes

La pu­bli­ca­tion de ce dé­cret, hier, à la veille des ac­tions an­tiLac­ta­lis des agri­cul­teurs, ne doit rien au ha­sard. La France ex­pé­ri­men­te­ra à par­tir du 1er jan­vier 2017 l’éti­que­tage de l’ori­gine des viandes et du lait dans les pro­duits trans­for­més, une me­sure ré­cla­mée par les as­so­cia­tions de consom­ma­teurs, mais aus­si, plus ré­cem­ment, par les éle­veurs. Cette obli­ga­tion pe­sant sur les in­dus­triels est une première en Eu­rope ; elle por­te­ra sur les plats conte­nant plus de 50 % de viande ou de lait. Pour la viande, la pré­ci­sion d’ori­gine du pro­duit dé­fi­nie par le dé­cret s’ap­plique au pays de nais­sance, d’éle­vage et d’abat­tage des ani­maux. S’agis­sant du lait, elle concerne le pays de col­lecte, de condi­tion­ne­ment et de trans­for­ma­tion. Les éle­veurs fran­çais es­pèrent qu’ain­si bien in­for­més les consom­ma­teurs fe­ront le choix de les sou­te­nir.

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