Mais qui ar­rê­te­ra l’am­broi­sie ?

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - C.P. CLAU­DINE PROUST

« DE­PUIS DEUX SE­MAINES, j’ai re­com­men­cé : an­ti­his­ta­mi­nique, an­ti­asthme, cor­ti­sone… » Si ce re­trai­té ad­met qu’à son âge un tel trai­te­ment « est moins grave que pour les jeunes », c’est un désa­gré­ment dont Phi­lippe de Gous­tine se se­rait bien pas­sé. Lui qui n’avait ja­mais été ni al­ler­gique ni asth­ma­tique avant son ar­ri­vée en Rhône-Alpes doit, chaque an­née après la mi-août, af­fron­ter les at­taques de l’am­broi­sie qui amorce sa flo­rai­son fin juillet.

Comme 10 % des Fran­çais, Phi­lippe est al­ler­gique à cette haute plante sau­vage, dont les pol­lens passent à l’of­fen­sive cette semaine dans le Bas- Hy­per agres­sive pour ceux qui souffrent d’al­ler­gie, à qui elle coûte de longues se­maines de ma­laise, de fa­tigue, voire d’asthme sé­vère, l’am­broi­sie l’est éga­le­ment pour les comptes de la Sé­cu­ri­té so­ciale. Sur la seule ré­gion Rhô­neAlpes où, à force de pro­li­fé­rer, elle af­fecte dé­sor­mais la san­té de plus de 20 % de la po­pu­la­tion, les pol­lens grèvent aus­si chaque an­née le bud­get rem­bour­se­ment de la Caisse sin lyon­nais. Et ils peuvent s’étendre en­suite vers le Poi­tou et les rives mé­di­ter­ra­néennes, pré­vient le Ré­seau na­tio­nal de sur­veillance aé­ro­bio­lo­gique (RNSA) qui in­vite les al­ler­giques à « im­pé­ra­ti­ve­ment suivre les trai­te­ments pres­crits ».

Par­ti­cu­liè­re­ment ir­ri­tante

Nez qui coule, yeux qui piquent et gorge qui gratte : pour beau­coup et très vite après les pre­mières ap­pa­ri­tions, les ma­ni­fes­ta­tions ne se li­mitent pas à un ba­nal rhume des foins. « Sur une échelle de 0 à 5, l’am­broi­sie est des plus ir­ri­tantes », sus­ci­tant aus­si ur­ti­caire, ec­zé­ma et, sur­tout, d’as­su­rance ma­la­die. Entre consul­ta­tions, ana­lyses de bio­lo­gie pour dé­ter­mi­ner l’al­ler­gène, trai­te­ments (an­ti­al­ler­giques, an­ti­asth­ma­tique, an­ti­ec­zé­ma ou ur­ti­caire), voire ar­rêts de tra­vail, les dé­penses de san­té liées à l’am­broi­sie étaient éva­luées, fin 2014, à plus de 15 M€ pour le seul ré­gime gé­né­ral de la Sé­cu­ri­té so­ciale par une étude de l’Ob­ser­va­toire ré­gio­nal de la san­té. asthme par­fois sé­vère, ex­plique l’al­ler­go­logue Pier­rick Hor­dé. Au royaume vé­gé­tal, seuls bou­leaux et cy­près sont aus­si agres­sifs. « Cinq grains de pol­lens par mètre cube d’air suf­fisent à dé­clen­cher l’al­ler­gie, pré­cise un de ses confrères dans l’Isère. Or, une plante adulte peut li­bé­rer… jus­qu’à 2,5 mil­liards de grains. »

Et rendre sen­sible puis ma­lade à tout âge. La moi­tié des vic­times en Rhône-Alpes ont plus de 45 ans. Dans cette seule ré­gion hy­per in­fes­tée, « leur nombre pour­rait en­core dou­bler dans les dix ans à ve­nir », pré­vient Phi­lippe de Gous­tine, pré­sident de l’as­so­cia­tion Stop Am­broi­sie. Il ar­pente sans re­lâche sa com­mune de l’Isère pour re­pé­rer la plante, tire les agri­cul­teurs par la manche pour qu’ils l’ar­rachent dans leurs champs.

Si­gna­lée au XIXe siècle dans le Mas­sif cen­tral, bien ai­dée par le ma­chi­nisme agri­cole et les chan­tiers des an­nées 1950, la plante, dont seuls les mou­tons raf­folent, co­lo­nise un ter­ri­toire qui va crois­sant.

« Au rythme de pro­gres­sion de 800 ha par an dans la ré­gion, avec une ré­gle­men­ta­tion qui laisse la lutte à l’ap­pré­cia­tion des pré­fets et maires, les ar­ra­chages ci­toyens or­ga­ni­sés ici ou là ne peuvent suf­fire à la cir­cons-

Cette plante coûte cher à la Sé­cu

crire », cal­cule l’as­so­cia­tion, qui dé­plore l’ab­sence de plan de lutte na­tio­nal, alors que l’am­broi­sie a été iden­ti­fiée comme un pro­blème de san­té pu­blique il y a… vingt-cinq ans. Même si, of­fi­ciel­le­ment, c’est la loi San­té vo­tée l’hi­ver der­nier qui l’a ins­crite au rang des es­pèces nui­sibles à la san­té hu­maine…

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