Elle ré­clame jus­tice pour son fils

MEURTRE. La ma­man de Ke­ryan, 5 ans, tué par son père à Sin­ga­pour en 2015 sur fond de sé­pa­ra­tion hou­leuse, dé­nonce la man­sué­tude de la jus­tice de cette ci­té-Etat.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Gwen­do­line Graf­fart LOUISE COLCOMBET

ELLE AU­RAIT PU se rendre à Sin­ga­pour as­sis­ter à l’au­dience qui ver­ra au­jourd’hui son ma­ri condam­né pour avoir tué leur fils Ke­ryan, 5 ans, en oc­tobre 2015 dans cette ci­té-Etat d’Asie du Sud-Est. Mais Gwen­do­line Graf­fart n’en a pas eu la force, ju­geant trop « in­sup­por­table de ne pas pou­voir faire en­tendre la voix de Ke­ryan », lâche-t-elle, se­couée par l’émo­tion. C’est donc de­puis la France que cette femme de 40 ans at­tend, im­puis­sante, la dé­ci­sion de la jus­tice sin­ga­pou­rienne, dont elle craint la man­sué­tude. « Là-bas, cer­tains spé­culent et évoquent une peine de deux ans de pri­son… », dé­taille-t-elle, écoeu­rée.

Dans les faits, Phi­lippe Graf­fart, un Belge de 42 ans, qui a étouf­fé son fils après lui avoir ad­mi­nis­tré un som­ni­fère dans le cadre d’une sé­pa­ra­tion hou­leuse, ne risque qu’un maxi­mum de dix ans de pri­son. En mars der­nier, l’an­cien cadre dans la haute fi­nance, ex­pa­trié à Sin­ga­pour avec son épouse fran­çaise et leur fils jus­qu’à ce que leur ma­riage vole en éclats, a en ef­fet ob­te­nu la re­qua­li­fi­ca­tion des faits d’as­sas­si­nat — pu­ni de la peine de mort — en ho­mi­cide in­vo­lon­taire, au terme d’une pro­cé­dure de plai­der-cou­pable, une pra­tique propre aux sys­tèmes ju­di­ciaires d’ins­pi­ra­tion an­glo-saxonne.

« Ke­ryan n’au­ra même pas droit à un pro­cès digne de ce nom, c’est nier la va­leur de sa vie »

Pour jus­ti­fier sa dé­ci­sion, le par­quet de Sin­ga­pour s’est no­tam­ment ap­puyé sur une ex­per­tise psy­chia­trique qui avait dé­ce­lé chez Phi­lippe Graf­fart de graves troubles dé­pres­sifs ayant al­té­ré son dis­cer­ne­ment au mo­ment des faits. Une ver­sion que Gwen­do­line conteste, évo­quant un homme ma­ni­pu­la­teur, violent, qui l’avait me­na­cée de mort et évo­qué son pro­jet d’em­me­ner Ke­ryan dans un autre pays, no­tam­ment en Chine. Dé­but août 2015, elle avait même sai­si la jus­tice de Sin­ga­pour après une grave al­ter­ca­tion et avait de­man­dé la garde ex­clu­sive de leur fils. « La Cour de la fa­mille avait émis un ordre de pro­tec­tion, mais sans re­mettre en cause ses droits de vi­site, et l’en­quête pour in­ti­mi­da­tion cri­mi­nelle s’est sol­dée par un rap­pel à la loi… » se dé­sole-t-elle. Des élé­ments qu’elle a trans­mis à la pro­cu­reur, mais qui n’ont semble-t-il pas in­fluen­cé sa dé­ci­sion. « J’ai sug­gé­ré de me­ner une contre-ex­per­tise en fran­çais, don­né une liste de per­sonnes pou­vant té­moi­gner, en vain, car la par­tie ci­vile n’est pas re­pré­sen­tée dans le sys­tème lo­cal. » Gwen­do­line re­proche éga­le­ment à l’ am­bas­sade de France, qu’elle avait aler­tée, de l’avoir aban­don­née à son sort. « Il a tué notre fils car il sa­vait que ce se­rait le pire des moyens pour me faire souf­frir… Ke- ryan n’au­ra même pas droit à un pro­cès digne de ce nom, c’est nier la va­leur de sa vie », pleure-t-elle.

Une pé­ti­tion lan­cée sur In­ter­net pour « ob­te­nir une vraie jus­tice pour Ke­ryan » a re­cueilli plus de 55 000 si­gna­tures. Gwen­do­line sait pour­tant que ce­la ne suf­fi­ra pas, mais, dé­taille-t-elle, digne, « la der­nière chose que je peux faire pour mon pe­tit gar­çon, c’est me battre ».

Gwen­do­line avait no­tam­ment de­man­dé la garde ex­clu­sive de Ke­ryan après une sé­rie de me­naces de son ex-com­pa­gnon.

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