BOXE.

Deux jours après le titre d’Es­telle Mos­se­ly (- 60 kg), sa com­pagne, To­ny Yo­ka a été sa­cré cham­pion olym­pique des lourds. Un ex­ploit im­mense ! Ils sont les nouvelles stars du sport fran­çais.

Aujourd'hui en France - - L’ACTUALITÉ DES RÉGIONS - Rio (Bré­sil) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux Es­telle Mos­se­ly, com­pagne de To­ny Yo­ka ÉRIC MICHEL

IL Y A D’ABORD ce nom : To­ny Yo­ka. Ça claque ! C’est un bon dé­but quand on veut faire une grande car­rière, de­ve­nir une star. Ça rap­pelle un autre To­ny, Par­ker au basket. Ça sonne un peu comme Ted­dy, Ri­ner. Il y a en­suite ce phy­sique tout en muscles ci­se­lé dans le marbre, cette gueule et ce sou­rire à faire cha­vi­rer les foules. Oui, To­ny Yo­ka, 24 ans, a tout pour lui. Même l’or. Sur­tout l’or. Ce­lui des Mon­diaux de­puis l’an pas­sé. Ce­lui des Jeux, sur­tout, de­puis hier soir.

Pour fi­nir les Jeux sur une apo­théose su­blime, cô­té tri­co­lore, et conso­ler un peu de l’ar­gent des Ex­perts, To­ny Yo­ka a en ef­fet en­voyé l’An­glais Joe Joyce dans les cordes et, plus bas, sur la deuxième marche du po­dium. Oui, en ce di­manche qui fe­ra date pour le sport fran­çais, en cette jour­née qui scelle une quin­zaine his­to­rique pour la boxe tri­co­lore, le co­losse (2 m, 103 kg) des Yve­lines est de­ve­nu cham­pion olym­pique. Et avec la ma­nière ! Et pas dans n’im­porte quelle ca­té­go­rie ! Celle des lourds, celle des rois qui marquent l’his­toire, qui ont ber­cé son en­fance et font les hé­ros. Ro­cky, bien sûr, mais aus­si deux pré­dé­ces­seurs sur les ta­blettes olym­piques, Mo­ha­med Ali et Len­nox Le­wis, de­ve­nus en pro icônes de la ca­té­go­rie reine.

Pre­mier cham­pion olym­pique fran­çais des lourds, il a re­joint sa fu­ture épouse, Es­telle Mos­se­ly, dans le cercle pri­sé et très fer­mé, en France, d e s d i e ux d u r i ng e t d e l’Olympe. Ven­dre­di, Es­telle avait été la 5e, la première de­puis As­loum en 2000, la première femme. To­ny est le 6e. La dé­ci­sion à peine an­non­cée, le géant s’est je­té dans les bras de sa com­pagne dans une émo­tion par­ta­gée en mon­dio­vi­sion. « Es­telle, c’est moi, et moi, c’est Es­telle, ne cesse de ré­pé­ter le cham­pion. On a fait tel­le­ment de sa­cri­fices l’un pour l’autre pour en ar­ri­ver là, tel­le­ment… »

Yo­ka bas­cule dans l’émo­tion et la France avec lui. « On a mon­tré qu’il fal­lait croire en ses rêves. Ma fu­ture épouse est de­ve­nue cham­pionne olym­pique, je me de­vais de faire la même chose. On a pro­mis aux gens qu’on se­rait cham­pions olym­piques en plus d’être cham­pions du monde, et au­jourd’hui on a mon­tré qu’on a eu rai­son d’y croire. Avec le sou­tien de notre fa­mille et de tout le monde, on y est ar­ri­vés. C’est une su­perbe émo­tion », hurle la nou­velle star.

Es­telle et To­ny, To­ny et Es­telle, même com­bat. Quelle his­toire, quand même ! « Je suis tel­le­ment heu­reuse. Je sou­haite à tout le monde de vivre ce que je vis en ce mo­ment, ju­bile Es­telle Mos­se­ly. C’est ma­gique. Il est cham­pion olym­pi- que, on est cham­pions olym­piques ! J’ai crié, crié… » La fu­ture Mme Yo­ka n’est pas près de tou­cher terre.

Yo­ka et Mos­se­ly, c’est l’his­toire d’un des­tin écrit à l’avance. To­ny est le fils d’un an­cien boxeur, Vic­tor Buan­gan­ga Yo­ka, qui, en 1974, était dans le stade de Kin­sha­sa pour suivre le com­bat du siècle Ali - Fo­re­man. Quand To­ny avait 10 ans, Vic­tor lui avait fait une pré­dic­tion : « Il m’a dit que j’irais aux Jeux de 2012 et que je se­rais cham­pion olym­pique en 2016. » To­ny, ain­si pré­nom­mé en hom­mage à To­ny Mon­ta­na, le hé­ros de « Scar­face », était à Londres (sor­ti au 1er tour) et en a gar­dé un tatouage à l’in­té­rieur de son avant-bras. « La chute n’est pas un échec. L’échec, c’est de res­ter là où on est tom­bé. »

Es­telle, elle, n’était pas à Londres. A l’époque, elle mul­ti­pliait les pe­tits bou­lots pour suivre des études d’in­gé­nieur en in­for­ma­tique. Ba­che­lière avec men­tion à 17 ans, la pé­tillante j eune f emme n’ est pas qu’une boxeuse qui « frappe comme un homme », comme le dit Bra­him As­loum. C’est aus­si une tête bien faite qui concocte à l’oc­ca­sion les ma­ca­rons dont To­ny raf­fole, à l’abri dans leur F 3 de la ban­lieue pa­ri­sienne.

La date du ma­riage n’est pas en­core of­fi­ciel­le­ment fixée. Avant ce­la, ils ont autre chose à cé­lé­brer. « On va faire la fête, pro­met Es­telle Mos­se­ly. Il y a toute la fa­mille, les en­traî­neurs. On va dire mer­ci à tout le monde d’avoir cru en nous. On ne va pas dor­mir pen­dant long­temps… » Que du bon­heur.

« Il est cham­pion olym­pique. On est cham­pions olym­piques. On ne va pas dor­mir pen­dant long­temps… »

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