Berges pié­tonnes :

CIRCULATION. L’avis né­ga­tif de la com­mis­sion d’en­quête pu­blique sur la pié­ton­ni­sa­tion de la voie Georges-Pom­pi­dou n’y change rien. La maire de Pa­ris main­tient son pro­jet.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - BE­NOÎT HASSE (AVEC ÉMI­LIE TORGEMEN)

AVIS DE TEM­PÊTE sur la voie Georges-Pom­pi­dou. A quelques se­maines du lan­ce­ment par la mai­rie de Pa­ris de la pié­ton­ni­sa­tion dé­fi­ni­tive de cette au­to­route ur­baine qui tra­verse toute la ca­pi­tale, la com­mis­sion d’en­quête pu­blique vient de rendre son avis sur le dos­sier. Sur­prise : il est dé­fa­vo­rable !

La com­mis­sion, qui a pi­lo­té l’en­quête pu­blique me­née en juin­dans les Ier, IVe, VIIe et XIIe ar­ron­dis­se­ments, cri­tique no­tam­ment « l’in­suf­fi­sance » du pé­ri­mètre re­te­nu pour la pro­cé­dure. Elé­ment clé du plan de lutte contre la pol­lu­tion de l’air de la mai­rie, le pro­jet mu­ni­ci­pal pré­voit la fer­me­ture aux voi­tures des voies sur berge de la rive droite sur un tron­çon de 3,3 km, de l’en­trée du tun­nel des Tui­le­ries jus­qu’au port de l’Ar­se­nal. Mais son im­pact (en termes de re­port de circulation) ira bien au-de­là des seuls ar­ron­dis­se­ments si­tués sur le tra­cé, es­time en sub­stance la com­mis­sion d’en­quête.

« Pour être sin­cère, l’en­quête doit in­té­grer dans son pé­ri­mètre toutes les zones dans les­quelles le pro­jet est sus­cep­tible d’avoir des consé­quences », in­dique ain­si le com­mis­saire. « Les Ve, VIe et VIIIe ar­ron­dis­se­ments su­bi­ront un re­port de près des trois quarts des vé­hi­cules qui ne pour­ront plus em­prun­ter les voies sur berges », ajoute-t-il, en pré­ci­sant que la com­mis­sion n’a pas les moyens de se pro­non­cer sur l’in­té­rêt pu­blic du pro­jet.

Les op­po­sants four­bissent leurs armes

Son rap­port (trans­mis à la Ville dé­but août mais ré­vé­lé seule­ment ce lun­di) a don­né lieu à une ré­ponse cin­glante d’Anne Hi­dal­go. La maire (PS) de Pa­ris, qui dé­nonce une lec­ture orien­tée du dos­sier, a in­di­qué qu’elle ne tien­dra pas compte de l’avis dé­fa­vo­rable (lire en page 3). « Il n’est que consul­ta­tif, confirme Ar­naud Gos­se­ment, avo­cat spé­cia­liste de l’en­vi­ron­ne­ment. Mais il ne compte pas pour du beurre », pré­cise-t-il aus­si­tôt.

« En pra­tique, si la mai­rie dé­cide de pas­ser outre ce feu rouge, son pro­jet sera at­ta­qué de­vant le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif par des op­po­sants (grou­pe­ment d’au­to­mo­bi­listes ou as­so­cia­tions de ban­lieu­sards par exemple). La ju­ri­dic­tion pour­ra s’ap­puyer sur les ar­gu­ments pré­sen­tés par la com­mis­sion d’en­quête. Sans comp­ter l’as­pect po­li­tique. Il est tout de même dé­li­cat de dé­cla­rer qu’on est par­ti­san de la dé­mo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive puis de se mo­quer com­plè­te­ment des ré­sul­tats d’une telle consultation », ex­plique l’avo­cat.

Du cô­té des op­po­sants à la pié­ton­ni­sa­tion, on four­bit dé­jà ses armes pour ten­ter d’ex­ploi­ter l’avis dé­fa­vo­rable de la com­mis­sion. Les élus du groupe LR à la mai­rie de Pa­ris qui avaient pré­sen­té (sans suc­cès) en mai 2015 un contre-pro­jet de pié­ton­ni­sa­tion des berges moins am­bi­tieux ré­clament dé­sor­mais l’aban­don du pro­jet mu­ni­ci­pal « mal fi­ce­lé » et la ré­ou­ver­ture d’une vraie concer­ta­tion sur l’ave­nir des voies sur berges.

Même sa­tis­fac­tion du cô­té des as­so­cia­tions de conduc­teurs. « L’ar­gu­ment de rendre les berges de Seine aux pié­tons et aux pro­me­neurs ne tient pas. La preuve : la mai­rie a in­té­gré le tun­nel des Tui­le­ries (800 m en sou­ter­rain !) dans la fu­ture pro­me­nade », rap­pelle Da­niel Qué­ro, pré­sident de 40 Mil­lions d’au­to­mo­bi­listes, qui voit dans ce pro­jet une dé­ci­sion « idéo­lo­gique ». Son as­so­cia­tion va de­man­der à la Ville le re­trait de son pro­jet de pié­ton­ni­sa­tion. « Si la mai­rie per­siste, nous avons dé­sor­mais plus de billes pour at­ta­quer. » Square de l’Hô­tel de Ville, voie Georges-Pom­pi­dou (Pa­ris IVe).

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