L’air bien­tôt plus res­pi­rable ?

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - ÉLO­DIE CHERMANN

de re­con­quête des berges de la Seine va-t-il ré­duire la pol­lu­tion de l’air, comme l’es­père la Ville de Pa­ris ? La com­mis­sion d’en­quête pu­blique ne semble pas y croire une se­conde. Dans le rap­port qu’elle a ren­du hier, elle as­sure que près de la moi­tié des 2 700 vé­hi­cules im­pac­tés par cette fer­me­ture en heures de pointe vont se re­por­ter sur les quais hauts, pa­ral­lèles à la voie fer­mée, ain­si que sur le pé­ri­phé­rique et le bou­le­vard Saint-Ger­main. Avec à la clé « des com­pli­ca­tions im­por­tantes pour l’écou­le­ment des flux » sur ces axes. Des craintes par­ta­gées par Jean-Bap­tiste Re­nard, di­rec­teur de re­cherches au CNRS. « La pol­lu­tion est très lo­ca­li­sée, rap­pelle-t-il. Si vous fer­mez la circulation dans un sec­teur, vous ré­dui­sez la quan­ti­té de par­ti­cules car­bo­nées émises lo­ca­le­ment, mais si vous ne li­mi­tez pas le tra­fic glo­bal, ça ne change pas grand­chose à la qua­li­té de l’air. »

Chan­ge­ment de com­por­te­ment

Sauf que de­puis 1995, le mou­ve­ment est bel et bien en marche dans la ca­pi­tale. « En vingt ans, un quart du tra­fic au­to­mo­bile a été sup­pri­mé dans Pa­ris in­tra-mu­ros », rap­pelle Fré­dé­ric Hé­ran, en­sei­gnant-cher­cheur en éco­no­mie et ur­ba­nisme à l’uni­ver­si­té de Lille. La qua­li­té de l’air d’ailleurs s’en res­sent. D’après une étude d’Air­pa­rif pu­bliée en juillet 2013, les émis­sions d’oxyde d’azote ont ain­si di­mi­nué sur le ré­seau rou­tier pa­ri­sien de 30 % entre 2002 et 2012. « Nous sommes al­lés trop loin dans la vi­tesse et le tra­fic. Au­jourd’hui, on es­saie de re­trou­ver un équi­libre pour que la ville re­de­vienne vi­vable », se fé­li­cite-t-il. Pour lui, fer­mer les voies sur berge va dans le bon sens. « Il y au­ra sans doute un peu d’en­gor­ge­ment au dé­but mais ce ne sera pas la throm­bose com­plète an­non­cée », as­sure-t-il. « En ef­fet, dès qu’on sup­prime un amé­na­ge­ment ur­bain, une par­tie du tra­fic s’éva­pore na­tu­rel­le­ment. » C’est no­tam­ment ce qui s’est pas­sé en oc­tobre 2012 à Rouen après la fer­me­ture pen­dant deux ans du pont Ma­thilde, qui concen­trait pour­tant 80 000 dé­pla­ce­ments jour­na­liers. Un mi­racle ? Non, juste le fruit d’un chan­ge­ment de com­por­te­ment. « Quand ça coince trop, conclut l’ex­pert, les gens fi­nissent par re­non­cer à la voi­ture et uti­lisent un autre moyen de trans­port. »

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