Pour­quoi ça va de mal en pis

AGRI­CUL­TURE. Des pro­duc­teurs lai­tiers ont ma­ni­fes­té hier à La­val (Mayenne), siège du géant Lac­ta­lis, pour ré­cla­mer de meilleurs prix d’achat.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - AN­THO­NY HALPERN ET VIC­TOR TASSEL

LA CO­LÈRE GRONDE. Hier soir, les pro­duc­teurs lai­tiers ont com­men­cé à ma­ni­fes­ter de­vant le siège de Lac­ta­lis, à La­val (Mayenne). Les éle­veurs de­mandent des comptes au géant mon­dial du lait. En cause, des ventes à perte pour les pro­duc­teurs et des prix d’achat les plus bas du mar­ché fran­çais. Une si­tua­tion d’ur­gence qui ne se ré­sume pas à Lac­ta­lis et au mar­ché hexa­go­nal. Re­tour sur les rai­sons d’une crise eu­ro­péenne qui se dur­cit de­puis deux ans.

Une de­mande mon­diale en chute libre

La source du mal vient d’Asie. A par­tir de 2008, la Chine pri­vi­lé­gie l es pro­duits l ai­tiers i mpor­tés après divers scan­dales au­tour de la pro­duc­tion lo­cale. L’em­pire du Mi­lieu de­vient alors le pre­mier pays im­por­ta­teur de lait au mon- de. Jus­qu’en 2014… et la baisse de l’at­trait des Chi­nois pour le lait. Tous les pro­duc­teurs eu­ro­péens pâ­tissent dès lors de ce revers.

Quelques mois plus tard, nou­veau coup dur. En ré­ponse aux sanc­tions fi­nan­cières in­fli­gées par l’Union eu­ro­péenne (UE) à la Rus­sie, à la suite du conflit ukrai­nien, Mos­cou im­pose un em­bar­go sur l’en­semble des pro­duits ali­men­taires eu­ro­péens le 6 août 2014. Avec cet ache­teur en moins, les cours du lait chutent.

Une pro­duc­tion eu­ro­péenne sur­abon­dante

Mi­sant sur de nou­veaux dé­bou­chés dans les pays émer­gents, l’UE sup­prime les quo­tas lai­tiers en avril 2015, ou­til qui ré­gu­lait jusque-là la pro­duc­tion eu­ro­péenne. « L’idée était de li­bé­ra­li­ser le mar­ché pour per­mettre aux éle- veurs eu­ro­péens de pro­duire plus pour conqué­rir ces nou­veaux mar­chés », sou­ligne Ma­rion Cas­sa­gnou, ex­perte au bu­reau d’ana­lyse agri­cole Agri­tel.

Las, la de­mande mon­diale se met à chu­ter alors que, dans le même temps, la pro­duc­tion eu­ro­péenne ex­plose. « Les ex­ploi­ta­tions lai­tières en France ont per­du 30 % de chiffre d’af­faires entre 2014 et 2015 », avance Thier­ry Ro­que­feuil, pré­sident de la Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des pro­duc­teurs de lait.

Des charges qui pèsent lourd

C’est tout le pa­ra­doxe. Les éle­veurs fran­çais sont les plus vi­ru­lents pour dé­non­cer les cours du lait, alors que ce sont eux qui ar­rivent à vendre leur lait le plus cher, com­pa­ré aux voi­sins eu­ro- péens (voir in­fo­gra­phie ci-des­sus). « Mais on doit com­po­ser avec des coûts de pro­duc­tion éle­vés, que ce soit la fis­ca­li­té, la main-d’oeuvre, les charges so­ciales ou les mises aux normes fran­çaises », dé­plore Phi­lippe Je­han, res­pon­sable de la Fé­dé­ra­tion dé­par­te­men­tale des syn­di­cats d’ex­ploi­tants agri­coles (FDSEA) de la Mayenne.

Les contrats par­ti­cu­liers de Lac­ta­lis

Si le nu­mé­ro un mon­dial des pro­duits lai­tiers — avec les marques Bri­del, Pré­sident, Lan­que­tot, Ro­que­fort So­cié­té, Sa­la­kis, Bri­del… — qui re­pré­sente 20 % du mar­ché lai­tier na­tio­nal, est la cible des ma­ni­fes­tants, c’est qu’il pra­tique les prix les plus bas. « Le mois der­nier, Lac­ta­lis ache­tait 256 € la tonne de lait, contre 270 pour ses concur­rents », tance Phi­lippe Je­han.

« La si­tua­tion ac­tuelle ne per­met pas d’aug­men­ter les ta­rifs. Notre mar­ché est ul­tra-concur­ren­tiel. Il faut res­ter com­pé­ti­tif », ré­torque Mi­chel Na­let, porte-pa­role du groupe. Mais il n’y a pas que ça. Lac­ta­lis est aus­si le seul ache­teur à im­po­ser des contrats avec un vo­lume de pro­duc­tion fixe. Du coup les éle­veurs qui tra­vaillent avec lui ne peuvent pas com­pen­ser la baisse des prix en aug­men­tant le vo­lume de leurs ventes. le­pa­ri­sien.fr Prix moyen du lait payé au pro­duc­teur de­puis 2013

E

Chan­gé (Mayenne), hier. De­vant le siège de Lac­ta­lis, près de La­val, les agri­cul­teurs ma­ni­festent pour re­ven­di­quer une meilleure ré­mu­né­ra­tion du lait.

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