La re­cette de Ch­ris­tine et Sa­muel pour s’en sor­tir

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - Le Theil (Manche) De notre correspondant BER­TRAND FIZEL

« LE CAL­CUL EST SIMPLE : si on ven­dait tout notre lait à la coo­pé­ra­tive, on per­drait plus de 50 % de chiffre d’af­faires ! » Alors que la co­lère des pro­duc­teurs de lait ne cesse de mon­ter, no­tam­ment contre les prix pra­ti­qués par Lac­ta­lis, Ch­ris­tine et Sa­muel Bros­tin, 42 et 46 ans, ins­tal­lés au Theil (Manche), se disent plu­tôt bien lo­tis. C’est qu’ils ont fait il y a près de vingt ans des choix à contre­cou­rant de la prof e s s i o n , c o mme trans­for­mer eux­mêmes une grande par­tie de leur pro­duc­tion plu­tôt que de confier cette étape à d’autres.

« Avant de re­prendre la ferme, je tra­vaillais dans une coo­pé­ra­tive. La trans­for­ma­tion, c’est mon mé­tier d’ori­gine. On a pro­fi­té de cette chance », ex­plique Ch­ris­tine. Beurre, crème et ca­mem­bert au lait cru sont ven­dus sur les mar­chés. « La de­mande a tout de suite été au ren­dez-vous. Les pre­mières se­maines, on uti­li­sait seule­ment 10 % de notre lait pour la trans­for­ma­tion. Mais très vite on est mon­tés à 80 %. Le reste, on a conti­nué à le vendre à la coo­pé­ra­tive. »

Et la stra­té­gie du couple ne s’est pas ar­rê­tée là. En 1998, quand ils re­prennent la ferme des pa­rents de Ch­ris­tine, il n’est ques­tion pour eux ni d’étendre l’ex­ploi­ta­tion ni d’agran­dir le chep­tel. « Les pa­rents de Ch­ris­tine avaient 20 vaches. On en a au­jourd’hui 24 », sou­rit Sa­muel. Ils col­lectent à peine 90 000 litres de lait là où des fermes voi­sines en pro­duisent dix fois plus. Pour s’en sor­tir, ils li­mitent les coûts. « On nour­rit nos vaches à l’herbe, aux bet­te­raves et aux cé­réales. On évite toutes les charges d’ex­ploi­ta­tion liées au maïs. On n’achète au­cun concen­tré pour nos vaches. Elles donnent ce qu’elles donnent… »

Pour au­tant, le couple ne dresse pas un por­trait idyl­lique. « Il y a des se­maines où on a tra­vaillé jus­qu’à vingt heures par jour ! Je me re­le­vais à 2 heures du ma­tin pour sur­veiller mes ca­mem­berts. Ça né­ces­site aus­si de faire les mar­chés, en plus de notre mé­tier. On a fait de gros sa­cri­fices. » Mais en ces temps mo­roses, le couple tire son épingle du jeu. « Ce n’est pas seule­ment une ques­tion de re­ve­nus. On a la chance d’avoir un contact di­rect avec nos clients : 95 % sont main­te­nant des fi­dèles. Ça rend notre tra­vail va­lo­ri­sant », ren­ché­rit Ch­ris­tine.

Quant au re­gard que le couple porte sur la coo­pé­ra­tive, il est à l’op­po­sé de ce que vit une par­tie de la pro­fes­sion. « Nous com­pre­nons les dif­fi­cul­tés ter­ribles des éle­veurs. Mais nous, nous sommes au contraire très re­con­nais­sants en­vers notre coo­pé­ra­tive. Elle nous per­met d’écou­ler la pro­duc­tion lai­tière qui ne passe pas en trans­for­ma­tion. Et en plus, si on veut in­ter­rompre la trans­for­ma­tion parce que l’un de nous a un pro­blème ou pour prendre deux se­maines de congé, on sait que la lai­te­rie prend notre lait. On n’en a que le bon cô­té. »

De la pro­duc­tion de lait à la vente de ca­mem­berts

Le Theil (Manche), hier. Ch­ris­tine et Sa­muel ont fait un choix stra­té­gique à contre­cou­rant de la pro­fes­sion il y a vingt ans. Ils ont gar­dé un chep­tel d’une ving­taine de vaches et as­surent la trans­for­ma­tion du lait et la vente de leurs pro­duits eux-mêmes.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.