Une pri­son en… conte­neurs

IN­SO­LITE. Une PME, Cap­sa, fa­brique les cel­lules du nou­veau centre de se­mi-li­ber­té du Pas-de-Ca­lais. Par­ti­cu­la­ri­té : elles sont construites à par­tir de conte­neurs ma­ri­times.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - AN­THO­NY HALPERN

A PRIO­RI, rien de sur­pre­nant. En avril 2017 doit être inau­gu­ré le centre de se­mi-li­ber­té (CSL) de SaintMar­tin-Bou­logne (Pas-de-Ca­lais), construit par le groupe Eif­fage pour un contrat de 5,4 M€. Mais au mo­ment de cou­per le ru­ban, les yeux se­ront ri­vés sur les 47 cel­lules in­di­vi­duelles fa­bri­quées dans des… conte­neurs ma­ri­times re­cy­clés.

Le pro­jet, in­édit en France, re­pose sur les épaules d’une PME sous-trai­tant d’Eif­fage, Cap­sa. Com­man­dés en Chine, ces conte­neurs sont, de­puis le 18 juillet, en cours de trans­for­ma­tion dans l’usine de Mey­zieu, dans le Rhône.

A quoi res­sem­ble­ront les cel­lules ? Mys­tère. Eif­fage veut en­core main­te­nir le se­cret. Tout juste sai­ton qu’elles fe­ront 11,7 m2 et se­ront com­po­sées d’une kit­che­nette, d’une salle de bains et se­ront re­cou­vertes d’un bar­dage. Elles doivent être li- vrées d’ici fin no­vembre, dé­but dé­cembre. « Notre contrat est su­pé­rieur au mil­lion d’euros pour à la fois le trans­port, les conte­neurs, l’amé­na­ge­ment, les études réa­li­sées ain­si que la construc­tion de portes et de fe­nêtres », pré­cise Cé­dric De­noyel, fon­da­teur de Cap­sa en 2013.

Un test pour l’ad­mi­nis­tra­tion pé­ni­ten­tiaire

L’en­tre­prise s’est vu im­po­ser le même ca­hier des charges que pour une construc­tion tra­di­tion­nelle. Elle res­pecte les im­pé­ra­tifs d’iso­la­tion grâce à « d’ex­cel­lents co­ef­fi­cients ther­mique et pho­nique », se ré­jouit le PDG de la PME. Ques­tion sé­cu­ri­té, pas de trai­te­ment de fa­veur. « Comme l’exige la ré­gle­men­ta­tion, nos ma­té­riaux ne se­ront ni dé­mon­tables ni cas­sables et on ne pour­ra rien at­ta­cher sur les murs. »

Mais pour­quoi construire ces cel- lules d’un nou­veau genre ? Se­lon Cé­dric De­noyel, ce pro­jet pré­sente deux in­té­rêts ma­jeurs : « D’un cô­té, on peut es­ti­mer l’éco­no­mie réa­li­sée entre 10 et 12 %. De l’autre, nous sommes ca­pables de mettre sur pied 47 cel­lules en à peine trois mois. Un dé­lai im­bat­table. »

Si la ra­pi­di­té du chan­tier n’est pas dé­men­tie par la di­rec­tion de l’ad­mi­nis­tra­tion pé­ni­ten­tiaire (un an, contre deux ha­bi­tuel­le­ment, pour la to­ta­li­té de la struc­ture), cette der­nière se montre plus nuan­cée sur le gain fi­nan­cier. « On est dans la four­chette basse des coûts de CSL. Si tech­ni­que­ment des éco­no­mies peuvent être réa­li­sées, elles sont mal­gré tout li­mi­tées par la ri­gi­di­té de la ré­gle­men­ta­tion car­cé­rale qui né­ces­site beau­coup de main-d’oeuvre pour adap­ter le conte­neur aux normes. » Des sur­coûts qui n’existent pas dans les autres pro­jets d’ha­bi­tat de Cap- sa, comme ceux de lo­ge­ments étu­diants. Les ré­sul­tats de cette ex­pé­ri­men­ta­tion se­ront sui­vis de près. « Ce CSL fait fi­gure de test gran­deur na­ture. En fonc­tion du bi­lan ti­ré, nous ver­rons si nous re­nou­vel­le­rons l’ex­pé­rience », as­sure la di­rec­tion de l’ad­mi­nis­tra­tion pé­ni­ten­tiaire.

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