La dé­pres­sion est aus­si une af­faire de gènes

RE­CHERCHE MÉ­DI­CALE. Une étude amé­ri­caine a iden­ti­fié 17 fac­teurs gé­né­tiques liés po­ten­tiel­le­ment à la dé­pres­sion. Une avan­cée dans la connais­sance de la ma­la­die.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Dr Roy Per­lis, co­au­teur de l’étude C.M. CH­RIS­TINE MATEUS

« Ce­la de­vrait ai­der à dire clai­re­ment qu’il s’agit d’une ma­la­die du cer­veau » Une étude ba­sée sur des tests ADN

ET SI LA VUL­NÉ­RA­BI­LI­TÉ à la dé­pres­sion était ins­crite dans notre ADN ? Une étude amé­ri­caine vient confir­mer cette piste pour ex­pli­quer l’un des fléaux du siècle… chez les per­sonnes d’ori­gine eu­ro­péenne. Des mu­ta­tions gé­né­tiques propres à la po­pu­la­tion eu­ro­péenne pro­vo­que­raient, en ef­fet, un risque ac­cru de trouble dé­pres­sif ma­jeur. La dé­pres­sion ne se li­mi­te­rait donc pas aux seuls as­pects psy­cho­lo­giques mais se­rait aus­si une his­toire de gènes.

Pu­bliée dans la re­vue spé­cia­li­sée « Nat u r e Ge n e - t i cs » , l ’ étude a iden­ti­fié 17 va­ria­tions gé­né­tiques po­ten­tiel­le­ment à risque. Un pas pour mieux com­prendre la com­po­sante bio­lo­gique de cette ma­la­die et ai­der au dé­ve­lop­pe­ment de nou­veaux trai­te­ments. Pour par­ve­nir à ces ré­sul­tats, les cher­cheurs ont pris en compte plus de 121 000 per­sonnes, qui ont dé­cla­ré avoir été diag­nos­ti­quées dé­pres­sives ou être trai­tées pour cette ma­la­die, et 338 000 autres per­sonnes se di­sant sans an­té­cé­dents. Pour l’un des au­teurs de l’étude, le doc­teur Roy Per­lis, psy­chiatre au Mas­sa­chu­setts Ge­ne­ral Hos­pi­tal et pro­fes­seur as­so­cié à la Har­vard Me­di­cal School, « trou­ver des gènes as­so­ciés à la dé­pres­sion de­vrait ai­der à dire clai­re­ment qu’il s’agit d’une ma­la­die du cer­veau ». Il es­père ain­si « di­mi- nuer la stig­ma­ti­sa­tion » des ma­lades.

En France, se­lon une étude de l’Inpes (l’Ins­ti­tut na­tio­nal de pré­ven­tion et d’édu­ca­tion pour la san­té), la dé­pres­sion tou­che­rait plus de 3 mil­lions de per­sonnes de 15 à 75 ans et près de 8 mil­lions ont vé­cu ou vi­vront une dé­pres­sion au cours de leur vie. Elle at­teint plus sou­vent les femmes que les hommes, et les chô­meurs sont une po­pu­la­tion à haut risque.

« La piste de causes gé­né­tiques n’est pas nou­velle mais elle se pré­cise. Mais si la dé­pres­sion com­prend bien des fac­teurs gé­né­tiques, ils n’ex­pliquent pas tout, pré­cise le psy­chiatre Laurent Ka­ri­la. Nous avons aus­si des fac­teurs en­vi­ron­ne­men­taux, cé­ré­braux… C’est l’in­te­rac­tion de tout ce­la qui fait la ma­la­die. » Que pense-t-il de l’étude amé­ri­caine ? Pour leur étude, les cher­cheurs ont uti­li­sé les don­nées de la so­cié­té amé­ri­caine 23andMe, qui vend des tests ADN aux par­ti­cu­liers afin d’éva­luer leur risque gé­né­tique de dé­ve­lop­per cer­taines ma­la­dies. Connaître nos in­for­ma­tions gé­né­tiques, et donc les risques de trans­mettre une pa­tho­lo­gie à nos en­fants, c’est ce que pro­met cette start-up amé­ri­caine, au­to­ri­sée à com­mer­cia­li­ser ces tests sans que l’ache­teur soit pas­sé par un médecin. Ils sont en ef­fet en vente libre aux Etats-Unis. Les tests de 23andMe (en ré­fé­rence aux 23 paires de chro­mo­somes dans l’ADN hu­main) four­nissent des in­for­ma­tions sur 36 ma­la­dies, dont la mu­co­vis­ci­dose. En France, la loi de bioé­thique in­ter­dit la vente libre de tests gé­né­tiques. « Tout ce qui per­met de mieux com­prendre la dé­pres­sion est une avan­cée pour les ma­lades. Ce­la va ai­der à af­fi­ner les trai­te­ments. Il ap­pa­raît, en ef­fet, que lors­qu’on est por­teur de cer­tains gènes, on ré­pond plus ou moins bien à cer­tains mé­di­ca­ments. » Dans le monde, 350 mil­lions de per­sonnes sont concer­nées, d’après les chiffres de l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té, qui a dé­fi­ni ain­si les symp­tômes de ce trouble men­tal : tris­tesse, perte d’in­té­rêt ou de plai­sir, sen­ti­ments de culpa­bi­li­té ou de faible es­time de soi, troubles du som­meil ou de l’ap­pé­tit, sen­sa­tion de fa­tigue et manque de concen­tra­tion. Dans les cas les plus graves, la dé­pres­sion peut me­ner au sui­cide.

Les fac­teurs en­vi­ron­ne­men­taux ne se­raient pas, d’après une étude amé­ri­caine réa­li­sée au­près de 459 000 per­sonnes, les seuls res­pon­sables dans l’ap­pa­ri­tion d’une dé­pres­sion. La gé­né­tique pour­rait aus­si jouer un rôle im­por­tant.

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