Eva­cua­tion et dis­per­sion de dé­te­nus ra­di­ca­li­sés

PRI­SON. Une di­zaine de pri­son­niers de Fleu­ry-Mé­ro­gis, soup­çon­nés de se re­grou­per à des fins de pro­sé­ly­tisme is­la­miste, ont été sé­pa­rés et trans­fé­rés vers d’autres centres.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Fleu­ry-Mé­ro­gis (Es­sonne) NI­CO­LAS GOINARD ET NI­CO­LAS SIVAN

C’EST LA PRE­MIÈRE FOIS qu’un phé­no­mène de cette am­pleur est dé­tec­té par l’ad­mi­nis­tra­tion pé­ni­ten­tiaire. Une di­zaine de dé­te­nus, soup­çon­nés de « ra­di­ca­li­sa­tion is­la­miste vio­lente », sont en cours de trans­fè­re­ment de la pri­son de Fleu­ry-Mé­ro­gis (Es­sonne) vers d’autres centres pé­ni­ten­tiaires de France. Aux mois de juillet et d’août, ces pri­son­niers par­ti­cu­liè­re­ment sur­veillés ont été iden­ti­fiés comme me­neurs lors de plu­sieurs ma­ni­fes­ta­tions sans vé­ri­table lien avec la re­li­gion. Mais soup­çon­nant « une ten­ta­tive de struc­tu­ra­tion », l’ad­mi­nis­tra­tion pé­ni­ten­tiaire a pré­fé­ré tuer l’ini­tia­tive dans l’oeuf.

Le 1er août, par exemple, « une cen­taine de dé­te­nus ont re­fu­sé de re­ga­gner leurs cel­lules », in­dique Da­vid Der­rouet, le maire (LR) de Fleu­ry-Mé­ro­gis. « Pen­dant deux jours, ça a été très chaud. » Mo­tif ? « Ils es­ti­maient que le temps pas­sé en cel­lule était trop im­por­tant et qu’il n’y avait pas as­sez de pro­me­nades », pré­cise-t-il.

Un sui­vi in­di­vi­duel im­pos­sible

Mais l’ad­mi­nis­tra­tion pé­ni­ten­tiaire juge que des is­la­mistes peuvent se ser­vir de ce type de re­ven­di­ca­tions pour faire du pro­sé­ly­tisme. « On sou­haite cas­ser ces re­grou­pe­ments dès lors qu’ils sont me­nés par des in­di­vi­dus ra­di­ca­li­sés vio­lents, in­dique une source pé­ni­ten­tiaire. Pour nous c’est une ten­ta­tive dé­tour­née de se rap­pro­cher d’autres dé­te­nus. » Trois quarts des pri­son­niers ra­di­ca­li­sés se trouvent en Ile-de-France. La concen­tra­tion est par­fois telle que les sur­veillants sont dans l’in­ca­pa­ci­té de les suivre in­di­vi­duel­le­ment, comme c’est le cas pour Sa­lah Ab­des­lam, le dé­te­nu le plus sur­veillé de France, aus­si dé­te­nu à Fleu­ry-Mé­ro­gis. Elle a donc pré­fé­ré suivre une « lo­gique de dis­per­sion » per­met­tant d’iso­ler cha­cun de ces in­di­vi­dus, comme le sou­ligne une note ré­cem­ment trans­mise à tous les centres pé­ni­ten­tiaires de France, de­man­dant une sur­veillance ac­crue des pri­son­niers soup­çon­nés de ra­di­ca­li­sa­tion.

« Il est im­pos­sible de mettre un gar­dien der­rière chaque per­sonne, ré­agit une source syn­di­cale au sein de Fleu­ry-Mé­ro­gis. Sa­lah Ab­des­lam est le seul à avoir ce ré­gime. Les autres peuvent se ren­con­trer du­rant les pro­me­nades et par­ler entre eux. Il y a 98 dé­te­nus ra­di­ca­li­sés à Fleu­ry. Ce­la fait une moyenne de 20 par bâ­ti­ment qui peuvent se cô­toyer. »

Si la di­zaine d’in­di­vi­dus re­pé­rés à Fleu­ry a in­quié­té la di­rec­tion, c’est no­tam­ment parce qu’ils « pré­sen­taient tous des pro­fils dif­fé­rents ». « On était loin des sché­mas clas­siques de pe­tite ou grande dé­lin­quance », note un proche du dos­sier. Leur trans­fè­re­ment au­rait dé­jà per­mis « d’apai­ser les ten­sions chez le per­son­nel et chez les dé­te­nus ».

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