« Ces exer­cices in­tro­duisent la me­nace dans nos vies »

Ch­loé,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - CHRISTEL BRIGAUDEAU FLORIANE VALDAYRON

LE CONFI­NE­MENT, Lu­na et Ta­ra y ont dé­jà été confron­tées. Et ce n’était pas une si­mu­la­tion. Ces soeurs, âgées de 16 et 11 ans, vivent à Vin­cennes (Val-de-Marne), près de l’épi­ce­rie Hy­per Ca­cher at­ta­quée le 9 jan­vier 2015. Elles étaient en classe au mo­ment de l’as­saut. « Les maî­tresses nous ont fait des­cendre dans une salle au sous-sol, celle où on suit des ate­liers de théâtre ha­bi­tuel­le­ment, ra­conte Ta­ra. Elles nous ont dit qu’il y avait des pro­blèmes de­hors, sans tel­le­ment dé­ve­lop­per, et elles ont pas­sé un film. » Sa grande soeur Lu­na é t a i t a u même mo­ment « confi­née »… à l’ex­té­rieur, dans la cour de son col­lège. « On voyait les hé­li­cos dans le ciel, et la ru­meur cir­cu­lait que des gens ti­raient dans le quar­tier, se sou­vient l’ado­les­cente. C’était stres­sant, et bi­zarre de res­ter de­vant les grilles qui donnent sur la rue. Il y avait des sur­veillants avec nous, mais ils ne di­saient pas grand-chose. »

Lu­na es­père que la gé­né­ra­li­sa­tion d’exer­cices ré­gu­liers sur le risque ter­ro­riste per­met­tra d’évi­ter de tels mo­ments de flot­te­ment. « Je se­rai ras­su­rée de sa­voir que les profs et les adultes au­tour de moi savent ce qu’ils font », confie la jeune fille. Elle vou­drait même que le plan aille plus loin, et que la for­ma­tion aux pre­miers se­cours, pro­mise pour les dé­lé­gués de classe des col­lèges et ly­cées soit pro­po­sée « à tous les élèves, par pe­tits groupes ».

Ch­loé, qui s’ap­prête à en­trer en 1re au ly­cée Char­le­magne, dans le IVe ar­ron­dis­se­ment pa­ri­sien, a el­le­même sui­vi cette for­ma­tion de se­cou­risme et la juge « utile pour énor­mé­ment de si­tua­tions ». Elle est plus du­bi­ta­tive sur l’uti­li­té des exer­cices de sé­cu­ri­té. Comme tous les éta­blis­se­ments de la ca­pi­tale, son ly­cée en a pro­gram­mé un l’hi­ver der­nier, après les at­ten­tats du 13 No­vembre. « Ils in­tro­duisent la me­nace dans nos vies, alors que dans le même temps, on nous r épète qu’il faut vivre nor­ma­le­ment », sou­ligne-telle. Dans sa classe, cer­tains ont pouf­fé quand le pro­fes­seur a évo­qué la consigne de res­ter cou­ché à terre. « A quoi ce­la sert-il, quand on sait que notre salle de cours a de grandes portes-fe­nêtres vi­trées du sol au pla­fond ? ques­tionne Ch­loé. On voit tout à l’in­té­rieur ! » Et de pour­suivre : « On a beau s’en­traî­ner, on ne se­ra pas du tout dans le même état d’es­prit si une at­taque se pro­duit réel­le­ment. »

A Char­le­magne, comme dans quelques autres ly­cées re­nom­més de la ca­pi­tale, de (fausses) alertes à la bombe ont per­tur­bé la vie sco­laire au prin­temps. « Quand on a vu des mi­li­taires cou­rir vers l’en­trée du ly­cée et un hé­li­co dans le ciel, le pre­mier ré­flexe était de re­gar­der aux fe­nêtres », se sou­vient-elle. Tous les élèves ont en­suite re­ga­gné leurs salles, pour suivre leurs cours l e plus nor­ma­le­ment pos­sible. « C’est ce qu’on es­saye tous de faire, pour­suit Ch­loé. Mettre la me­nace de cô­té, et vivre notre jeu­nesse. »

For­ma­tion aux pre­miers se­cours pour les dé­lé­gués de classe

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