Sar­ko­zy can­di­dat ? Même pas mal !

PRI­MAIRE. Conscient que les pro­chains mois se­ront bru­taux, Alain Jup­pé sa­voure ses va­cances au Ca­na­da, mais en­tend bien pas­ser dès sa­me­di à la vi­tesse su­pé­rieure.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - VA­LÉ­RIE HACOT

C’EST AU QUÉ­BEC, où il s’est en­vo­lé l e 20 août en f amille, qu’Alain Jup­pé a ap­pris l’en­trée of­fi­cielle en cam­pagne de Ni­co­las Sar­ko­zy. Son prin­ci­pal ri­val a beau oc­cu­per l’es­pace mé­dia­tique — et érein­ter dans son livre « Tout pour la France » son concept d’iden­ti­té heu­reuse —, le fa­vo­ri de la pri­maire n’a rien chan­gé à ses ha­bi­tudes. Il pro­fite comme si de rien n’était de ses der­niers jours de va­cances au Ca­na­da, avant son mee­ting de ren­trée pro­gram­mé sa­me­di à Cha­tou (Yve­lines). L’an­cien Pre­mier mi­nistre se rend tous les ans dans ce pays où il avait trou­vé re­fuge en 2005 à la suite de sa condam­na­tion dans l’af­faire des em­plois fic­tifs de la mai­rie de Pa­ris. Pri­maire ou pas, pas ques­tion pour lui de dé­ro­ger à ce clas­sique de l’été. « Il a une vie en de­hors de la po­li­tique et il en­tend la pré­ser­ver », ba­laie son di r e c t e ur de c am­pagne Gil l e s Boyer. Et cette an­née plus en­core : « Il m’a dit : je veux de vraies va­cances, ce se­ront sans doute les der­nières… » glisse l’an­cien mi­nistre Do­mi­nique Bus­se­reau. Une phrase qui en dit long sur sa confiance en son étoile.

La po­li­tique n’est tou­te­fois ja­mais loin. « En ce mo­ment, il peau­fine son dis­cours, qui se­ra très po­li­tique, très axé sur pour­quoi il est can­di­dat et son rap­port à la France, as­sure le dé­pu­té Her­vé Gay­mard, en charge du pro­jet. Mais je l’ai lais­sé tran­quille tout l’été. Avec lui, c’est le contrat. »

Avant le Ca­na­da, le maire de Bor­deaux avait pris du champ dans sa mai­son fa­mi­liale d’Hos­se­gor (Landes). « L’été, Jup­pé a une ca­rac­té­ris­tique, il ne passe pas son temps à ap­pe­ler les gens », pré­cise son lieu­te­nant, le maire du Havre Edouard Phi­lippe. Tout le contraire de Ni­co­las Sar­ko­zy et son mois d’août stu­dieux avant son en­trée en cam­pagne.

Les deux hommes ont op­té pour des stra­té­gies aux an­ti­podes. L’an­cien pré­sident de la Ré­pu­blique a com­men­cé par pu­blier un livre per­son­nel en jan­vier 2016, avant de pu­blier un deuxième opus pro­gram­ma­tique, au­jourd’hui en li­brai­rie. L’ex-Pre­mier mi­nistre, lui, a dé­jà dé­cli­né son pro­jet en trois ou­vrages et vient de mettre la der­nière touche à un livre plus per­son­nel dont la sor­tie, uni­que­ment en for­mat nu­mé­rique, est an­non­cée pour la deuxième se­maine de sep­tembre.

Sar­ko­zy met le pa­quet sur l’iden­ti­té na­tio­nale ( l i re ci - des­sous). Jup­pé va conti­nuer à dé­rou­ler son concept d’iden­ti­té heu­reuse. « Il y a deux po­si­tion­ne­ments pos­sibles : soit on es­saie de ca­pi­ta­li­ser sur le mal­heur fran­çais en cou­rant après le dé­cli­nisme de Le Pen. Soit on se re­trousse les manches pour re­cons­truire une so­cié­té fran­çaise to­ta­le­ment dis­lo­quée. Nous avons op­té pour la se­conde op­tion », tacle Her­vé Gay­mard.

L’équipe de cam­pagne du fa­vo­ri veut croire que l’été — a prio­ri très fa­vo­rable à Sar­ko­zy, qui a oc­cu­pé l’es­pace après les at­ten­tats, tan­dis que Jup­pé était à 20 000 km de là, en Po­ly­né­sie — n’a pas chan­gé la donne. « La sur­réac­tion à l’ac­tua­li­té n’est pas for­cé­ment un gage de cré­di­bi­li­té », as­sène Gay­mard. Un son­dage Ip­sos - « le Point », pu­blié hier, semble lui don­ner rai­son. Jup­pé grimpe de 3 points, avec 73 % d’opi­nions fa­vo­rables au­près des sym­pa­thi­sants les Ré­pu­bli­cains, tan­dis que Sar­ko­zy dé­grin­gole de 13 points, avec 55 %. Mais ce ba­ro­mètre date d’avant l’en­trée en cam­pagne de l’an­cien chef de l’Etat.

Jup­pé va tout de même pas­ser à la vi­tesse su­pé­rieure dès la ren­trée. Après deux an­nées de cam­pagne plu­tôt dis­crète, il rentre dans une nou­velle phase. « Il va s’ex­pri­mer da­van­tage et ac­cen­tuer les dé­pla­ce­ments », as­sure Gilles Boyer. Tan­dis qu’Her­vé Gay­mard pré­dit que Jup­pé et ses troupes vont être plus flexibles : « Nous se­rons plus mo­biles et plus souples. » La der­nière ligne droite.

L’un met le pa­quet sur l’iden­ti­té na­tio­nale, l’autre per­siste avec l’iden­ti­té heu­reuse

@vha­cot1

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