Com­ment l’an­cien pré­sident s’est ra­di­ca­li­sé

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - NA­THA­LIE SCHUCK (AVEC THIBAULT RAISSE)

C’EST UN CONSEILLER de Fran­çois Hol­lande qui sou­pire : « A la pré­si­den­tielle, on peut avoir un se­cond tour entre Le Pen et… Le Pen. » Com­pre­nez Ni­co­las Sar­ko­zy, dont la gauche vi­li­pende les pro­jets sur l’iden­ti­té et l’im­mi­gra­tion. De fait, ja­mais l’an­cien pré­sident n’avait avan­cé de pro­po­si­tions aus­si droi­tières sur ces su­jets qui consti­tuent son ADN po­li­tique et sur les­quels il se re­ven­dique pion­nier. « Il fait du Pa­trick Buis­son sans Pa­trick Buis­son », lâche un élu de droite, en ré­fé­rence au sul­fu­reux an­cien gou­rou. De fait, de­puis les an­nées 2000, Sar­ko­zy n’a ces­sé de dur­cir le ton sur ces ques­tions, quand il n’a pas car­ré­ment chan­gé d’avis dans l’ob­jec­tif avoué de « faire les poches » de Ma­rine Le Pen.

Long­temps, le « pe­tit Fran­çais de sang­mê­lé » a pour­tant plu­tôt em­prun­té des idées à la gauche. En 2001, dans son livre « Libre », il mi­li­tait pour le droit de vote des étran­gers aux élec­tions lo­cales. De­ve­nu pré­sident, après avoir fait cam­pagne en pro­met­tant de créer le sul­fu­reux mi­nis­tère de l’Iden­ti­té na­tio­nale, il était en­core fa­vo­rable à cette ré­forme mais avait re­non­cé à la faire vo­ter, of­fi­ciel­le­ment faute de ma­jo­ri­té. En 2012, au terme de son quin­quen­nat, il confes­sait avoir chan­gé d’avis sur le droit de vote et y être de­ve­nu ra­di­ca­le­ment hos­tile.

En 2003, à l’In­té­rieur, il prô­nait aus­si la « dis­cri­mi­na­tion po­si­tive » en fa­veur des Fran­çais d’ori­gine étran­gère et fai­sait scan­dale en an­non­çant la no­mi­na­tion d’un « pré­fet mu­sul­man ». Du com­mu­nau­ta­risme, s’épou­mo­nait la gauche. C’est lui, aus­si, qui avait al­lé­gé la double peine qui per­met d’ex­pul­ser des étran­gers condam­nés. Une idée dont il n’est plus ques­tion dans le contexte des at­ten­tats (le ter­ro­riste de Nice, de na­tio­na­li­té tu­ni­sienne, avait par exemple été condam­né en mars 2016 à six mois avec sur­sis pour vio­lence).

C’est sur son rap­port à l’is­lam que l’évo­lu­tion est la plus nette. Long­temps par­ti­san d’une laï­ci­té du dia­logue, il avait ins­tal­lé en 2003 le Con­seil fran­çais du culte mu­sul­man et s’était mon­tré ré­ti­cent à une loi in­ter­di­sant le voile à l’école (vo­tée en 2004), crai­gnant qu’elle en­traîne une ra­di­ca­li­sa­tion. De­ve­nu pré­sident, c’est pour­tant lui qui a fait vo­ter la loi de 2010 pros­cri­vant la bur­qa dans l’es­pace pu­blic. De­ve­nu par­ti­san d’une laï­ci­té de com­bat, il prêche dé­sor­mais pour l’in­ter­dic­tion du voile à l’uni­ver­si­té, les ad­mi­nis­tra­tions et sur le lieu de tra­vail, et pour la sup­pres­sion des me­nus de sub­sti­tu­tion dans les can­tines sco­laires. En­fin, lui qui re­fu­sait mor­di­cus de tou­cher au droit du sol veut au­jourd’hui le faire net­te­ment évo­luer.

Sus­pendre le re­grou­pe­ment fa­mi­lial et en­ter­rer l’aide mé­di­cale d’Etat

Sur l’im­mi­gra­tion, en­fin, le ton s’est dur­ci. Avant son élec­tion en 2007, il de­man­dait le vote de quo­tas d’étran­gers chaque an­née au Par­le­ment. En 2012, il al­lait bien plus loin en pro­met­tant de di­mi­nuer par deux les flux mi­gra­toires. Dans son livre « Tout pour la France », il fran­chit un nou­veau cap en s’en­ga­geant, s’il est élu en mai, à sus­pendre le re­grou­pe­ment fa­mi­lial (100 000 per­sonnes par an en­vi­ron), au be­soin pour « plu­sieurs an­nées ». Même vi­rage à droite sur l’aide mé­di­cale d’Etat qu’il veut en­ter­rer, alors qu’il re­fu­sait en 2012 de la sup­pri­mer au nom de la « gé­né­ro­si­té fran­çaise ». @Na­tha­lieS­chuck le­pa­ri­sien.fr Les can­di­dats à la pri­maire des Ré­pu­bli­cains

Pa­ris, hier. Dans « Tout pour la France », Ni­co­las Sar­ko­zy avance des pro­po­si­tions plus droi­tières que ja­mais.

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