« Sau­ver la mé­moire des gla­ciers »

CLI­MAT. Avec une équipe in­ter­na­tio­nale, le gla­cio­logue Jé­rôme Chap­pel­laz pré­lève des échan­tillons dans le mas­sif du Mont-Blanc. Il nous dé­voile ses pre­mières dé­cou­vertes.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Pro­pos re­ceuillis par ÉLODIE CHERMANN E. C.

UNE DOU­ZAINE de gla­cio­logues fran­çais, russes, amé­ri­cains et ita­liens, équi­pés d’un ca­rot­tier, un ou­til des­ti­né à fo­rer la glace, col­lectent de­puis le 15 août des échan­tillons sur le som­met du col du Dôme (4 300 m d’al­ti­tude) dans le mas­sif du MontB­lanc. Ils s’ex­pri­me­ront au­jourd’hui lors d’une con­fé­rence de presse. En avant-pre­mière, l’ins­ti­ga­teur du pro­jet, Jé­rôme Chap­pel­laz, di­rec­teur de re­cherches au CNRS à Gre­noble, ex­plique l’ob­jec­tif de la mis­sion. Pour­quoi pré­le­ver des échan­tillons de gla­cier ? JÉ­RÔME CHAP­PEL­LAZ. Avec le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, les gla­ciers de mon­tagne ne cessent de re­cu­ler. D’où l’idée de créer une banque mon­diale d’échan­tillons pour sau­ver la mé­moire des gla­ciers et évi­ter que ce pa­tri­moine na­tu­rel dis­pa­raisse à ja­mais. Nous avons une res­pon­sa­bi­li­té vis-à-vis des gé­né­ra­tions fu­tures. Nous de­vons leur lé­guer une ma­tière pre­mière suf­fi­sante pour qu’elles puissent conti­nuer à faire pro­gres­ser l’état des connais­sances. base fran­co-ita­lienne Con­cor­dia en An­tarc­tique. Là-bas, ils se­ront conser­vés dans une cave à 10 m de pro­fon­deur, où la tem­pé­ra­ture est stable à - 50 °C. Pour­quoi com­men­cer par le col du Dôme ? Pour des ques­tions de bud­get, nous avons ci­blé des sites qui ont une re­pré­sen­ta­ti­vi­té ré­gio­nale. Le col du Dôme est idéal pour me­su­rer la pol­lu­tion de l’at­mo­sphère et l’évo­lu­tion du cli­mat à l’échelle eu­ro­péenne. A l’été 2015, nous y avons re­le­vé des tem­pé­ra­tures po­si­tives pen­dant plu­sieurs jours. C’est symp­to­ma­tique de ce que tra­versent les gla­ciers al­pins de­puis 1850. On es­time en ef­fet que tous ceux qui ne dé­passent pas 3 500 m n’exis­te­ront plus à la fin du siècle. Une fois cette pre­mière mis­sion ter­mi­née, nous ex­plo­re­rons le gla­cier Il­li­ma­ni (Bo­li­vie). D’autres cher­cheurs en Suisse, aux EtatsU­nis, en Chine, en Rus­sie et au Bré­sil sou­haitent éga­le­ment s’im­pli­quer dans le pro­jet. Reste à trou­ver des fi­nan­ce­ments… Quels en­sei­gne­ments ti­rez-vous de cette pre­mière ex­pé­di­tion ? Nous avons eu une pre­mière sur­prise : les der­niers cen­ti­mètres de la ca­rotte étaient ver­dâtres. Nous pen­sons qu’il s’agit de mi­cro-algues da­tant de la for­ma­tion du gla­cier. Ce n’est en­core qu’une hy­po­thèse. En tant que gla­cio­logues, nous de­vons dé­cryp­ter les traces lé­guées par la na­ture. Comme des Cham­pol­lion. Mais notre science n’en est qu’à ses bal­bu­tie­ments. Seule une étude bio­lo­gique de la glace per­met­tra de vrai­ment le­ver le mys­tère. A elle seule, la mis­sion au col du Dôme coûte 200 000 €. Pour la fi­nan­cer, plu­sieurs mé­cènes se sont en­ga­gés, dont Claude Lo­rius, le fon­da­teur de la science des ca­rottes de glace dans les an­nées 1960, la Fon­da­tion Al­bert II de Mo­na­co, ain­si que les so­cié­tés Petzl et Fin­dus. D’autres sources de fi­nan­ce­ment se­ront tou­te­fois né­ces­saires pour trou­ver les 2 M€ né­ces­saires à la réa­li­sa­tion de la mis­sion à l’Il­li­ma­ni et à la créa­tion de la cave de sto­ckage en An­tarc­tique.

Col du Dôme (Haute-Sa­voie), le 16 août. Pour la pre­mière fois, des échan­tillons de glace du Mont-Blanc ont été ca­rot­tés pour pro­cé­der à des re­cherches scien­ti­fiques.

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