Den­tier ava­lé : le mar­tyre de Ro­land

HÔ­PI­TAL. Ro­land, 85 ans, est en ré­ani­ma­tion. Après avoir ava­lé son den­tier, il a vé­cu un sup­plice de six jours avant que les mé­de­cins ac­ceptent en­fin de l’opé­rer d’ur­gence. Une en­quête in­terne a été ou­verte.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Jean-Luc, l’un des fils de Ro­land CLAUDINE PROUST

« CE QUI COMPTE avant tout, c’est la san­té de pa­pa. Va-t-il se ré­veiller et pour­ra-t-il par­ler à nou­veau, avec des cordes vo­cales sec­tion­nées ? Pour l’ins­tant, on n’en sait rien. Mais on ai­me­rait bien que l’hô­pi­tal re­con­naisse ses er­reurs. »

Pour Jean-Luc Ma­ris­sael et son frère, des er­reurs, il « y en a eu pas mal ». Leur père, qui est ar­ri­vé miaoût à l’hô­pi­tal de Cam­brai (Nord) son den­tier coin­cé dans la gorge, a souf­fert le mar­tyre du­rant six jours avant que le per­son­nel soi­gnant, sol­li­ci­té à plu­sieurs re­prises par la fa­mille, ac­cepte de lui faire pas­ser une ra­dio et, fi­na­le­ment, de l’opé­rer d’ur­gence. « Vi­si­ble­ment, mieux vaut évi­ter de tom­ber ma­lade un di­manche en pleines va­cances », se dé­sole Jean-Luc.

A 85 ans, Ro­land était en pleine forme, pour­suit son fils. « Un peu ra­len­ti par l’âge, peut-être, mais il condui­sait, cou­pait son bois. Il était même par­ti en voyage il y a quinze jours ! » Le di­manche 14 août, alors qu’il dé­jeune avec sa com­pagne et sa belle-fille chez eux à Hout­kerque (Nord), cro­quant dans un ra­dis, Ro­land avale de tra­vers. Il s’étouffe. En fait, « son ap­pa­reil du bas n’était plus as­sez ajus­té, il l’a ava­lé ». Mais per­sonne ne vou­dra le croire. Pom­piers et Sa­mu conduisent Ro­land aux ur­gences de l’hô­pi­tal de Cam­brai. On lui diag­nos­tique bien une fausse route, une gorge ir­ri­tée et, éton­nam­ment, un « Alz­hei­mer avec dé­but de dé­mence ». « Parce qu’il n’ar­rive pas à par­ler ! » s’in­digne Jean-Luc. Et le vieil homme est ren­voyé chez lui. Le soir, il ne va pas mieux du tout. « Il s’étouf­fait, de­ve­nait bleu. » Nou­vel ap­pel aux pom­piers. Di­rec­tion Dun- kerque cette fois. Dès l’ar­ri­vée aux ur­gences, ses proches si­gnalent qu’il a dû ava­ler son den­tier, dont ils ont consta­té la dis­pa­ri­tion. « Mais s’ap­puyant sur le compte ren­du de Cam­brai, ils ont pré­fé­ré faire une ra­dio des pou­mons. » La­quelle ne montre rien. Ro­land est hos­pi­ta­li­sé, souffre et ne peut rien ava­ler, se déshy­drate et touche sou­vent sa gorge. « Le lun­di, ils ont dé­ci­dé d’ar­rê­ter le Pla­vix (NDLR : trai­te­ment de pré­ven­tion des t roubles car­dio­vas­cu­laires), pour pou­voir réa­li­ser trois jours plus tard une fi­bro­sco­pie. » Le jeu­di, fi­na­le­ment, pas de fi­bro­sco­pie. Alors que la fa­mille conti­nue à ré­cla­mer une ra­dio de la gorge, « ils ont à nou­veau pré­fé­ré en re­faire une des pou­mons, qui a évi­dem­ment abou­ti au même diag­nos­tic », re­late son fils. « Ven­dre­di après-mi­di, le mé­de­cin a es­sayé de lui po­ser une sonde gas­trique, pas­sant par la gorge. Im­pos­sible tant il se dé­bat­tait. For­cé­ment, ça lui fai­sait mal ! » Le pra­ti­cien du ser­vice, qui vient de re­prendre après son re­tour de va­cances, re­nonce à s’achar­ner et pres­crit en­fin la ra­dio de la gorge… qui ré­vé­le­ra bien un den­tier coin­cé dans les cordes vo­cales de­puis six jours. « Mon père a été opé­ré en ur­gence le ven­dre­di soir à 22 h 30. La nuit du di­manche à lun­di, je l’ai pas­sée avec lui. Je ne sou­haite à per­sonne de souf­frir comme je l’ai vu », souffle Jean-Luc. Ro­land est af­fai­bli, déshy­dra­té. « Le lun­di ma­tin, on a fi­ni par grim­per et s’éner­ver dans les bu­reaux du 5 e pour de­man­der quand, en­fin, l’hô­pi­tal comp­tait ré­agir pour s’oc­cu­per cor­rec­te­ment de notre père. » In­tu­bé, per­fu­sé, Ro­land est alors plon­gé en co­ma ar­ti­fi­ciel pour lui évi­ter de souf­frir.

Tan­dis que sa fa­mille vit sus­pen­due aux bul­le­tins du ser­vice de ré­ani­ma­tion qui di­sait hier « son état stable », la di­rec­tion du centre hos­pi­ta­lier a ou­vert une en­quête in­terne « clas­sique dans le cadre d’une mé­dia­tion après ré­cla­ma­tion », in­di­quet-elle, se re­fu­sant pour l’heure a en dire plus. Elle doit re­tra­cer la prise en charge de Ro­land Ma­ris­sael de­puis son ar­ri­vée, « re­pé­rer les dys­fonc­tion­ne­ments ». Ven­dre­di, à 14 h 30, la fa­mille se­ra re­çue et in­for­mée de ses ré­sul­tats. Elle se ré­serve de por­ter plainte en­suite, « se­lon l’état de san­té de pa­pa ».

On lui a diag­nos­ti­qué un « Alz­hei­mer avec dé­but de dé­mence »

Ro­land Ma­ris­sael ( a ava­lé son den­tier en cro­quant dans un ra­dis, ce qu’a confir­mé une ra­dio de sa gorge ( ci-des­sus). Cet homme de 85 ans, jus­qu’alors en pleine forme, est au­jourd’hui plon­gé dans un co­ma ar­ti­fi­ciel.

au centre)

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