Ha­ro sur les grosses !

POLÉMIQUE. La té­lé­vi­sion pu­blique égyp­tienne a sus­pen­du huit pré­sen­ta­trices à cause de… leur sur­poids. Elles ont un mois pour faire un ré­gime et es­pé­rer re­trou­ver leur place à l’an­tenne.

Aujourd'hui en France - - TÉLÉVISION ET MÉDIAS - Kha­di­ja al-Khat­tab, pré­sen­ta­trice CA­THE­RINE BALLE

ELLES ONT DÛ QUIT­TER leur siège de pré­sen­ta­trice en rai­son de leurs formes trop gé­né­reuses. Huit jour­na­listes égyp­tiennes ont été écar­tées de la prin­ci­pale chaîne pu­blique du pays en rai­son de leur sur­poids. Pen­dant un mois, elles se­ront en va­cances for­cées, priées d’ob­ser­ver un ré­gime. Et elles ne re­trou­ve­ront l’an­tenne que si elles re­viennent avec « une ap­pa­rence ap­pro­priée ». Cette dé­ci­sion a été prise par la pré­si­dente de l’Union de la ra­dio et de la té­lé­vi­sion égyp­tienne (chaîne pu­blique), el­le­même an­cienne pré­sen­ta­trice du JT de 21 heures som­mée en 2007 de se dé­les­ter de 25 kg en quelques mois et écar­tée pen­dant ce temps.

« La bru­ta­li­té de la dé­ci­sion et la pu­bli­ci­té faite au­tour sont hu­mi­liantes »

Sa­faa He­ga­zy a jus­ti­fié cet ar­bi­trage en sou­li­gnant que « toutes les chaînes du monde » avaient des « exi­gences » pour le pas­sage à l’an­tenne. Et elle a rap­pe­lé au pas­sage l’ef­fet gros­sis­sant de la té­lé­vi­sion sur les sil­houettes. Ac­cu­sée de sexisme, la pa­tronne s’est of­fus­quée : « Com­ment peut-il y avoir de la dis­cri­mi­na­tion contre les femmes dans une ins­ti­tu­tion di­ri­gée par une femme ? » Kha­di­ja al-Khat­tab, l’une des pré­sen­ta­trices mises en re­pos for­cé, a af­fir­mé dans la presse arabe : « Je ne suis pas bou­le­ver­sée par le prin­cipe de cette re­com­man­da­tion à sur­veiller notre ligne. Nous avions des di­rec­tives in­ternes ré­gu­liè­re­ment dans ce sens. Mais c’est la bru­ta­li­té de la dé­ci­sion et la pu­bli­ci­té faite au­tour qui sont hu­mi­liantes. »

Cette diète té­lé­vi­suelle sus­cite des ré­ac­tions di­verses. L’as­so­cia­tion de dé­fense des droits des femmes Wo­men’s Centre for Gui­dance and Le­gal Awa­re­ness a dé­cla­ré que cette dé­ci­sion était contraire à la Cons­ti­tu­tion et consti­tuait une forme de vio­lence en­vers les femmes. Un mi­li­tant de l’As­so­cia­tion pour la li­ber­té de la presse et d’ex­pres­sion a, par ailleurs, dé­cla­ré : « Le fait que ce soit une femme qui soit à l’ori­gine de tout ça est en­core pire. » A l’in­verse, le quo­ti­dien d’Etat « Al-Ah­ram » a sou­te­nu la dé­ci­sion de la pré­si­dente de la té­lé­vi­sion pu­blique, es­ti­mant que « l’ap­pa­rence d’une pré­sen­ta­trice est un cri­tère im­por­tant » et pré­co­ni­sant que la me­sure s’ap­plique éga­le­ment aux pré­sen­ta­teurs mas­cu­lins.

Le dé­bat a en­va­hi les ré­seaux so­ciaux : cer­tains in­ter­nautes dé­fendent les jour­na­listes sus­pen­dues, mais d’autres les traitent de « ba­ka­bou­zas », terme égyp­tien pour dé­crire les femmes en­ro­bées… Comme si pe­tit écran et grandes tailles ne pou­vaient pas faire bon mé­nage.

Kha­di­ja al-Khat­tab fait par­tie des huit pré­sen­ta­trices écar­tées de la chaîne pour sur­poids. Elle a dé­cla­ré ne pas être sur­prise par cette re­com­man­da­tion .

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.