« Plus on va l’in­ter­dire, plus on va avoir la haine »

So­phie*,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Dra­veil (Es­sonne) Une mère de fa­mille JILA VAROQUIER

À PEINE une de­mi-heure après l’ou­ver­ture, les ser­viettes sont dé­jà nom­breuses en ce mar­di de grosse cha­leur sur la plage de la base de loi­sirs du Port aux Ce­rises à Dra­veil (Es­sonne), à quelques pas des tours de Gri­gny et à 20 km au sud de Pa­ris. Au bord de la pis­cine à vagues, un groupe de femmes, as­sises, aux longs voiles et vê­te­ments noirs re­cou­vrant leur corps, se mêle aux bi­ki­nis et shorts de bain des autres vi­si­teurs. Deux d’entre elles re­viennent du vest i a i r e , v ê t ues de bur­ki­nis. Puis, ac­com­pagnent leurs jeunes en­fants dans l’eau. Sur la plage, les re­gards peinent à se dé­ta­cher de ces longs maillots de bain à ca­puche, re­cou­vrant le corps, les deux seuls de cette jour­née.

« J’en ai vu à chaque fois que je suis ve­nue, as­sure dis­crè­te­ment une ma­man, une ha­bi­tuée qui tente de trou­ver un peu de fraî­cheur. C’est dom­mage, ce n’est pas ce qu’on a en­vie de voir quand on vient dans une base de loi­sirs. » Un maître na­geur s’avance vers les deux femmes en bur­ki­ni. Après une pre­mière ten­ta­tive, il les contraint à sor­tir de l’eau, en rap­pe­lant les règles : « Seuls les maillots de bain sont au­to­ri­sés à l’in­té­rieur du bas­sin. » « Ce n’est pas juste, sou­pirent-elles. On ne fait de mal à per­sonne. Nous vou­lons sim­ple­ment jouer avec nos pe­tits. Nous ve­nons juste d’ache­ter nos bur­ki­nis sur In­ter­net, jus­te­ment pour ve­nir ici. » Les jeunes ma­mans res­te­ront dis­crètes sur leur pré­nom et leur lieu de ré­si­dence. Mais elles ra­content ne pas être ar­ri­vées là par ha­sard. Elles ont sui­vi l es conseils de Ve­tis­lam.com. La bou­tique de mode is­la­mique en ligne re­cense une cen­taine de lieux dans le monde, treize en France, cen­sés au­to­ri­ser le port du bur­ki­ni. Dont le Port aux Ce­rises : « Le site s’est trom­pé », souffle So­phie*, une ving­taine d’an­nées. Il y a deux ans en­core, So­phie et Pa­tri­cia se bai­gnaient en deux pièces ; à l’époque, elles ne s’étaient pas en­core conver­ties.

« Et puis ma foi a gran­di, je me suis voi­lée, ra­conte la se­conde. Mais je ne me cache de rien ni de per­sonne. La re­li­gion dit sim­ple­ment qu’il faut se cou­vrir pour se dis­tin­guer. Alors, c’est ce que je fais. » « Con­trai­re­ment à ce qu’on peut en­tendre, per­sonne

« J’en ai vu à chaque fois que je suis ve­nue. Ce n’est pas ce qu’on a en­vie de voir dans une base de loi­sirs »

ne nous force, il ne faut pas croire ça ! as­sure So­phie. On le fait par foi. De toute ma­nière, je n’ai ja­mais ai­mé être en bi­ki­ni à la pis­cine. » Et des ar­rê­tés pris contre le port de leur vê­te­ment sur les plages, elles avouent, là en­core, leur in­com­pré­hen­sion : « Plus on va l’in­ter­dire, plus on va avoir la haine, lâche So­phie, avant de cher­cher ses mots. En­fin, la haine… c’est ex­ces­sif. Mais on est dé­goû­tées. Ça r en­force nos convic­tions. » Au­tour d’elles, une autre femme en bur­ki­ni s’amuse avec son fils près d’un to­bog­gan. D’autres, plus nom­breuses, gar­de­ront le fou­lard, les leg­gins ou leurs manches longues près de l’eau, mal­gré la cha­leur tor­ride. De quoi sus­ci­ter le dé­bat en quelques se­condes. Comme pour Char­lotte, 26 ans, et ses deux amies.

« Il faut les lais­ser se bai­gner, puisque à l’in­verse, moi, je peux le faire seins nus », ex­plique-t-elle, re­ce­vant l’ap­pro­ba­tion de toutes. Au­jourd’hui pour­tant, elle ne re­ti­re­ra pas le haut, « Il y a beau­coup de jeunes ici, beau­coup de re­gards. Je ne me sens pas à l’aise. » La base de loi­sirs ra­conte avoir, de­puis un an, 6 à 7 ap­pels quo­ti­diens de femmes qui in­ter­rogent sur la te­nue au­to­ri­sée : « Nous ré­pon­dons sys­té­ma­ti­que­ment que le bur­ki­ni n’est pas ac­cep­té dans l’eau pour des rai­sons d’hy­giène », ex­plique la di­rec­tion, éton­née d’être re­cen­sée par un site In­ter­net. * Le pré­nom a été chan­gé.

Dra­veil (Es­sonne), mar­di. A la base de loi­sirs du Port aux Ce­rises, le bur­ki­ni est au­to­ri­sé. En re­vanche, on ne peut pas se bai­gner avec, et ce pour des rai­sons d’hy­giène. Par­fois, les maîtres na­geurs sont obli­gés d’in­ter­ve­nir.

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