Bat­tu et ré­élu ? Si, c’est pos­sible

PRÉ­SI­DEN­TIELLE. Ni­co­las Sar­ko­zy rêve d’être le pre­mier pré­sident vain­cu à se faire ré­élire en France. Comme cer­tains autres l’ont été à l’étran­ger, même si les pré­cé­dents sont rares.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Jean Gar­rigues, his­to­rien et pro­fes­seur à Sciences-po CHARLES SAPIN

CHEZ ses proches, tous l’as­surent : « Ni­co­las Sar­ko­zy n’est pas du tout can­di­dat par re­vanche. » 2017 ne se­rait donc pas une ques­tion d’ego pour l’an­cien pré­sident. Dans sa re­con­quête, le dé­sor­mais can­di­dat aime à se ré­pé­ter un agréable re­frain : s’il sor­tait vain­queur en mai, il se­rait le seul pré­sident bat­tu de la Ve Ré­pu­blique à réus­sir son re­tour au pou­voir. « Ça se­rait même une pre­mière dans toute l’his­toire pré­si­den­tielle fran­çaise, les pré­si­dents de la IIIe, comme de la IVe Ré­pu­blique n’ayant pas été élus au suf­frage uni­ver­sel ! » s’ex­clame l’his­to­rien et pro­fes­seur à Sciences-po, Jean Gar­rigues*. De­puis 1958, seul Va­lé­ry Gis­card d’Es­taing s’est vu confron­té à une telle si­tua­tion. Elu pré­sident en 1974, le fon­da­teur de l’UDF a man­qué sa ré­élec­tion en 1981 de 3 points face à Fran­çois Mit­ter­rand. Un échec qui ne l’a pas em­pê­ché, en 1988 puis en 1995, de res­sen­tir la brû­lante ten­ta­tion du re­tour. Sans suc­cès. « Avec le sep­ten­nat, la du­rée du man­dat ren­dait très dif­fi­cile tout re­tour, note l’his­to­rien. En 1988, les chi­ra­quiens ont bar­ré la route à Gis­card, lais­sant Ray­mond Barre oc­cu­per son es­pace po­li­tique. En 1995, ce fut au tour de Bal­la­dur d’oc­cu­per le cré­neau. »

Le quin­quen­nat se­rait donc plus fa­vo­rable à ce qu’un pré­sident bat­tu puisse se re­pré­sen­ter. « Se re­pré­sen­ter peut- être, se faire ré­élire est une autre hi s t o i r e , t e mpère Jean Gar­rigues. On peut pen­ser que le sys­tème tel qu’il évo­lue va gé­né­rer de plus en plus de zap­ping élec­to­ral. La vio­lence avec la­quelle le désa­veu contre un pré­sident s’ex­prime, dès le dé­but de son man­dat, et la plus grande mé­moire po­li­tique des ci­toyens rendent très dé­li­cat un re­tour pré­si­den­tiel. » Ni­co­las Sar­ko­zy y croit pour­tant, et garde en mé­moire quelques pré­cé­dents his­to­riques pour s’en convaincre. Ce­lui de Winston Chur­chill, par exemple. De­ve­nu Pre­mier mi­nistre en 1940 à la suite de la dé­mis­sion de Ne­ville Cham­ber­lain, le Vieux Lion se­ra ba­layé en 1945 par les élec­teurs bri­tan­niques, parce que n’in­car­nant pas suf­fi­sam­ment le re­nou­veau. Un échec qui ne l’em­pê­che­ra de re­ve­nir t r i om­phant au 10 Dow­ning Street en 1955.

Plus contem­po­rains, deux cas ins­pirent par­ti­cu­liè­re­ment l’an­cien chef de l’Etat : ceux de Be­nya­min Ne­ta­nya­hou et Sil­vio Ber­lus­co­ni, deux lea­deurs dont il fut long­temps proche. L’an­cien pré­sident du Conseil ita­lien (19942006) se­ra dé­fait par la coa­li­tion de Ro­ma­no Pro­di, pour fi­na­le­ment re­prendre les com­mandes de la pé­nin­sule en 2008, jus­qu’à sa dé­mis­sion en 2011. Quant au Pre­mier mi­nistre is­raé­lien, il réus­si­ra non seule­ment à re­ga­gner le pou­voir après sa re­ten­tis­sante dé­faite contre Ehoud Ba­rak en 1999, mais n’en lâ­che­ra plus les rênes de 2009 jus­qu’à au­jourd’hui. Une lon­gé­vi­té à faire sa­li­ver Sar­ko­zy.

« Si des pa­ral­lèles peuvent être faits, il ne faut pas ou­blier que l’Ita­lie comme Is­raël sont des ré­gimes par­le­men­taires », tem­père Jean Gar­rigues. De plus, pour­suit-il, la soif de re­nou­veau et le désa­veu en­vers la classe po­li­tique font que « ceux qui l’in­carnent ou l’ont in­car­né ne pour­ront pas en sor­tir in­demnes ». Et l’his­to­rien de rap­pe­ler le cas de Jacques Cha­ban-Del­mas : « S’il s’est fait ba­layer en 1974, c’est en par­tie parce qu’il in­car­nait un sys­tème gaul­liste vieillis­sant. Mal­gré son pro­gramme qui était de loin le plus no­va­teur. » Hol­lande et Sar­ko­zy sont pré­ve­nus…

« Le sys­tème va gé­né­rer de plus en plus de zap­ping élec­to­ral »

@csa­pin * Au­teur d’« Ely­sée Cir­cus », à pa­raître aux Edi­tions Tal­lan­dier.

Ni­co­las Sar­ko­zy garde en mé­moire quelques pré­cé­dents his­to­riques tels Ber­lus­co­ni, Ne­ta­nya­hou ou Chur­chill pour se convaincre que l’on peut être ré­élu après un échec.

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