Pour­quoi la Tur­quie en­voie ses chars contre Daech

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - CA­MILLE MORDELET

POUR LA PRE­MIÈRE FOIS, l’ar­mée turque, sou­te­nue par les forces aé­riennes de la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale di­ri­gée par les Etats-Unis, a pé­né­tré hier ma­tin en Syrie. Ob­jec­tif : Dja­ra­bu­lus, si­tué à quelques ki­lo­mètres de la fron­tière com­mune entre les deux pays.

En fin de jour­née, cette ville de 30 000 ha­bi­tants a été to­ta­le­ment li­bé­rée par des re­belles sy­riens, sou­te­nus par les mi­li­taires turcs. Presque sans com­battre : les par­ti­sans de Daech se sont re­pliés à Al-Bab, leur der­nier bas­tion dans le nord du pays.

Une vic­toire stra­té­gique car Dja­ra­bu­lus était l’un des points de pas­sage clés des dji­ha­distes vers la Syrie. Cette opé­ra­tion, nom­mée Bou­clier de l’Eu­phrate, a un double ob­jec­tif pour Alep Al-Bab Da­mas le pou­voir d’An­ka­ra : éloi­gner le groupe Etat is­la­mique de sa zone fron­tière et em­pê­cher les Kurdes sy­riens de s’y im­plan­ter à leur place.

L’ob­jec­tif ma­jeur : stop­per les Kurdes

D’après Di­dier Bil­lion, di­rec­teur ad­joint de l’Ins­ti­tut de re­la­tions in­ter- na­tio­nales et stra­té­giques (Iris) et ex­pert de la Tur­quie, le but d’An­ka­ra est bien plus d’em­pê­cher la pro­gres­sion kurde dans la ré­gion que d’en chas­ser l’EI. Les forces kurdes de l’YPG oc­cupent de­puis plu­sieurs se­maines des bas­tions du groupe Etat is­la­mique dans le nord de la Syrie, tels que Man­bidj et Has­sa­ké. Or cette mi­lice est étroi­te­ment liée au PKK (Par­ti des tra­vailleurs du Kur­dis­tan, pré­sent en Tur­quie), consi­dé­ré par An­ka­ra comme un groupe ter­ro­riste… au même titre que l’EI. La grande crainte d’Er­do­gan, c’est que les conquêtes de l’YPG ne des­sinent les contours d’un fu­tur Kur­dis­tan au­to­nome — le but du PKK. « Cette opé­ra­tion vise à la fois à stop­per l’avan­cée gra­duelle de l’YPG, à mar­quer la pré­sence turque sur le ter­ri­toire et à mon­trer au monde en­tier que la Tur­quie ne lais­se­ra pas s’ins­tal­ler une en­ti­té kurde au­to­nome dans le nord de la Syrie », ré­sume Di­dier Bil­lion.

Le choix amé­ri­cain

Al­liés des Turcs, mais aus­si des Kurdes qui les aident à vaincre Daech, les Amé­ri­cains — le vice-pré­sident Joe Bi­den était hier à An­ka­ra — ont clai­re­ment choi­si de prendre le par­ti des pre­miers en de­man­dant aux forces kurdes de ne pas s’ap­pro­cher de Dja­ra­bu­lus. Pour Di­dier Bil­lion, ce choix est pu­re­ment stra­té­gique : « Ils ont plus in­té­rêt à se rap­pro­cher de la Tur­quie que des Kurdes. » @CMor­de­let

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