Tra­gé­die sis­mique en Ita­lie

CA­TAS­TROPHE. Un puis­sant trem­ble­ment de terre, sur­ve­nu dans la nuit de mar­di à mer­cre­di, a dé­vas­té plu­sieurs lo­ca­li­tés du centre du pays. Hier soir, le bi­lan était d’au moins 120 morts et de très nom­breux dis­pa­rus.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Rome (Ita­lie) De notre cor­res­pon­dante Giu­seppe Er­co­li, cor­res­pon­dant d’une agence de presse Une ha­bi­tante d’Ama­trice FLORA ZANICHELLI

« QUAND ÇA TREMBLE à Rome, on sait que quelque chose de plus grave est en train de sur­ve­nir ailleurs en Ita­lie. » Ce bien triste dic­ton, les Ro­mains aiment à le ré­pé­ter lors­qu’un trem­ble­ment de terre touche l’Ita­lie. Un pays à nou­veau meur­tri par un séisme au bi­lan pro­vi­soire ef­froyable : au moins 120 morts, plus de 386 bles­sés et un nombre in­dé­fi­ni de dis­pa­rus. Mer­cre­di, à 3 h 36 du ma­tin, les lu­mières se sont al­lu­mées dans la ca­pi­tale, dont les ha­bi­tants ont été sor­tis du lit par une forte se­cousse. A 150 km de là, à la croi­sée du La­tium, des Marches et de l’Om­brie, un trem­ble­ment de terre de ma­gni­tude 6,2 dé­vas­tait plu­sieurs villes. Ama­trice, Ac­cu­mo­li, si­tué au-des­sus de l’épi­centre, Pes­ca­ra del Tron­to, Ar­qua­ta del Tron­to, pe­tites com­munes ni­chées à flanc de mon­tagne, au coeur des Apen­nins, une zone connue pour son ac­ti­vi­té sis­mique. Une heure plus tard, une se­conde se­cousse ache­vait de faire s’écrou­ler les murs des ha­bi­ta­tions, en­se­ve­lis­sant une bonne par­tie de leurs oc­cu­pants. Très vite, dans la nuit, les témoignages les plus ter­ribles se pro­pagent.

« Il n’y a plus de vil­lage, té­moigne le maire d’Ama­trice, Ser­gio Pi­roz­zi, des san­glots dans la voix. Des di­zaines de per­sonnes sont sous les rui- nes. » Dans les ruelles de cette lo­ca­li­té, cé­lèbre pour sa re­cette de pâtes all’ama­tri­cia­na (ra­goût de to­mates et lard), des ha­bi­tants errent, vê­tus à la hâte, des torches à la main. « On a en­ten­du un gron­de­ment, et puis il y a eu une longue se­cousse qui nous a pro­je­tés hors du lit, ra­conte le cor­res­pon­dant lo­cal de l’agence de presse An­sa, Giu­seppe Er­co­li. Les murs se sont fen­dus, de grosses fis­sures sont ap­pa­rues dans toutes les pièces de la mai­son, j’ai alors pris ma femme et ma fille par la main et nous nous sommes en­fuis. On s’est re­trou­vés dans la rue. » Le té­moi­gnage de Mar­co, tech­ni­cien éco­lo­gique, a fait, lui aus­si, le tour des mé­dias ita­liens : « Je ve­nais juste de me le­ver pour al­ler au tra­vail quand tout s’est écrou­lé. Tout a été dé­truit en dix se­condes. Un mi­racle si je suis sauf. »

Au pe­tit jour, les images sont sai­sis­santes. Vu du ciel, la moi­tié de la ville s’est ef­fon­drée. « J’ai ap­pe­lé ma cou­sine, qui a un res­tau­rant à Ama­trice, ra­conte Na­dia. Tout le monde est en­core sous le choc. Ma nièce, qui est in­fir­mière, a été im­mé­dia­te­ment ré­qui­si­tion­née par les se- cours. La mai­son de leur voi­sin s’est ef­fon­drée. Son ma­ri les a ai­dés à se dé­ga­ger des ruines. » Creu­ser, dé­ga­ger les dé­combres à mains nues alors que des cris re­ten­tissent sous les amas de pierres, de c i me n t e t de bois. Ici, une mère et son en­fant cherchent à at­ti­rer les se­cours avant de rendre leur der­nier souffle. Là, deux ga­mins sont ex­traits, vi­vants. « Des­sous, il y a mes en­fants, mon ma­ri, toute ma fa­mille », pleure une femme.

Plus les heures passent et plus les his­toires af­fluent, dra­ma­tiques. Comme celle de Ma­ri­sol, un bé­bé de 18 mois re­trou­vé sans vie, à Ar­qua­ta del Tron­to. Ses pa­rents ont été trans­fé­rés dans les hô­pi­taux les plus proches. Cruau­té du des­tin, Mar­ti­na, la mère, avait dé­jà ré­chap­pé du trem­ble­ment de terre de L’Aqui­la en 2009. L’Aqui­la, une ville mar­tyre. Un drame en­core pré­gnant dans les mé­moires. Le 6 avril 2009, tou­jours au centre du pays, ce violent séisme a fait plus de 300 morts, des mil­liers de ré­fu­giés, et des mil­liards d’eu­ros de dé­gâts. Des scien­ti­fiques, ju­gés cou­pables d’avoir sous-es­ti­mé les risques sis­miques, ont même éco­pé de six ans de pri­son, avant d’être ac­quit­tés en ap­pel. Trau­ma­ti­sée, Mar­ti­na la sur­vi­vante s’était donc ins­tal­lée à Ar­qua­ta, dans l’es­poir de plus de tran­quilli­té : ce nou­veau séisme lui a pris sa fille.

Dans ces pe­tites villes de mon­tagne, lieux pri­vi­lé­giés de vil­lé­gia­ture, nom­breux sont les en­fants ac­cueillis pen­dant l’été par leurs grands-pa- rents. Comme Leone et Sa­muele, sau­vés par leur grand-mère qui les a contraints à se ca­cher sous le lit, les pro­té­geant de son propre corps. Tous les trois sont sains et saufs. Leur grand-père, en re­vanche, n’a pas sur­vé­cu. Et nul ne sait com­bien de per­sonnes sont por­tées dis­pa­rues, les au­to­ri­tés at­ten­dant que les opé­ra­tions ra­len­tissent pour dres­ser un pre­mier bi­lan.

Sur la Sa­la­ria, la route qui mène aux dif­fé­rentes pe­tites villes tou­chées par le trem­ble­ment de terre, les am­bu­lances se suc­cèdent, si­rènes hur­lantes. Dé­jà, les ha­bi­tants des alen­tours s’or­ga­nisent pour ai­der ceux dont les mai­sons ont été dé­truites. Comme Fio­rel­la, qui pro­pose de mettre à dis­po­si­tion son hô­tel pour les vic­times. L’es­prit des ha­bi­tants est en­core han­té par la tra­gé­die de L’Aqui­la et de ses si­nis­trés, condam­nés à vivre dans des pré­fa­bri­qués pro­vi­soires de longues an­nées. Dans ces vil­lages dé­vas­tés, tout manque : eau, nour­ri­ture, vê­te­ments… Nom­breux sont les hô­pi­taux à faire ap­pel au don du sang, de Rome à Rie­ti, le chef-lieu le plus proche. Dans les res­tau­rants, les per­sonnes qui consomment des pâtes all’ama­tri­cia­na sont in­vi­tées à les payer un peu plus cher. Le sur­plus se­ra re­ver­sé à la CroixRouge. Hier, les sau­ve­teurs ap­pré­hen­daient dé­jà la fin de jour­née : « Le pire se­ra le soir. Quand nous ren­tre­rons dans les mai­sons et que nous ne trou­ve­rons que des ca­davres. »

« De grosses fis­sures sont ap­pa­rues dans toutes les pièces de la mai­son » « Des­sous, il y a mes en­fants, mon ma­ri, toute ma fa­mille »

le­pa­ri­sien.fr A Ama­trice, « des quar­tiers en­tiers n’existent plus »

Ama­trice (Ita­lie), hier. Comme cet homme, les sur­vi­vants de ce vil­lage de 2 700 âmes partent à la recherche des ha­bi­tants portés dis­pa­rus.

Ama­trice (Ita­lie), hier. Un homme constate la des­truc­tion de sa mai­son par le trem­ble­ment de terre, de ma­gni­tude 6,2.

Pes­ca­ra del Tron­to (Ita­lie), hier. Le séisme a presque ra­sé ce vil­lage de 135 ha­bi­tants.

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