« Nous sommes en quête de liens »

Jean Viard,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos recueillis par J.VA Pro­pos recueillis par AR­THUR LINDON

JEAN VIARD est di­rec­teur de re­cherches au Ce­vi­pof (centre de re­cherches po­li­tiques de Sciences-po), spé­cia­liste des temps so­ciaux et au­teur du « Triomphe d’ une uto­pie. Va­cances, loi­sirs, voyages : la Ré­vo­lu­tion des temps libres »*. Il ana­lyse ce phé­no­mène Com­ment ex­plique-ton le dé­ve­lop­pe­ment du voyage en so­lo ? JEAN VIARD. Peu d’études ont été réa­li­sées. Tou­te­fois, il y a de plus en plus de gens qui vivent seuls. 7 mil­lions de Fran­çais dont 1,5 mil­lion de mères. La so­li­tude est de plus en plus pré­sente. Elle est par­fois choi­sie, d’autres fois, liée à nos vies dis­con­ti­nues. Nous sommes aus­si dans une so­cié­té en quête de l i ens. Mais des l i ens choi­sis, c’est-à-dire qui vont au-de­là de la fa­mille ou des proches. L’in­dus­trie tou­ris­tique l’a com­pris en dé­ve­lop­pant ce mar­ché où l’on peut ren­con­trer des voya­geurs qui sortent du sché­ma tra­di­tion­nel. Que re­pré­sentent les va­cances ? Dans l’ima­gi­nair e , c e s ont des mo­ments que l’on passe en fa­mille ou en couple. 70 % des va­can­ciers partent en tri­bu. Y com­pris pour les femmes cé­li­ba­taires ou mo­no­pa­ren­tales. Alors une ma­jo­ri­té d’entre elles pré­fé­raient ne pas par­tir plu­tôt que de le faire seules. Par­fois aus­si pour des rai­sons éco­no­miques liées aux sur­taxes qu’on doit payer. Mais elles ont sou­vent long­temps craint la pression sexuelle, ces re­gards in­ter­ro­ga­teurs qui semblent de­man­der ce qu’elles font là, toutes seules. Mais là en­core, l’in­dus­trie s’est ren­du compte que ces femmes vou­laient par­tir. Il n’y a pas que des cé­li­ba­taires qui partent, on n’hé­site plus à se sé­pa­rer pour voya­ger ? Oui, parce que les couples sont au­jourd’hui dif­fé­ren­ciés et moins fu­sion­nels. L’un n’a peut-être pas les mêmes goûts que l’autre pour le voyage ou pour une des­ti­na­tion. De plus, 80 % des femmes sont sa­la­riées. On ne peut pas tou­jours pr e ndre s e s c on­gés e n même temps. Alors on fait les choses sé­pa­ré­ment. Par­tir seul, n’est-ce pas aus­si l’abou­tis­se­ment de cette mode du dé­ve­lop­pe­ment per­son­nel ? Si bien sûr. Il y a ces in­ter­ro­ga­tions in­di­vi­duelles : dans une so­cié­té de vi­tesse et d’ac­cé­lé­ra­tion, il y a for­cé­ment des mo­ments où l’on a en­vie de frei­ner. D’où le dé­ve­lop­pe­ment de ces types de va­cances où l’on va mé­di­ter et se res­sour­cer. Là en­core, c’est quelque chose que l’on ne peut pas faire en couple ou à plu­sieurs.

« Dans une so­cié­té de vi­tesse et d’ac­cé­lé­ra­tion, il y a des mo­ments où on a en­vie de frei­ner »

*(Ed. de l’Aube, 448 p, 24 €).

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