Ma­nuel Valls, le re­cours

PRÉ­SI­DEN­TIELLE. S’il ne se­ra en au­cun cas can­di­dat contre Fran­çois Hol­lande, le Pre­mier mi­nistre se tient en ré­serve de la Ré­pu­blique, prêt à re­prendre le flam­beau. Au cas où…

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - NA­THA­LIE SCHUCK ET PAU­LINE THÉVENIAUD

C’EST SON HEURE, son mo­ment. Ja­mais la ligne de fer­me­té ré­pu­bli­caine de Ma­nuel Valls n’a été au­tant en phase avec le pays face à la me­nace ter­ro­riste et aux ten­sions re­li­gieuses. De quoi faire bouillir d’im­pa­tience le Pre­mier mi­nistre, contraint par les ins­ti­tu­tions et la « loyau­té » — son man­tra — de lais­ser la place au pré­sident pour la pré­si­den­tielle ? Loin de là. Car, dé­sor­mais, plu­sieurs de ses fi­dèles évoquent ou­ver­te­ment l’hy­po­thèse qu’il puisse être le re­cours si ja­mais l’hôte de l’Ely­sée n’était pas en si­tua­tion de se re­pré­sen­ter. « Je suis convain­cu que c’est son élec­tion », clame le dé­pu­té PS Phil i ppe Dou­cet, qui l e s out i e nt . D’autres vall­sistes sont en­core plus cash, sous cou­vert d’ano­ny­mat. « Ce­lui qui a le dis­cours pré­si­den­tiel qui convient le plus au contexte, c’est Valls », clai­ronne l’un d’eux. Un fa­mi­lier du pou­voir, convain­cu que Hol­lande et Valls ont dé­jà évo­qué cette ques­tion avec « fran­chise », lance même : « Soit le pré­sident ira et le Pre­mier mi­nistre res­te­ra à son poste jus­qu’à la fin du quin­quen­nat. Soit le pré­sident n’y va pas, et il choi­si­ra Ma­nuel. » Quid d’Em­ma­nuel Ma­cron ? Dis­qua­li­fié pour 2017, jugent les vall­sistes, pour qui le prisme éco­no­mique du jeune am­bi­tieux est pas­sé de mode après les at­ten­tats de Nice et SaintE­tienne-du-Rou­vray.

Quand on l’in­ter­roge, Valls botte en touche. « J’ai du temps de­vant moi », a-t-il élu­dé hier sur RMC, sou­li­gnant qu’il au­rait en 2032… « l’âge d’Alain Jup­pé ». De fait, ja­mais il n’en­dos­se­ra, lui, les ha­bits du traître. Ja­mais il ne se­ra can­di­dat contre le pré­sident. Mais si ce der­nier re­non­çait, il est de plus en plus évident que c’est à lui que ce der­nier pas­se­rait le flam­beau. Car Hol­lande, s’il fe­ra tout pour pou­voir se pré­sen­ter, ne se­ra pas can­di­dat à tout prix. Il le confesse dans le livre « Con­ver- sa­tions pri­vées avec le pré­sident » de Ka­rim Ris­sou­li et Antonin An­dré : « Je ne fe­rais pas de choix de can­di­da­ture si, d’évi­dence, elle ne pou­vait pas se tra­duire par une pos­si­bi­li­té de vic­toire. » Mieux, il semble y adou­ber Valls — « ce­lui qui a la plus grande ex­pé­rience po­li­tique » — pour le rem­pla­cer. « Si Hol­lande je­tait l’éponge, vous croyez qu’il choi­si­rait Fi­loche, Lie­ne­mann, Hamon, Mon­te­bourg, Ma­cron ? » iro­nise un vall­siste.

Las, il va fal­loir à Valls pa­tien­ter pour sa­voir de quel cô­té tom­be­ra la pièce du des­tin. Son sort n’est pas entre ses mains, mais dans celles de Hol­lande, qui an­non­ce­ra sa dé­ci­sion en dé­cembre, peu avant la pri­maire PS des 22 et 29 jan­vier. « Si en dé­cembre, Hol­lande se ba­lade tou­jours à 13-15 % dans les son­dages… », ima­gine dé­jà Phi­lippe Dou­cet, qui rêve d’un duel Valls-Mon­te­bourg à la pri- maire. Reste que cette com­pé­ti­tion ne se­rait pas for­cé­ment une par­tie de plai­sir. Se­lon un son­dage Ip­sos - « le Point », Hol­lande at­teint 35 % chez les sym­pa­thi­sants de gauche et 45 % chez ceux du PS, qui se­ront ap­pe­lés à vo­ter. Valls ne fait guère mieux, avec 34 % et 41 %. D’au­tant que, se­lon un par­ti­san de Ma­cron, si Valls était in­ves­ti can­di­dat par le PS, le mi­nistre de l’Eco­no­mie n’hé­si­te­rait pas à se pré­sen­ter contre lui au pre­mier tour de la pré­si­den­tielle !

« Le dis­cours pré­si­den­tiel qui convient le plus » « J’ai du temps de­vant moi » « Si Hol­lande je­tait l’éponge, vous croyez qu’il choi­si­rait Fi­loche ? » « Ma­nuel a avan­cé au maxi­mum »

S’il res­te­ra donc loyal jus­qu’au bout, Valls a en re­vanche en­ten­du le conseil que lui souf­flaient ses amis avant l’été : mettre en avant ses pro­po­si­tions, être un « agi­ta­teur d’idées », po­ser des « mar­queurs ». Pour­quoi Ma­cron se­rait-il le seul à le faire ? Ces jours-ci, Valls a pris po­si­tion, par exemple, pour les ar­rê­tés mu­ni­ci­paux contre le burkini (lire ci­des­sous). D’après plu­sieurs proches, il n’au­rait pas été hos­tile à une loi, mais ne vou­lait pas gê­ner le pré­sident, plus fri­leux sur ces su­jets qui n’ont ja­mais été dans son ADN po­li­tique. « Sur le burkini, Ma­nuel a avan­cé au maxi­mum de ce qu’il pou­vait faire… », souffle un proche. Dans « l’Ex­press », Valls pré­co­nise aus­si, comme Sar­ko­zy, l’« as­si­mi­la­tion » des Fran­çais d’ori­gine étran­gère, fai­sant ex­plo­ser un ta­bou à gauche.

Et si Hol­lande y al­lait, mal­gré tout ? Cer­tains amis de Valls lui mur­murent alors de se mettre en re­trait et de pré­pa­rer la conquête du PS et la cam­pagne de 2022. « On n’est pas obli­gé de souf­fler dans la cor­ne­muse pen­dant que le ba­teau coule », achève l’un, va­chard. @Na­tha­lieS­chuck @Pau­li­ne_Th

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