Un confi­den­tiel-dé­fense éven­té par l’Ely­sée ?

PO­LÉ­MIQUE. Le 25 août, « le Monde » pu­blie un do­cu­ment se­cret dé­taillant le plan d’at­taque aé­rien contre le ré­gime sy­rien pré­vu — et fi­na­le­ment an­nu­lé — à l’été 2013. Une fuite que cer­tains à droite at­tri­buent au pré­sident.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Un spé­cia­liste des ques­tions de dé­fense PHI­LIPPE MARTINAT ET ÉRIC PELLETIER

LE SCOOP fait des re­mous dans les mi­lieux po­li­tiques, mi­li­taires et ju­di­ciaires. Dans son édi­tion da­tée du 25 août, le quo­ti­dien « le Monde » pu­blie en fac-si­mi­lé un do­cu­ment es­tam­pillé confi­den­tiel-dé­fense. Ce­lui­ci pré­sente le « ti­me­line du raid » (NDLR : plan d’at­taque) aé­rien pré­vu contre le ré­gime de Ba­char al-As­sad, à la fin de l’été 2013. L’ar­ticle donne lon­gue­ment la pa­role à Fran­çois Hol­lande que les jour­na­listes ac­com­pagnent, ce 30 août 2013. Le chef de l’Etat com­prend alors, au terme d’une conver­sa­tion avec Ba­rack Oba­ma, que les Amé­ri­cains vont fi­na­le­ment re­non­cer à s’en­ga­ger aux cô­tés des Fran­çais… qui, lâ­chés par leur al­lié, de­vront re­non­cer à leur tour.

A la lec­ture du jour­nal, les haut gra­dés de l’ar­mée ont failli s’étouf­fer. Le ca­chet rouge rec­tan­gu­laire confi­den­tiel-dé­fense, le pre­mier ni­veau de se­cret des­ti­né à pro­té­ger des in­for­ma­tions dont la di­vul­ga­tion est « de na­ture à por­ter at­teinte à la dé­fense et à la sé­cu­ri­té na­tio­nale », est clai­re­ment vi­sible. Dans la sphère po­li­tique, Eric Ciot­ti est le pre­mier à ré­agir, hier ma­tin, sur RTL, per­sua­dé que le chef de l’Etat est lui-même la gorge pro­fonde du « Monde » : « Les jour­na­listes du Monde in­diquent qu’il leur a re­mis une note confi­den­tiel-dé­fense […]. Quelle concep­tion de l’Etat ! » Au pas­sage, le dé­pu­té des Alpes-Ma­ri­times émet une contre-vé­ri­té, puisque les jour­na­listes ne livrent pas leur source. Mais Her­vé Mo­rin, ex-mi­nistre de la Dé­fense, en reste, lui, per­sua­dé : « C’est Hol­lande qui l’a don­né. C’est sûr ! » En tout cas, le do­cu­ment n’est ac­ces­sible qu’à un cercle res­treint de mi­li­taires de haut rang, de conseillers à la dé­fense et à l’Ely­sée. Ain­si que, bien sûr, au pré­sident lui-même, chef des ar­mées.

Dans son en­tou­rage, on se dé­fend d’avoir fait fui­ter le fa­meux ti­me­line : « Per­sonne ne sait d’où les jour­na­listes le tiennent. Il n’est pas conve­nable d’at­ta­quer le pré­sident, ou alors il faut le prou­ver ! » éva­cue-t-on à l’Ely­sée. « Lan­cer une po­lé­mique là-des- sus me pa­raît ab­surde, ba­laie de son cô­té Pa­tri­cia Adam, la pré­si­dente (PS) de la com­mis­sion de la Dé­fense à l’As­sem­blée. A l’époque, tout le monde sa­vait que la France vou­lait frap­per Ba­char. A la li­mite, si ce do­cu­ment était sor­ti avant que l’opé­ra­tion soit lan­cée, je pourrais com­prendre. Mais là… »

« Cette fuite est soi­gneu­se­ment do­sée, re­marque un spé­cia­liste de ces ques­tions. Sur le fond, la di­vul­ga­tion de ce do­cu­ment ne met pas en pé­ril nos troupes. Mais, sur la forme, sa re­pro­duc­tion consti­tue une com­pro­mis­sion fla­grante du se­cret. » Pour le dé­pu­té (LR) Her­vé Ma­ri­ton, cette si­tua­tion pose un « pro­blème de doc­trine de pro­tec­tion de l’in­for­ma­tion ». La vio­la­tion du se­cret est pu­nie par le Code pé­nal d’une peine de sept ans d’em­pri­son­ne­ment et 100 000 € d’amende ! En 2014, la jus­tice a été saisie d’une tren­taine de cas.

Il y a ce­pen­dant fort à pa­rier qu’au­cune ad­mi­nis­tra­tion ne s’em­pres­se­ra de dé­po­ser plainte. L’ab­sence de ré­fé­rences sur le do­cu­ment ne per­met pas de dé­ter­mi­ner qui a pro­duit la note. Ju­ri­di­que­ment, au­cun mi­nis­tère n’est donc fon­dé à dé­non­cer les faits. Ce qui ar­range tout le monde. La si­tua­tion fran­çaise n’est dé­ci­dé­ment pas com­pa­rable à celle des Etats-Unis où la jus­tice ne laisse rien pas­ser. Hillary Clinton, can­di­date dé­mo­crate à l’élec­tion pré­si­den­tielle, en sait quelque chose, elle qui est sou­mise à une en­quête pous­sée du FBI pour avoir uti­li­sé sa mes­sa­ge­rie per­son­nelle lors­qu’elle était à la tête du dé­par­te­ment d’Etat. Au risque de com­pro­mettre la sé­cu­ri­té des Etats-Unis.

« La re­pro­duc­tion de ce do­cu­ment consti­tue une com­pro­mis­sion fla­grante du se­cret »

Pa­ris (VIIIe), le 30 août 2013. De­puis son bu­reau de l’Ely­sée, le pré­sident, en­tou­ré de conseillers, s’en­tre­tient au té­lé­phone avec son ho­mo­logue amé­ri­cain Ba­rack Oba­ma au su­jet d’un pro­jet de raid aé­rien contre Ba­char al-As­sad.

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