Le burkini face aux juges du Conseil d’Etat

PO­LÉ­MIQUE. Très at­ten­due, sa dé­ci­sion sur un ar­rê­té an­ti­bur­ki­ni se­ra connue à 15 heures au­jourd’hui. Hier, le Conseil d’Etat exa­mi­nait en pu­blic ce dos­sier élec­trique.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Yliès, 27 ans, étu­diant en droit

CE N’EST PAS UN HA­SARD si l’avo­cat à la barbe de trois jours ré­pète plu­sieurs fois en dé­ta­chant les syl­labes : « Votre dé­ci­sion fe­ra ju­ris­pru­dence. » Certes, les juges du Conseil d’Etat — la plus haute ju­ri­dic­tion ad­mi­nis­tra­tive fran­çaise — n’exa­mi­naient hier la lé­ga­li­té de l’ar­rê­té an­ti­bur­ki­ni « que » pour la com­mune de Ville­neuve-Lou­bet (Alpes-Ma­ri­times). Mais leur dé­ci­sion, ren­due à 15 heures cet après-mi­di, de va­li­der ou de dé­tri­co­ter l’in­ter­dic­tion du port de cette te­nue de bain is­la­mique, fe­ra for­cé­ment des pe­tits dans les trente autres villes de France qui ont pris ce type d’ar­rê­té au coeur de l’été. « Cette dé­ci­sion est at­ten­due car elle tranche un dé­bat po­lé­mique. Si le Conseil d’Etat ne va- lide pas l’ar­rê­té, c’est la sur­en­chère po­li­tique as­su­rée », dé­crypte le po­li­to­logue Jé­rôme Four­quet.

La ca­ni­cule, elle, n’a pas épar­gné la salle suf­fo­cante de l’ins­ti­tu­tion pa­ri­sienne. Ni dé­cou­ra­gé le pu­blic, ve­nu en masse à cette au­dience ou­verte qui a du­ré un peu plus d’une heure. Vê­tue de gants noirs et d’un jil­bab vio­let, un voile la cou­vrant des pieds à la tête, mais qui laisse son vi­sage ap­pa­rent, cette étu­diante de 21 ans le re­con­naît : « Bien sûr, j’es­père que l ’ ar­rê­té se­ra cas­sé », ex­plique-telle. Sur les sièges en ve­lours rouge, d’autres femmes voi­lées ont pris place pour suivre les dé­bats. Les échanges sont ten­dus entre les avo­cats de la Ligue des droits de l’homme (LDH) et du Col­lec­tif contre l’is­la­mo- pho­bie (CCIF), qui portent la re­quête contre l’ar­rê­té an­ti­bur­ki­ni, et ce­lui de la mai­rie de Ville­neuve-Lou­bet as­sis face à eux. « In­ter­dire à une per­sonne de se vê­tir au nom de sa re­li­gion est une at­teinte aux li­ber­tés », plaide la LDH, in­sis­tant sur le fait qu’un burkini n’est pas une bur­qa « qui dis­si­mule le vi­sage ».

Face aux trois juges, l’avo­cat de Ville­neuve évite avec soin le ter­rain de la laï­ci­té pour se pla­cer sur ce­lui de la sé­cu­ri­té après les at­ten­tats de Nice qui ont fait 86 morts. Il y a « un cli­mat de ten­sions ab­so­lues dans les Alpes-Ma­ri­times », argue-t-il. « De­puis que nous avons pris l’ar­rê­té le 5 août, il n’y a eu au­cun in­ci­dent (NDLR : à l’ordre pu­blic) sur la plage », en­ché­rit-il. « Y en avait-il eu avant ? » in­ter­roge un juge. Me Pi­na­tel re­con­naît à de­mi-mot que « non » mais évoque une po­pu­la­tion dans un « état de ten­sions. Alors qu’au­jour-

« Bien­tôt, je ne pour­rai plus al­ler avec ma mère à la plage parce qu’elle est voi­lée ? »

La carte des ar­rê­tés an­ti­bur­ki­ni

Pa­ris (Ie), hier. Le pu­blic était nom­breux pour as­sis­ter à l’au­dience ou­verte du Conseil d’Etat, qui a du­ré plus d’une heure.

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