« J’au­rais tel­le­ment vou­lu sau­ver quel­qu’un »

SÉISME EN ITA­LIE. A l’image de Giu­seppe, des mil­liers de bé­né­voles af­fluent pour fouiller les ruines des vil­lages ra­va­gés par le trem­ble­ment de terre ou ve­nir en aide aux res­ca­pés. Le der­nier bi­lan s’élève à 250 morts.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Ama­trice (Ita­lie) De nos en­voyées spé­ciales Giu­seppe Leone, par­ti­ci­pant aux fouilles Te­re­sa, une res­ca­pée LOUISE COLCOMBET ET FLORA ZANICHELLI

LE PE­TIT GROUPE pro­gresse len­te­ment, les bras char­gés de vivres et de vê­te­ments, sous un so­leil de plomb. Le long de la route es­car­pée qui mène à Ama­trice, le si­lence s’ins­talle peu à peu, à me­sure qu’ap­pa­raissent les stig­mates du séisme qui a ra­va­gé mer­cre­di la zone et ré­duit Ama­trice à l’état de ruine. Cette pe­tite lo­ca­li­té de 2 600 âmes a payé le plus lourd tri­but à la ca­tas­trophe : au moins 75 des 250 vic­times re­cen­sées hier soir ha­bi­taient ce vil­lage mé­dié­val. « Quelle tris­tesse ! » souffle ain­si Mar­ti­na en dé­pas­sant le pe­tit hô­pi­tal, par­tiel­le­ment écrou­lé et lé­zar­dé de toutes parts. La jeune fille de 27 ans est par­tie hier ma­tin de Rome, à plus de deux heures de route, pour ap­por­ter son aide. Avec sa belle-mère Si­mo­na et son pe­tit ami Fa­bio, ils se sont le­vés à l’aube pour al­ler don­ner leur sang puis ont te­nu à ve­nir en per­sonne dé­po­ser du linge propre. Sou­dain, à l’en­trée du vil­lage, le groupe se fige, alors qu’une vio­lente ré­plique se fait sen­tir. Ve­ro­ni­ca, 27 ans, elle aus­si ve­nue de Rome, se met à courir, pa­ni­quée, tan­dis que le mur d’une mai­son s’écroule dans un nuage de pous­sière. Leurs sacs dé­po­sés, tous font de­mi-tour, sur les conseils des se­cou­ristes. Der­rière eux, le cor­don de sé­cu­ri­té ne laisse pas­ser que les bé­né­voles aguer­ris, dont des mil­liers ont ac­cou­ru de toute l’Ita­lie.

Comme en 2009, pour le séisme de L’Aqui­la qui avait f ait plus de 300 morts, Giu­seppe Leone, 52 ans, est ain­si ar­ri­vé des Pouilles, dans le sud de la pé­nin­sule, pour par­ti­ci­per aux fouilles. Il a pas­sé une ving­taine d’heures à re­tour­ner, à mains nues, les ruines, en quête d’un signe de vie. « Sen­tir un souffle ou une voix, sous ces pierres, ça donne l’éner­gie de creu­ser en­core. Mais là, rien. On se sent im­puis­sant. J’au­rais tel­le­ment vou­lu sau­ver quel­qu’un… Ce ma­tin, on a juste trou­vé les corps d’un couple âgé. Ils avaient dû naître ici, et leur mai­son est de­ve­nue leur tom­beau », lâche-t-il, les yeux hu­mides. Alors que l’es­poir de re­trou­ver des sur­vi­vants s’ame­nuise chaque heure, ils sont nom­breux à rap­por­ter des ré­cits dra­ma­tiques. Ain­si de cette femme en­ceinte dé­cou­verte hier au pe­tit ma­tin, ou de cet homme qui, ivre de déses­poir, a long­temps im­plo­ré les se­cou­ristes de re­trou­ver sa femme et ses beaux-pa­rents, en­se­ve­lis dans leur mai­son.

« Sen­tir un souffle ou une voix, ça donne l’éner­gie de creu­ser en­core » « C’est très dif­fi­cile de sup­por­ter ces ré­pliques in­ces­santes »

Pour ceux qui n’at­tendent plus rien des re­cherches, pom­piers et vo­lon­taires sont là aus­si pour ai­der à ras­sem­bler quelques ef­fets per­son­nels — qui un al­bum pho­to, qui une gui­tare —, ul­times ves­tiges d’une vie bri­sée. Dans les vil­lages alen­tour, plu­sieurs cam­pe­ments de for­tune ac­cueillent les quelques res­ca­pés. Par­mi eux, San­dro et Te­re­sa, un couple de Ro­mains qui se trou­vait avec ses en­fants dans la de­meure fa­mi­liale, dans un ha­meau d’Ama­trice. « C’est ter­rible car ça ar­rive au mo­ment où tous les Ro­mains qui ont une mai­son de va­cances ici se réunissent en fa­mille. Beau­coup de nos amis ont per­du des proches… » sou­pire Te­re­sa, la soixan­taine élé­gante. Elle et son ma­ri ont choi­si de res­ter dans le cam­pe­ment de Sant’An­ge­lo pour sou­te­nir leurs voi­sins qui vivent ici à l’an­née. « Ils ne savent pas com­ment ils vont gé­rer les ob­sèques alors qu’ils n’ont plus rien, et c’est très dif­fi­cile de sup­por­ter ces ré­pliques in­ces­santes, sou­ligne-t-elle. Alors on reste en­core quelques jours avec eux… »

Hier, en dé­but de soi­rée, une messe im­pro­vi­sée a été cé­lé­brée dans le camp en mé­moire des dé­funts. « Je suis dé­truite », lâche une femme, toute de noir vê­tue. Au-de­là des pertes hu­maines, beau­coup craignent pour l’ave­nir de la ré­gion. « Tous ceux qui vivent là nous disent qu’ils vont émi­grer à Rome et ne re­vien­dront plus. Si eux aban­donnent cette terre, qui au­ra le cou­rage de la re­cons­truire ? s’émeut Te­re­sa. Qui fe­ra vivre l’es­prit de notre ré­gion ? J’ai peur qu’il ne dis­pa­raisse à ja­mais. » EN IMAGES le­pa­ri­sien.fr

Ac­cu­mo­li (Ita­lie), hier. Dans tous les vil­lages tou­chés par le séisme, les re­cherches se pour­suivent pour re­trou­ver d’éven­tuels sur­vi­vants. La Croix-Rouge est mise à contri­bu­tion.

Ama­trice (Ita­lie), hier. Les res­ca­pés du trem­ble­ment de terre sont ac­cueillis dans des cam­pe­ments de for­tune. Des cen­taines de bé­né­voles leur ap­portent des draps et des vivres.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.