« On a vou­lu me dé­sta­bi­li­ser »

Equipe de France. Di­dier Des­champs,

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Pro­pos recueillis par DO­MI­NIQUE SÉVÉRAC

SI­TÔT SA CONFÉ­RENCE de presse ache­vée, Di­dier Des­champs nous a re­çus pour un en­tre­tien par­ti­cu­lier dans les lo­caux de la Fé­dé­ra­tion fran­çaise. L’oc­ca­sion de re­ve­nir avec lui sur cet Eu­ro réus­si sauf le der­nier jour, la pré­pa­ra­tion per­tur­bée qu’il a su­bie juste avant le Cham­pion­nat d’Eu­rope, avec des at­taques per­son­nelles et des po­lé­miques in­utiles, mais aus­si sur les deux nou­veau­tés qu’il a dé­voi­lées en pu­blic. Ain­si, la page Pa­trice Evra se tourne en équipe de France, alors que Ka­rim Ben­ze­ma re­de­vient sé­lec­tion­nable. Le pa­tron des Bleus dit tout de ses choix. Quel est le mo­ment qui vous reste de l’Eu­ro ? DI­DIER DES­CHAMPS. C’est dur de n’en re­te­nir qu’un après cin­quan­te­huit jours pas­sés en­semble. La der­nière image est la plus triste. On voit la coupe sans la le­ver. (Il ré­flé­chit.) C’est la fi­nale, le plus im­por­tant. Ce n’est pas un sou­ve­nir heu­reux. La de­mi-fi­nale, l’am­biance du Vé­lo­drome, battre l’Al­le­magne, des mo­ments qui res­te­ront très forts aus­si. Com­ment avez-vous di­gé­ré cette fi­nale per­due ? Ce­la met du temps. Ce n’est pas du jour au len­de­main. La dé­cep­tion est trop forte au dé­but. Le temps et l’ana­lyse per­mettent de voir les cô­tés po­si­tifs. Je l’ai tou­jours dit de­puis que je suis en­traî­neur : po­teau ren­trant, po­teau sor­tant, ce n’est pas la même chose. Ce­la s’est pro­duit à la 92e mi­nute (NDLR : sur une frappe de Gi­gnac). Il faut l’ac­cep­ter. Je ne veux rien en­le­ver aux joueurs por­tu­gais. Ils sont cham­pions d’Eu­rope, bra­vo à eux. Si on re­fait dix fois le match, on le gagne plus qu’on ne le perd. C’est comme ça. Quand on est si proche d’un sacre, c’est très dur. C’est très bien ce qu’on a fait, mais on n’a pas l’apo­théose. Si vous re­jouez cette fi­nale de­main, vous chan­gez quoi ? Rien. Je re­pars avec la même équipe et peut-être que le po­teau ren­voie le bal­lon sur Griez­mann ou qu’il rentre. Quelle trace a lais­sée dans le jeu cette équipe de France ? Le jeu, c’est quoi ? Etre ef­fi­cace. Toutes les équipes ont chan­gé de sys­tème de jeu. Les sé­lec­tion­neurs s’adaptent. On a eu un dé­but de com­pé­ti­tion com­pli­qué après deux ans de matchs ami­caux. C’était un peu à l’ar­ra­ché. Mais toutes les équipes ont eu des matchs dif­fi­ciles. Je ne sais pas si c’est le fait d’être à 24 na­tions, mais il y avait beau­coup d’équipes re­grou­pées, dé­fen­sives. Il faut beau­coup de jus­tesse tech­nique. Dans « l’Equipe », Ch­ris­tian Gour­cuff dit que votre équipe ne l’a pas en­flam­mé… Ce­la ne m’in­té­resse pas. En re­vanche, je suis d’ac­cord avec lui sur un point : il y a beau­coup de ja­loux dans le foot. Vous avez su­bi beau­coup d’at­taques per­son­nelles avant l’Eu­ro. Qu’est-ce qui vous a per­mis de te­nir ? Je suis so­lide. Dès que j’ai mis le pied dans le foot­ball, j’étais prêt à su­bir des at­taques de der­rière, de des­sus, du cô­té, de par­tout. En re­vanche, per­sonne n’a le droit de tou­cher à ma fa­mille. Je ne peux pas l’ac­cep­ter. C’est pas­sé mais je n’ou­blie­rai pas. C’est inac­cep­table, pour em­ployer un mot me­su­ré. Le tag vous qua­li­fiant de ra­ciste sur votre mai­son en Bre­tagne, c’est le plus in­sup­por­table ? La bê­tise hu­maine est par­tout. Ce n’est pas ar­ri­vé par ha­sard. Je vis avec, mais je ne peux pas l’ac­cep­ter. Votre hon­nê­te­té a aus­si été mise en cause sur les condi­tions de votre dé­part de l’OM… Et ça a fait pschitt parce qu’il n’y a rien eu et qu’il n’y au­ra ja­mais rien. On a in­ven­té des af­faires. Je sais d’où ça vient, de qui ça vient. On a vou­lu me dé­sta­bi­li­ser, voire plus. Je ne suis pas sé­lec­tion­neur de l’équipe de France pour vivre ça. On vou­lait me pous­ser à bout, mais ça va. Vous re­faites de Ben­ze­ma un joueur sé­lec­tion­nable en équipe de France. Pour­quoi ? Je fais la part des choses. Je ne suis pas là pour moi mais pour le bien de l’équipe de France. Je fais des choix en fonc­tion de ce que je pense être bon pour l’équipe de France. Je peux re­tra­vailler avec Ka­rim, mais là ce n’est pas le bon mo­ment. Ce se­ra quand le bon mo­ment ? Quand je le dé­ci­de­rai. Cette main ten­due à Ben­ze­ma, c’est la con­sé­quence de votre fa­meux prag­ma­tisme ? Qui n’a pas fait d’er­reurs ? Je ne suis pas là pour me­su­rer la gra­vi­té des er­reurs. D’autres joueurs ont fait des dé­cla­ra­tions dé­pla­cées et ils sont re­ve­nus. Si c’est ça être prag­ma­tique, je suis prag­ma­tique alors. Une sé­lec­tion, ce n’est pas « lui, je l’aime », « lui, je ne l’aime pas ». De toute fa­çon, en­traî­neur ou sé­lec­tion­neur, on aime ses joueurs si­non c’est in­vi­vable. Il n’y a qu’une seule chose qui compte : le bien de l’équipe. Il re­vien­dra même si l’opi­nion pu­blique ou des mi­nistres s’y op­posent ? On peut faire la cam­pagne mé­dia­tique qu’on veut, je dé­ci­de­rai en fonc­tion du bien de l’équipe de France. Les po­li­tiques ont le droit de s’ex­pri­mer, ils peuvent dire ce qu’ils veulent, c’est moi qui dé­ci­de­rai. Dans « Mar­ca », Ben­ze­ma avait dit : « Des­champs a cé­dé à la pression d’une par­tie ra­ciste de la France. » Si la pre­mière par­tie de sa phrase est hors su­jet, la fin est-elle un peu vraie ? Je ne sais pas ce que les Fran­çais pensent des uns et des autres. Ren­trer dans ce dé­bat, c’est me jus­ti­fier. Je sé­lec­tionne des joueurs fran­çais qui vont re­pré­sen­ter la France. Je ne m’in­té­resse pas à leurs ori­gines. Ce­la ne m’est ja­mais ar­ri­vé de ne pas prendre un joueur pour des rai­sons autres que spor­tives. Se pas­ser d’Evra, que vous connais­sez de­puis si long­temps, est-ce une dé­ci­sion plus dif­fi­cile à prendre qu’une autre ? C’est tou­jours dif­fi­cile. Je n’entre pas dans l’af­fect. Pa­trice me connaît bien : je suis avec lui comme je suis avec les autres joueurs. Je dé­cide en fonc­tion du bien de l’équipe de France. Si­non, ce n’est pas moi. Je le fais parce que je pense que c’est le mo­ment de le faire.

« Per­sonne n’a le droit de tou­cher à ma fa­mille, c’est inac­cep­table » « Une sé­lec­tion, ce n’est pas lui, je l’aime, lui, je ne l’aime pas »

« Les po­li­tiques ont le droit de s’ex­pri­mer, ils peuvent dire ce qu’ils veulent, c’est moi qui dé­ci­de­rai », a dé­cla­ré Di­dier Des­champs à pro­pos de la sé­lec­tion ou non de Ka­rim Ben­ze­ma.

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