A la san­té des fes­ti­vals

BI­LAN. On crai­gnait un été noir pour les grands évé­ne­ments de l’été dans le contexte des at­ten­tats. Au contraire. Beau­coup ont bat­tu des re­cords de fré­quen­ta­tion.

Aujourd'hui en France - - LOISIRS ET SPECTACLES - THIER­RY DAGUE ET EM­MA­NUEL MAROLLE

LA FÊTE MAL­GRÉ LA ME­NACE. Les at­ten­tats à Pa­ris et en Eu­rope, et sur­tout ce­lui de Nice le 14 Juillet, au­raient pu dé­cou­ra­ger les fes­ti­va­liers. Au contraire : plu­sieurs ren­dez­vous es­ti­vaux ont bat­tu leur re­cord de fré­quen­ta­tion. Alors que Rock en Seine ferme ce week-end la sai­son ( lire ci-des­sous), le bi­lan de l’été est au beau fixe. Près de 280 000 fans pour le 25e an­ni­ver­saire des Vieilles Char­rues, 200 000 spec­ta­teurs pour So­li­days, 187 000 à Avi­gnon (dont 126 000 payants), 145 000 aux Fran­co­fo­lies ( dont 90 000 payants), 104 000 aux Eu­ro­ckéennes… Af­fluence en hausse dans les prin­ci­paux fes­ti­vals, voire re­cord pour cer­tains. « Sur les cin­quante plus gros évé­ne­ments fran­çais, nous avons dé­jà dé­pas­sé les 2,6 mil­lions de spec­ta­teurs de l’an pas­sé, alors que Rock en Seine à Saint-Cloud et le Ca­ba­ret vert à Char­le­ville-Mé­zières ont lieu ce week-end », se ré­jouit Jean-Paul Ro­land, pa­tron des Eu­ro­ckéennes de Bel­fort et pré­sident de la fé­dé­ra­tion De Concert, qui ras­semble une qua­ran­taine de fes­ti­vals eu­ro­péens. « C’est une très bonne an­née, mal­gré le contexte an­xio­gène. »

Af­fluence re­cord Peu d’im­pact des at­ten­tats

A la suite du drame de Nice, les an­nu­la­tions ont sur­tout concer­né des feux d’ar­ti­fice ou des fêtes gra­tuites, comme la Bra­de­rie de Lille. Ex­cep­tions no­tables : le Nice Jazz Fes­ti­val, les Plages mu­si­cales de Berck, le ci­né­ma en plein air de la Villette (sus­pen­du quelques jours). Pour la ma­jo­ri­té des fes­ti­vals, « les at­ten­tats n’ont eu au­cun im­pact sur la fré­quen­ta­tion, as­sure Paul Four­nier, pré­sident de l’as­so­cia­tion France Fes­ti­vals, qui re­groupe 80 ma­ni­fes­ta­tions. A la de­mande de l’Etat, nous avons tous pris des me­sures de sé­cu­ri­té sup­plé­men­taires. Aux Tra­ver­sées de Noir­lac (Cher), que je di­rige, j’ai re­fu­sé qu’on fouille les sacs, mais on a re­cru­té un agent de sé­cu­ri­té. Il fal­lait ras­su­rer le pu­blic sans que ce­la soit pe­sant pour lui. Mais je n’ai sen­ti ni ten­sion ni fé­bri­li­té. » Le so­cio­logue Em­ma­nuel Né­grier, au­teur de plu­sieurs études sur les fes­ti­vals, note que ces der­niers « n’ont pas at­ten­du 2016 pour ren­for­cer leurs dis­po­si­tifs de sé­cu­ri­té. Ils ont l’ha­bi­tude de fil­trer les en­trées et de tra­vailler avec la po­lice et les pom­piers. Le pro­blème est dif­fé­rent pour les spec­tacles gra­tuits. Châ­lon dans la rue a re­non­cé à cer­taines af­fiches trop ris­quées. » Mal­gré leur forte fré­quen­ta­tion, cer­tains fes­ti­vals res­tent fra­giles. Et les me­sures de sé­cu­ri­té n’ont pas al­lé­gé la note. So­li­days a ain­si gé­né­ré « moins d’ar­gent » cette an­née à cause de ces sur­coûts mais aus­si des inon­da­tions sur­ve­nues dé­but juin. La fac­ture a éga­le­ment été lourde pour les Eu­ro­ckéennes : « Nous sommes condam­nés à l’af­fluence parce qu’il y a un bud­get ac­cueil du pu­blic tou­jours plus im­por­tant, ad­met leur di­rec­teur Jean-Paul Ro­land. Nous avons mis 130 000 € de plus dans la sé­cu­ri­té. Un sur­coût com­pen­sé en par­tie par le fonds de sou­tien mis en place par le mi­nis­tère de la Culture de 14 M€ au to­tal. »

Fra­gi­li­té éco­no­mique Des sym­boles du vivre-en­semble

« L’en­goue­ment pour les fes­ti­vals est mas­sif et du­rable, ob­serve le so­cio­logue Em­ma­nuel Né­grier. C’est un sec­teur hy­per dy­na­mique, qui a su re­nou­ve­ler son pu­blic et s’an­crer lo­ca­le­ment. On vient y cher­cher une off r e a r t i s t i q u e ma i s a u s s i u n e di­men­sion hu­maine, convi­viale, une ex­pé­rience de la di­ver­si­té. Les fans de rock mé­tal font bon mé­nage avec les rap­peurs. » Jean-Paul Ro­land ne dit pas autre chose : « Les suc­cès de cet été tra­duisent la pré­cio­si­té de nos évé­ne­ments dans une so­cié­té un peu trouble. Il y a presque un cô­té mi­li­tant. » Paul Four­nier ren­ché­rit : « Les fes­ti­vals ne sont pas juste une dis­trac­tion, ils par­ti­cipent à l’éveil des consciences et au vivre-en­semble. Face à une lo­gique mor­ti­fère, les ar­tistes sont des forces de vie. »

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