IS­LAM.

Le Con­seil d’Etat a in­va­li­dé hier l’ar­rê­té an­ti­bur­ki­ni de Ville­neuve-Lou­bet. Les autres villes de­vront s’y plier. Mais la dé­ci­sion des juges n’a pas cal­mé les es­prits.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - FLO­RENCE MÉ­RÉO

DU CÔ­TÉ DE LA JUS­TICE, le dé­bat est tran­ché : oui, le bur­ki­ni a sa place sur les plages de France. Du cô­té de la classe po­li­tique et de l’opi­nion pu­blique, rien n’est moins sûr. Ra­re­ment une dé­ci­sion du Con­seil d’Etat, qui a don­né hier un coup d’ar­rêt à l’in­ter­dic­tion du port de cette te­nue de bain is­la­mique, n’au­ra sus­ci­té au­tant de re­mous. Jus­qu’à Ma­nuel Valls, qui a af­fir­mé hier que la dé­ci­sion des juges « n’épuise pas le dé­bat qui s’est ou­vert dans notre so­cié­té ». Alors que plu­sieurs de ses col­lègues au gou­ver­ne­ment comme Ma­ri­sol Tou­raine (San­té) ou Na­jat Val­laud-Bel­ka­cem (Edu­ca­tion) ré­clament de­puis plu­sieurs jours l’apai­se­ment, l’hôte de Ma­ti­gnon en­fonce le clou : « Res­ter si­len­cieux, comme par le pas­sé, c’est un pe­tit re­non­ce­ment. Une dé­mis­sion de plus », écrit-il avant d’ajou­ter que « dé­non­cer le bur­ki­ni, c’est dé­non­cer un is­lam mor­ti­fère ».

Le droit et que le droit

Le ré­fé­ré du Con­seil d’Etat, cen­sé clore la po­lé­mique es­ti­vale née dé­but août lors d’une « jour­née bur­ki­ni » dans un parc aqua­tique près de Mar­seille, di­vise aus­si à droite. Entre un Ni­co­las Sar­ko­zy qui ré­clame une loi et un Alain Jup­pé qui s’y re­fuse, le tor­chon brûle. Pour­tant, le Con­seil d’Etat, qui sta­tuait sur l’ar­rê­té de Ville­neuve-Lou­bet (Alpes-Ma­ri­times), a mo­ti­vé sa dé­ci­sion sur les prin­cipes non pas de laï­ci­té mais… d’ordre pu­blic. « Au­cun élé­ment ne per­met de re­te­nir que des risques de trouble à l’ordre pu­blic aient ré­sul­té de la te­nue adop­tée en vue de la bai­gnade par cer­taines per­sonnes », es­timent les ma­gis­trats, et ce mal­gré « l’émo­tion et les in­quié­tudes ré­sul­tant des at­ten­tats ter­ro­ristes ». En clair, les juges ont sta­tué en droit sans te­nir compte du contexte.

Dé­sor­mais, que va-t-il se pas­ser alors que 29 autres villes ont pris des ar­rê­tés si­mi­laires ? « Soit ces villes sus­pendent d’elles-mêmes les in­ter­dic­tions et l’af­faire s’ar­rête là, ex­plique Me Guez, l’avo­cat du Col­lec­tif contre l’is­la­mo­pho­bie (CCIF) qui por­tait, avec la Ligue des droits de l’homme (LDH), la re­quête. Soit elles re­fusent et nous dé­non­ce­rons les ar­rê­tés de­vant les tri­bu­naux ad­mi­nis­tra­tifs où la ju­ris­pru­dence du Con­seil d’Etat s’ap­pli­que­ra. » Dans ce cli­mat de ten­sion, l’op­ti­misme de cet homme qui, de­vant les grilles du Con­seil d’Etat, criait hier « Vive la li­ber­té ! » pa­raît dé­jà bien loin.

Pa­ris (Ier), hier. De­vant la grille du Con­seil d’Etat, l’an­nonce de la dé­ci­sion des juges sur l’ar­rê­té an­ti­bur­ki­ni de Ville­neuve-Lou­bet était at­ten­due dans la co­hue.

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