Pas de va­cances pour « l’ar­naque au voya­geur »

ES­CRO­QUE­RIE. Cet été en­core, des di­zaines de va­can­ciers ont été lé­sés, dé­cou­vrant que la vil­lé­gia­ture qu’ils pen­saient avoir louée n’exis­tait pas. Une ar­naque dif­fi­cile à com­battre.

Aujourd'hui en France - - FAITS DI­VERS - NI­CO­LAS JAC­QUARD

DANS LE JAR­GON, on l’ap­pelle « l’ar­naque du voya­geur ». Une es­cro­que­rie qui a fait cet été en­core de nom­breuses vic­times, dont une cen­taine rien qu’à Ar­ge­lès-sur-Mer et dans une moindre me­sure au Ca­ne­ten-Rous­sillon, sta­tions bal­néaires des Py­ré­nées-Orien­tales. Tous les sa­me­dis ou presque de­puis la fin juin, une même scène s’y est ré­pé­tée. Celle de fa­milles désem­pa­rées, re­grou­pées de­vant un même ap­par­te­ment qu’elles pen­saient toutes avoir loué sur In­ter­net. Une vil­lé­gia­ture pour la­quelle elles ont ver­sé des arrhes, entre 150 et 300 €.

Las, si, à Ar­ge­lès, ce T 2 à 400 m de la plage existe bien, sa fa­çade étant conforme à la pho­to qui a été dif­fu­sée, le pro­prié­taire tombe des nues. Ja­mais l’ap­par­te­ment n’a été à louer, à part vir­tuel­le­ment pour le compte de cy­be­res­crocs.

Une longue en­quête

« Une ar­naque dif­fi­cile à re­pé­rer, ex­plique le lieu­te­nant-co­lo­nel Serge Fau­ry, com­man­dant en se­cond du grou­pe­ment de gen­dar­me­rie des Py­ré­nées-Orien­tales. No­tam­ment parce qu’elle s’est dé­rou­lée au prin­temps, et que ce n’est que main­te­nant que ces par­ti­cu­liers com­prennent qu’ils ont été floués. » A par­tir de là, l’ur­gence est de trou­ver un autre point de chute, ce à quoi s’est at­te­lé l’of­fice de tou­risme. Il faut en­suite dé­po­ser plainte, sans ga­ran­tie de re­cou­vrer les fonds ver­sés. Certes, les gen­darmes ont pris la me­sure du dos­sier. Des ef­fec­tifs ont été dé­diés aux in­ves­ti­ga­tions, dont des hommes spé­cia­li­sés dans les nou­velles tech­no­lo­gies.

Mais « l’en­quête se­ra longue », pré­fère pré­ve­nir le lieu­te­nant-co­lo­nel Fau­ry. Dé­jà car il fau­dra pa­tien­ter jus­qu’au re­tour des nom­breuses ré­qui­si­tions lan­cées, pour ten­ter d’iden­ti­fier les lignes té­lé­pho­niques ou In­ter­net uti­li­sées par les mal­frats. A plu­sieurs re­prises dans des af­faires si­mi­laires, des in­ter­pel­la­tions avaient été ef­fec­tuées, et les es­crocs tra­duits en jus­tice. Ce fut le cas dans le Var en 2015, comme l’at­tes­tait ré­cem­ment le vice-pro­cu­reur de Dra­gui­gnan dans « VarMa­tin ». « C’était une équipe de Serbes bien ro­dée, dé­cri­vait Vincent Jac­quey. A tel point que l’on a re­te­nu contre eux la cir­cons­tance ag­gra­vante de la bande or­ga­ni­sée. » Quatre pré­ve­nus ont été condam­nés à des peines al­lant d’un à quatre ans de pri­son.

Cet hi­ver, un autre ré­seau avait été dé­man­te­lé par les gen­darmes de Vald’Isère. Un sus­pect avait été pla­cé sous contrôle ju­di­ciaire, soup­çon­né d’avoir floué une soixan­taine de fa­milles ces deux der­nières an­nées.

Si le pré­ju­dice fi­nan­cier, in­di­vi­duel­le­ment, reste re­la­tif, l’im­pact psy­cho­lo­gique est in­dé­niable. « Dé­goû­tée, écoeu­rée », té­moi­gnait l’an der­nier une fa­mille lé­sée. Con­tac­tée, elle ne sou­haite plus évo­quer « cette af­faire qui [nous] a bien plom­bés ». Pour ten­ter de se pré­mu­nir de tels pièges, toutes les pré­cau­tions sont bonnes. Les pro­fes­sion­nels conseillent de se tour­ner vers des agences ayant pi­gnon sur rue, de vé­ri­fier la réa­li­té de l’ap­par­te­ment et de sa mise en lo­ca­tion, et de se mé­fier quand le pro­prié­taire pré­su­mé uti­lise sys­té­ma­ti­que­ment l’ar­gu­ment de la dis­tance pour mi­ni­mi­ser les contacts.

A Ar­ge­lès-sur-Mer (Py­ré­nées-Orien­tales), des lo­ge­ments étaient loués à plu­sieurs fa­milles, par des es­crocs qui n’étaient pas pro­prié­taires.

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