Ra­di­ca­li­sa­tion : le film choc

AVANT-PRE­MIÈRE. « Le Ciel at­ten­dra », pré­sen­té à An­gou­lême, ra­conte l’em­bri­ga­de­ment de deux ado­les­centes par Daech.

Aujourd'hui en France - - LOI­SIRS ET SPEC­TACLES - An­gou­lême (Cha­rente) De notre en­voyé spé­cial Ma­rie-Cas­tille Men­tion-Schaar, la réa­li­sa­trice du « Ciel at­ten­dra » PIERRE VA­VAS­SEUR

C’ÉTAIT L’UN DES FILMS les plus at­ten­dus du 9e Fes­ti­val du film fran­co­phone qui se tient à An­gou­lême jus­qu’à de­main soir. L’un des plus sen­sibles aus­si. En té­moigne le bou­clage du sec­teur au­tour du mul­ti­plexe où il a été pré­sen­té, ain­si qu’au­tour du pa­lais de jus­tice, hier après-mi­di, à l’oc­ca­sion d’une confé­rence-dé­bat in­ti­tu­lée « la Conscience cap­tu­rée ». « Le ciel at­ten­dra », de Ma­rie-Cas­tille Men­tion-Schaar, ra­conte le pro­ces­sus d’em­bri­ga­de­ment par Daech de deux ado­les­centes à des an­nées-lu­mière de se re­trou­ver dans un tel cas de fi­gure. Et pour­tant, So­nia (Noé­mie Mer­lant), 17 ans, e t Mé­la­nie ( Nao­mie Amar­ger), 16 ans, l’une et l’autre éle­vées dans des mi­lieux so­ciaux ai­sés, n’au­ront bien­tôt plus qu’une idée en tête : re­joindre la Sy­rie.

En pa­ral­lèle, ce film de 1 h 40, qui sor­ti­ra le 5 oc­tobre sur les écrans, dé­crit la si­dé­ra­tion et le désar­roi de leurs mères d e v e nues su­bi­te­ment « mères or­phe­lines » : in­ca­pables d’avoir vu ve­nir quoi que ce soit et en­core moins d’en com­prendre les rai­sons. Ma­riée à Zi­ne­dine Soua­lem, San­drine Bon­naire est Ca­the­rine, la ma­man de So­nia. Clo­tilde Cou­rau est Syl­vie, qui élève seule Mé­la­nie. Que les proies soient fé­mi­nines n’est pas ano­din. Par­mi les 1 600 jeunes contac­tés à ce jour dans notre pays par des « ra­bat­teurs » dji­ha­distes, 30 % sont des femmes dont 20 % sont mi­neures. Elle-même ma­man d’une fille de 22 ans, la réa­li­sa­trice, ré­vé­lée au grand pu­blic en 2014 avec « les Hé­ri­tiers », dans le­quel une classe de ban­lieue gagne un concours d’his­toire sur la Shoah, ra­conte qu’elle a éprou­vé la né­ces­si­té de creu­ser un mys­tère : « Comment des ados peuvent-elles pas­ser de Vio­let­ta à l’en­vie de par­tir en Sy­rie ? »

Avec la même fibre do­cu­men­ta­riste qui fut la sienne lors­qu’elle tra­vailla sur « les Hé­ri­tiers » — un res­ca­pé des camps y joue par exemple son propre rôle —, Ma­rie-Cas­tille Men­tion-Schaar a ren­con­tré des jour­na­listes, des psy­cho­logues et des pa­rents tou­chés par ce drame. Puis convain­cu l’eth­no­logue Dou­nia Bou­zar, fon­da­trice du centre de pré­ven­tion contre les dé­rives sec­taires liées à l’is­lam, de jouer son propre rôle. Le spec­ta­teur as­siste ain­si à des séances de « désem­bri­ga­de­ment » qui consistent, sans ja­mais heur­ter la vic­time, à re­mon­ter à la source des mo­ti­va­tions qui l’ont fait bas­cu­ler.

Le tour­nage du film a dé­bu­té deux jours après les at­ten­tats de no­vembre 2015. San­drine Bon­naire, qui a d’abord hé­si­té car elle a gran­di aux cô­tés d’une fa­mille mu­sul­mane, a pui­sé dans ce mas­sacre le dé­clic et la rage de faire le film. De son cô­té, Clo­tilde Cou­rau re­con­naît s’être je­tée corps et âme dans son rôle jus­qu’à être lit­té­ra­le­ment han­tée par lui — « A la fin du tour­nage, je suis tom­bée ma­lade. » « Le ciel at­ten­dra » est une oeuvre es­sen­tielle et fé­brile qui rap­pelle à chaque image que le ci­né­ma doit aus­si, par­fois, faire oeuvre ci­toyenne et d’in­té­rêt pu­blic.

« Comment des ados peuvent-elles pas­ser de Vio­let­ta à l’en­vie de par­tir en Sy­rie ? »

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