« As­su­rer ses ar­rières, rien de plus nor­mal »

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Gas­pard Gant­zer, dir­com à l’Ely­sée PHI­LIPPE MAR­TI­NAT ET CHARLES SA­PIN

seiller qui surfe sur le ré­seau so­cial pro­fes­sion­nel Lin­kedIn, là une char­gée de mis­sion qui ou­blie son CV dans le bac de l’im­pri­mante. « Les gens es­sayent d’être dis­crets… même si la se­maine der­nière, un conseiller m’a car­ré­ment de­man­dé de re­lire sa lettre de mo­ti­va­tion », s’amuse le pa­tron d’un autre ca­bi­net.

Dans cette course au re­ca­sage, tous les membres de ca­bi­net ne sont pas à éga­li­té. Les plus pré­caires sont les contrac­tuels tech­niques (à l’in- dus­trie, l’agri­cul­ture, la culture, etc.). « N’étant pas fonc­tion­naires sta­tu­taires, ils n’ont au­cune ga­ran­tie et vivent au rythme de la presse pour qui l’al­ter­nance en 2017 ne fait au­cun doute », re­prend le chef de ca­bi­net. « L’avan­tage c’est que nous sommes tous spé­cia­li­sés, donc pas vrai­ment concur­rents. Du coup, on s’en­traide, té­moigne un de ces pré­caires. On s’or­ga­nise une pe­tite bourse d’échange, sur le mode il faut que je te pré­sente ma­chin, t’au­rais pas le contact d’un mec là­bas ? » Les conseillers plus po­li­tiques, eux, avancent leurs pions pour re­joindre les équipes de can­di­dats à la pré­si­den­tielle ou se po­si­tion­ner pour les lé­gis­la­tives.

Les fonc­tion­naires n’ont pas le même pro­blème. Mis à dis­po­si­tion, ils re­trou­ve­ront leur corps d’ori­gine à la fin du quin­quen­nat. « Pour­tant, même chez eux, c’est par­fois la course, as­sure un chef ad­joint de ca­bi­net : plus tôt ils par­ti­ront, plus ils au­ront de choix. En ne se re­ca­sant qu’à la der­nière mi­nute, il ne leur res­te­ra plus que les miettes. » Des miettes confor­tables, par exemple un poste de haut fonc­tion­naire à la Cour des comptes.

A par­tir de fé­vrier, il ne res­te­ra guère au­tour des mi­nistres et des se­cré­taires d’Etat guère que la moi­tié de leurs ca­bi­nets. « Pour res­ter jus­qu’au bout, il faut avoir de très so­lides ga­ran­ties ou être d’une fi­dé­li­té à toute épreuve à son boss, dit un j eune conseiller dé­ter­mi­né à al­ler jus­qu’au bout. Entre nous on se dit qu’on est les ka­mi­kazes de la bande. »

A l’Ely­sée, où le phé­no­mène fait rage aus­si (lire page 2), Hol­lande a no­tam­ment lais­sé par­tir son chef d’état-ma­jor par­ti­cu­lier, le gé­né­ral Be­noît Pu­ga — nou­veau grand chan­ce­lier de la Lé­gion d’hon­neur. La conseillère Afrique de l’Ely­sée, Hé­lène Le Gal, s’est en­vo­lée pour l’am- bas­sade de Tel-Aviv. « Rien de plus nor­mal, fran­che­ment, que d’as­su­rer ses ar­rières pour ne pas se re­trou­ver le bec dans l’eau en 2017 », ex­plique l’en­tou­rage du chef de l ’ Et a t . « Qu’est-ce que vous croyez, qu’on fait du tri­cot dans la vie ? » s’em­porte une conseillère. Bref, une am­biance de fin de règne. Mais à l’Ely­sée, on sou­ligne que le pré­sident reste en­tou­ré d’un noyau so­lide d’une di­zaine de col­la­bo­ra­teurs bien dé­ci­dés à al­ler jus­qu’au bout. « S’il n’en reste qu’un, je se­rai ce­lui-là », clai­ronne Gas­pard Gant­zer, au poste clé de la com­mu­ni­ca­tion.

Dans ce pre­mier cercle fi­gurent aus­si ceux qui se des­tinent à la po­li­tique et lorgnent des man­dats élec­tifs. C’est le cas de Bo­ris Val­laud, le di­rec­teur de ca­bi­net ad­joint, Ch­ris­tophe Pier­rel, chef de ca­bi­net ad­joint, Vincent Fel­tesse, Di­dier Le Bret ou en­core Ber­nard Rul­lier. La garde meurt mais ne se rend pas.

« S’il n’en reste qu’un, je se­rai ce­lui-là »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.