« La ren­trée, tou­jours un bon­heur »

J - 4. Xa­vier Dar­cos, mi­nistre de l’Edu­ca­tion de 2007 à 2009 sous Ni­co­las Sar­ko­zy, est tou­jours res­té à l’écart des grands dé­bats sur l’école ces der­nières an­nées. Ce fin connais­seur du sys­tème se confie au­jourd’hui.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Propos recueillis par CHRISTEL BRIGAUDEAU

IL VOU­LAIT « échap­per à cette fa­ta­li­té », comme il le dé­crit, des « an­ciens mi­nistres qui ex­pliquent en per­ma­nence ce qu’il au­rait fal­lu faire, et portent des ju­ge­ments sur les in­ten­tions » de ceux qui leur suc­cèdent. Au­jourd’hui, Xa­vier Dar­cos se livre, lui qui n’a plus au­cun man­dat élec­tif. Aca­dé­mi­cien, pro­fes­seur de lettres clas­siques, mi­nistre de l’En­sei­gne­ment sco­laire sous Chi­rac puis de l’Edu­ca­tion nationale sous Sar­ko­zy, il est long­temps res­té si­len­cieux sur l’école. Il re­vient en cette ren­trée avec un vi­vant et très do­cu­men­té « Dic­tion­naire amou­reux de l’école » et ac­cepte au pas­sage de nous dis­til­ler quelques confes­sions.

Ren­trée

C’est le mo­ment où s’ex­prime le plus « la conscience que les en­sei­gnants ont de l’uti­li­té de leur mé­tier », ex­plique Xa­vier Dar­cos. Son plus grand sou­ve­nir de re­tour en classe, lui qui l’a vé­cu en élève, prof, pa­pa et mi­nistre ? « Sans au­cun doute, ma pre­mière ren­trée d’en­sei­gnant, en sep­tembre 1968. C’était au ly­cée, à Pé­ri­gueux. Mes élèves n’étaient pas beau­coup plus jeunes que moi, je crois même me sou­ve­nir que l’un d’eux avait mon âge ! J’étais dans mes pe­tits sou­liers, et j’ai réa­li­sé à la se­conde où je suis en­tré dans la classe que ma vo­ca­tion était là. Cette pre­mière im­pres­sion ne m’a ja­mais quit­té. Cu­rieu­se­ment, pour moi, la ren­trée a tou­jours été un bon­heur. »

Col­lège

« Les gens aux af­faires, quels qu’ils soient, sont gé­né­ra­le­ment gui­dés par la vo­lon­té de faire le bien des élèves, pense-t-il. Le pro­jet de Vincent Peillon sur les rythmes sco­lai- res mé­ri­tait qu’on lui laisse sa chance. De même pour la mi­nistre ac­tuelle. » La ré­forme du col­lège, qui s’ap­plique en cette ren­trée, ne le « dé­range pas sur son prin­cipe », confie-t-il. « Mais il y a dans cette ré­forme des ef­fets col­la­té­raux fâ­cheux : je re­grette le re­cul de l’en­sei­gne­ment des langues an­ciennes, et la sup­pres­sion de classes bi­langues ou eu­ro­péennes qui risquent de faire du tort à l’al­le­mand. »

Ré­forme

« Gé­né­ra­le­ment, tous les mi­nistres com­mencent en vou­lant être pru­dents, faire confiance au ter­rain… et la ma­chine re­prend le des­sus, et on se re­trouve à la fin en face d’énormes dis­po­si­tifs », sou­pire l’an­cien lo­ca­taire de la Rue de Gre­nelle. Ayant pas­sé sa vie dans l’Edu­ca­tion nationale, au coeur du ré­ac­teur des salles de cours, Xa­vier Dar­cos s’est cru un temps pré­mu­ni, « mieux pré- pa­ré que les autres mi­nistres pour évi­ter tous les écueils… J’en ai pris quelques-uns pour­tant, comme les autres. » La ré­forme du ly­cée qu’il por­tait (da­van­tage de fi­lières, or­ga­ni­sa­tion en se­mestres et en mo­dules comme à la fac) est mort-née dans le fra­cas de ma­ni­fes­ta­tions ly­céennes.

Vio­lence

« Les cri­tiques qu’on en­tend au­jourd’hui res­semblent à celles qui avaient dé­jà court à l a f i n du XIXe siècle ou en 1968 », note l’aca­dé­mi­cien, qui in­vite à « ne pas confondre les causes et les ef­fets ». « Les pro­blèmes à l’école ne sont pas les pro­blèmes de l’école, in­siste-t-il. Les in­éga­li­tés, la vio­lence, le com­mu­nau­ta­risme sont des phé­no­mènes de so­cié­té, plaide-t-il. On de­mande à l’école de vi­der la cu­vette, alors que per­sonne ne sait fer­mer le ro­bi­net. » de Xa­vier Dar­cos, Edi­tions Plon, 656 pages, 25 €.

Pour Xa­vier Dar­cos (ici en vi­site dans un col­lège à la ren­trée 2003, alors qu’il était le mi­nistre de l’En­sei­gne­ment sco­laire de Jacques Chi­rac), la ren­trée est le mo­ment où s’ex­prime le plus « la conscience que les en­sei­gnants ont de l’uti­li­té de leur mé­tier ».

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