Non, l’au­to-stop n’est pas mort !

ROUTES. A l’heure des grands re­tours, vous avez cer­tai­ne­ment croi­sé des adeptes du stop, pouce le­vé !

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Na­dège, une au­to-stop­peuse de 38 ans ÉLO­DIE CHERMANN

ON CROYAIT les au­to-stop­peurs morts et en­ter­rés à l’ère du co­voi­tu­rage. Pour­tant, sur la route du re­tour des va­cances, on en voit en­core, sac sur le dos et pouce le­vé. « La plu­part sont des jeunes qui n’ont pas beau­coup d’ar­gent, pas de voi­ture et pas for­cé­ment d’al­ter­na­tive pour se dé­pla­cer », constate Vincent Kauf­mann, pro­fes­seur d’ana­lyse de la mo­bi­li­té à l’Ecole po­ly­tech­nique de Lau­sanne (Suisse). Mais il y a aus­si des ba­rou­deurs qui semblent tout droit sor­tis des livres de Jack Ke­rouac. Leur mo­teur ? Le goût de l’aven­ture. « Dans un monde très as­su­ran­tiel, cer­tains éprouvent le be­soin de se confron­ter à l’in­con­nu, à l’in­for­mel, ana­lyse le spé­cia­liste. Avec l’au­to-stop, ils re­dé­couvrent vrai­ment le rap­port à l’al­té­ri­té, parce qu’il n’y a pas de filtre, et c’est ce qu’ils ap­pré­cient. »

En­core faut-il trou­ver de bons sa­ma r i t a i n s a u v o - lant… « Au dé­but du XXe siècle, la voi­ture était un bien très rare, rap­pelle Ted­dy De­lau­nay, ex­pert au La­bor a t o i r e v i l l e , mo­bi­li­té, trans­port de l’uni­ver­si­té Pa­ris-Est. On avait donc l’ha­bi­tude de la par­ta­ger. Mais, avec l’aug­men­ta­tion de la mo­to­ri­sa­tion des mé­nages et l’in­di­vi­dua­li­sa­tion des modes de vie, la donne a chan­gé. Les gens se montrent de plus en plus mé­fiants. »

Mais, Ted­dy De­lau­nay en est per­sua­dé, l’au­to-stop a de beaux jours de­vant lui. « Cin­quante pour cent des moins de 25 ans en France ne dis­posent pas du per­mis de conduire, rap­pelle-t-il. Or, les col­lec­ti­vi­tés lo­cales n’ont pas toutes les moyens de mettre en place des lignes de bus, no­tam­ment dans les ter­ri­toires ru­raux. »

Dans le Tarn-et-Ga­ronne, dix d’en- tre elles ont donc eu l’idée, en avril 2012, de dé­ve­lop­per un ser­vice pu­blic d’au­to-stop or­ga­ni­sé pour des tra­jets de proxi­mi­té. Une pre­mière en France. « Afin de ré­ha­bi­tuer les au­to­mo­bi­listes à la pré­sence d’au­tos­top­peurs, on a com­men­cé par créer un maillage d’ar­rêts sur le pouce, des po­teaux ins­pi­rés des ar­rêts de bus », ex­plique Alain Jean, pré­sident de la so­cié­té co­opé­ra­tive d’in­té­rêt col­lec­tif qui porte le dis­po­si­tif. Puis, pour éta­blir un rap­port de confiance entre conduc­teurs et pas­sa­gers, un site In­ter­net et un sys­tème d’ins­crip­tion avec fiches et kit pour per­mettre à cha­cun d’être clai­re­ment iden­ti­fié.

Na­dège, ins­tal­lée à Beau­mont-deLo­magne, est de­ve­nue une fer­vente adepte. « D’abord pour des rai­sons éco­no­miques », in­dique cette in­té­ri­maire de 38 ans. Mais pas seule­ment. « Contrai­re­ment au co­voi­tu­rage, où l’on est obli­gé de pré­voir, de res­pec­ter des ho­raires pré­cis, là, on peut par­tir quand on veut », té­moigne-t-elle.

Que ce soit comme pas­sa­ger ou comme conduc­teur, Jean-Marc, 51 ans, n’y voit lui aus­si que des avan­tages. « A l’heure où nous sommes tous cen­sés veiller à la pla­nète, c’est un bon moyen de ra­tio­na­li­ser nos dé­pla­ce­ments et de ré­duire notre em­preinte car­bone, in­dique cet ha­bi­tant de Va­lence-d’Agen. Et puis, c’est plus sym­pa de faire la route à deux que tout seul ! » Des ré­ti­cences ? Il dit ne pas en avoir. « Je ne suis pas d’un na­tu­rel crain­tif, confie-t-il. Et puis, en de­hors d’un gars qui avait des pe­tits sou­cis d’hy­giène, je n’ai eu que de bonnes ex­pé­riences. De quoi vous ré­con­ci­lier avec la na­ture hu­maine ! »

« Contrai­re­ment au co­voi­tu­rage, on peut par­tir quand on veut »

« C’est la seule for­mule gra­tuite »

L’au­to-stop « offre beau­coup de li­ber­té », ap­pré­cie Nik­las.

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