Trau­ma­tisme ra­vi­vé à L’Aqui­la

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - L.C. ET F.Z.

bles­sés, et pri­vé de toit plus de 70 000 ha­bi­tants. Sept ans plus tard, le centre his­to­rique hé­ris­sé de grues peine à re­trou­ver son vi­sage d’an­tan. Quelques églises et bâ­ti­ments an­ciens ont été re­cons­truits, mais des rues en­tières sont en­core lais­sées à l’aban­don : im­meubles éven­trés, com­merces vides et gra­vats semblent n’avoir pas bou­gé de­puis. « Il fau­dra en­core trente ans pour re­mettre la ville sur pied », pré­dit Jes­si­ca.

Mer­cre­di, comme tant d’autres à L’Aqui­la, cette mère de fa­mille a re­vé­cu les mêmes scènes de ter­reur qu’en 2009. La se­cousse qui a dé­truit Ama­trice, Pes­ca­ra del Tron­to et Ac­cu­mo­li a été res­sen­tie dans toute la ville. Il était 3 h 28 — le même ho­raire, à quelques mi­nutes près, qu’en 2009. « On a tous cou­ru de­hors avec les en­fants, et on a dor­mi dans les voi­tures, dé­crit-elle, émue. Comme la der­nière fois… » De­puis, par crainte des ré­pliques, elle loge chez sa belle-mère dont l’ap­par­te­ment — au sein d’un vaste pro­gramme construit à la hâte par le gou­ver­ne­ment Ber­lus­co­ni après le drame — est aux normes an­ti­sis­miques.

In­ter­mi­nable re­cons­truc­tion

An­to­niet­ta, sexa­gé­naire éner­gique, n’a, elle, pas eu la force de re­gar­der les images, re­trans­mises en boucle à la té­lé­vi­sion. « Je dois en­core gé­rer mon propre trau­ma­tisme, s’ex­cuse-t-elle presque. Je n’ai pas be­soin de voir pour sa­voir ce qu’ils vivent. » Du­rant trois mois, elle a vé­cu sous les tentes bleues de la pro­tec­tion ci­vile avant de louer un ap­par­te­ment. Mais, de­puis 2013, l’Etat a ces­sé de sub­ven­tion­ner son loyer et les tra­vaux de sa mai­son n’en fi­nissent plus. « J’es­père que ces mal­heu­reux se­ront mieux trai­tés que nous », laisse-t-elle échap­per.

A On­na, vil­lage mar­tyr en pé­ri­phé­rie de L’Aqui­la, les tra­vaux de re­cons­truc­tion semblent, eux aus­si, in­ter­mi­nables. Un bruit de mar­teau-pi­queur s’échappe d’un im­meuble cou­vert d’écha­fau­dages. Mais, à cô­té, l’an­cienne place du bourg offre un pay­sage de dé­so­la­tion. « Là, c’était la mai­son de ma mère. Elle est res­tée sous les gra­vats », souffle pu­di­que­ment Roc­co, père de fa­mille dont la soeur et la nièce sont aus­si mortes cette nuit­là. Elles font par­tie des 40 vic­times de ce vil­lage qui comp­tait 240 ha­bi­tants. De­vant chaque dé­combre, l’homme, na­tif du vil­lage, marque un temps d’ar­rêt. « Là, il y a eu deux morts. Ici, trois. Là en­core, c’était le meilleur ami de mon fils. Il n’a pas sur­vé­cu. » La mai­son de Roc­co est l’une des seules — moins d’une di­zaine — qui est res­tée de­bout. Long­temps, lui et sa femme Gra­zia ont été in­ca­pables de mettre des mots sur la tra­gé­die. « J’ai fi­ni par al­ler voir une psy­cho­logue, confie cette der­nière. J’ai pu ain­si ai­der ma fa­mille à vivre avec ça. » Mais la dou­leur n’est ja­mais loin. « Ça reste là, dit-elle, dé­si­gnant son coeur. Et, de­puis mer­cre­di, c’est en­core plus dur… Quand je vois ces gens à la té­lé­vi­sion, je nous re­vois, il y a sept ans. »

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