L’heure des comptes

ÉDU­CA­TION. A trois jours de la ren­trée sco­laire, Na­jat Val­laud-Bel­ka­cem dé­fend son bilan. Et l’en­jeu est de taille à huit mois de la pré­si­den­tielle.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Fré­dé­rique Rol­let, porte-pa­role du Snes CHRISTEL BRIGAUDEAU

LE MOT EST AM­BI­TIEUX. Fran­çois Hol­lande avait pro­mis en 2012 de re­fon­der l’école. Presque cinq ans plus tard, la ren­trée des classes, jeu­di, la der­nière du quin­quen­nat, sonne aus­si l’in­ven­taire des pro­messes te­nues et des es­poirs dé­çus. L’école a-t-elle de nou­velles bases, ou une nou­velle fa­çade, ri­po­li­née sans que l’ave­nir des en­fants en dif­fi­cul­té sco­laire, ces grands aban­don­nés du sys­tème, en soit tel­le­ment mo­di­fié ? L’air confiant, sa liste de réa­li­sa­tions en main, Na­jat Val­laud-Bel­ka­cem, la mi­nistre de l’Edu­ca­tion na­tio­nale, qui tient ce ma­tin sa confé­rence de presse de ren­trée, en­joint fa­milles et en­sei­gnants à ju­ger sur pièce.

Les chan­tiers ou­verts sont nom­breux. Mais pas de grande oeuvre à l’ho­ri­zon. Le to­tem des 60 000 postes se perd dans une ba­taille de chiffres entre mi­nis­tère et syn­di­cats, sans qu’on sache en­core bien si le contrat se­ra rem­pli sur le ter­rain. La f or­ma­tion des nou­veaux en­sei­gnants, s up­pri­mée par Ni­co­las Sar­ko­zy, a été ré­ta­blie, mais les nou­velles écoles su­pé­rieures du pro­fes­so­rat ne font pas consen­sus. L’édu­ca­tion prio­ri­taire a été ré­for­mée pour une ré­par­ti­tion plus fine des moyens aux col­lèges et aux écoles qui en ont be­soin. Après des an­nées à re­gar­der ge­ler leurs sa­laires, les pro­fes­seurs sont aug­men­tés ce mois-ci. Pas de quoi sus­ci­ter pour au­tant une ava­lanche de vo­ca­tions de­vant les ta­bleaux blancs : même si le nombre d’ins­crits dans les mas­ters de l’en­sei­gne­ment frémit, il reste dans plu- sieurs ma­tières (les maths, l’al­le­mand, les lettres clas­siques), des places non pour­vues aux concours.

Gros chan­tier, les pro­grammes ont aus­si été ré­écrits, tous en même temps cette an­née, et les ta­blettes nu­mé­riques, que Fran­çois Hol­lande pro­met­tait de mettre entre les mains des pe­tits 5es sont bien là… dans un quart des éta­blis­se­ments, et avec des équi­pe­ments dif­fé­rents se­lon les choix des dé­par­te­ments.

En­fin, et sur­tout, le col­lège est ré­for­mé dans son en­semble cette an­née. Les me­sures, ac­cueillies sans hauts cris par les prin­ci­pales fé­dé­ra­tions de pa­rents d’élèves, sou­lèvent en re­vanche une in­ter­mi­nable fronde de la part de plu­sieurs syn­di­cats d’en­sei­gnants. Le puis­sant Snes-FSU ap­pelle ses troupes à sa­luer la ré­forme… par une grève la se­maine pro­chaine, sui­vie d’une fa­rouche ré­sis­tance pas­sive pour tout le reste de l’an­née.

Na­jat Val­laud-Bel­ka­cem ex­plique com­prendre que des en­sei­gnants se sentent « bous­cu­lés par les ré­formes nom­breuses ». Fré­dé­rique Rol­let, la porte-pa­role du Snes, parle, elle, de gâ­chis. « On est res­tés sur beau­coup de su­jets au bord du che­min. Il ne suf­fit pas de dire des choses et de consi­dé­rer qu’elles sont faites », grince-t-elle, en évo­quant des col­lègues « dé­bous­so­lés ».

Des bous­soles et des bouées, le PS n’en au­ra pas d’autres d’ici mai 2017 pour dé­fendre son bilan édu­ca­tif dans la ba­taille de la pré­si­den­tielle. En ma­tière de lutte contre les in­éga­li­tés, qui était son ob­jec­tif pre­mier, la « vé­ri­té des chiffres » qu’af­fec­tionne tant la lo­ca­taire de la rue de Gre­nelle n’existe pas en­core. Car les ef­fets des po­li­tiques édu­ca­tives sur les per­for­mances des élèves, s’il y en a, ne se font sen­tir que des an­nées après leur mise en oeuvre. Bien après la fin du dé­pouille­ment des urnes.

« Il ne suf­fit pas de dire des choses et de consi­dé­rer qu’elles sont faites »

La ren­trée 2016 est mar­quée par l’en­trée en vi­gueur de la ré­forme com­plète du col­lège.

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