Fillon se dé­chaîne !

Troi­sième té­nor LR à faire sa ren­trée po­li­tique, hier, à Sa­blé-sur-Sarthe, l’ex-Pre­mier mi­nistre, qui stagne à 10% des in­ten­tions de vote, a fait feu sur Ni­co­las Sar­ko­zy.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Sa­blé-sur-Sarthe (Sarthe) De notre en­voyée spé­ciale VA­LÉ­RIE HACOT

DÉCHAÎNÉ ! Contre toute at­tente, Fran­çois Fillon, le quatrième homme de la pri­maire, à la peine dans les son­dages, a don­né corps hier à ce slo­gan bran­di fé­bri­le­ment par ses sup­por­teurs : « Avec Fillon, cas­sons la ba­raque ! »

Dans un dis­cours fleuve qu’il peau­fi­nait en­core le ma­tin avec Gé­rard Lon­guet dans le train le condui­sant sur ses terres de Sa­blé-surSarthe, l’an­cien Pre­mier mi­nistre a lit­té­ra­le­ment étrillé — sans ja­mais pro­non­cer son nom — Ni­co­las Sar­ko­zy. « Ceux qui ne res­pectent pas les lois de la Ré­pu­blique ne de­vraient pas pou­voir se pré­sen­ter. Qui ima­gine le gé­né­ral de Gaulle mis en exa­men ? » cogne-t-il, ren­voyant sans mé­na­ge­ment l’an­cien pré­sident à ses en­nuis ju­di­ciaires. Le reste est à l’ave­nant. Fillon cite tous les grands di­ri­geants, de Clo­vis à… Chi­rac. Point. Un manque d’in­for­ma­tion sur ce­lui qui a sui­vi ? Pas vrai­ment…

Il se pose en chré­tien, rap­pe­lant son pas­sé de scout, ou en­core sa par­ti­ci­pa­tion à la messe de l’As­somp­tion et se gausse de ceux qui, pour ga­gner des voix chez les ca­tho­liques, « se pré­ci­pitent à la messe du 15 août après avoir convo­qué les pho­to­graphes ou en cou­rant au Va­ti­can », ta­pant à la fois sur Sar­ko­zy et sur Hol­lande. Il rit du dé­bat sur l’iden­ti­té — pré­fé­rant la sou­ve­rai­ne­té — et as­sène : « Il ne suf­fit pas de sau­ter sur sa chaise et de crier Iden­ti­té ! Iden­ti­té ! comme un ca­bri pour dé­fi­nir ce qu’est la France. » Suivez son re­gard… Chaque up­per­cut sou­lève les ap­plau­dis­se­ments d’un pu­blic évi­dem­ment conquis. Et de se pré­sen­ter, en creux, comme l’an­ti­thèse de Ni­co­las Sar­ko­zy : « Je ne suis pas un c o mé d i e n , j e n e s u i s p a s u n clown » , mar­te­lait- i l d’ailleurs avant d’en­trer en scène. Sur le fond, le dis­cours est tout au­tant mus­clé. « J’ai ré­cla­mé le strict contrôle ad­mi­nis­tra­tif du culte mu­sul­man tant que son in­té­gra­tion ne se­ra pas ache­vée », lâche-t-il. Il pro­pose éga­le­ment de « ré­écrire les pro­grammes d’his­toire » à l’école pour « les conce­voir comme un ré­cit na­tio­nal ».

Bref, pour sa ren­trée po­li­tique, Fillon a man­gé du lion. L’abou­tis- se­ment d’une stra­té­gie en­ta­mée dès le mois d’avril, où l’ex-Pre­mier mi­nistre à l’image lisse et po­li­cée s’est peu à peu mué en « bad boy », grif­fant ses ri­vaux. Avec un ob­jec­tif : dé­col­ler en­fin, au bout de près de trois an­nées de cam­pagne. En vain jus­qu’à pré­sent. Il stagne tou­jours à 10 % des in­ten­tions de vote… der­rière Bru­no Le Maire.

A trois mois du scru­tin, il y a le feu à la mai­son Fillon. « C’est main­te­nant, il faut ac­cro­cher la lu­mière », glisse son di­rec­teur de cam­pagne, Pa­trick Ste­fa­ni­ni. En lâ­chant ses coups et en les concen­trant sur Ni­co­las Sar­ko­zy, il es­père lan­cer une dy­na­mique.

« Il ne suf­fit pas de sau­ter sur sa chaise et de crier Iden­ti­té ! Iden­ti­té ! comme un ca­bri pour dé­fi­nir ce qu’est la France » « Je ne suis pas un co­mé­dien, je ne suis pas un clown »

Le mee­ting avait été conçu sur me­sure pour ce­la. Deux rames de TGV, bar­rées du slo­gan « On roule pour Fillon » ont été af­fré­tées pour l’oc­ca­sion, ain­si que six bus ve­nus de l’ouest de la France (SaintB­rieuc, Vannes…). Il fal­lait ra­me­ner le plus de mi­li­tants pos­sible au parc du châ­teau de Sa­blé. Plus de 3 000 per­sonnes, à en croire Fran­çois Fillon, avaient fait le dé­pla­ce­ment (2 600 re­pas au­raient été ser­vis). « Beau­coup plus que ses concur­rents la veille », as­sure per­fi­de­ment Ste­fa­ni­ni.

D e s « me s s a g e s c l é s p o u r ai­guiller les jour­na­listes » ont été en­voyés aux sou­tiens de Fillon, leur de­man­dant de faire va­loir que Jup­pé et Sar­ko­zy n’au­raient ras­sem­blé res­pec­ti­ve­ment que 1 500 et 1 000 sup­por­teurs (Jup­pé en r even­dique entre 2 500 et 3 000). Soixante et un par­le­men­taires, de Gé­rard Lar­cher, le pré­sident du Sé­nat, à Ber­nard Ac­coyer ou Va­lé­rie Boyer, étaient aux pre­miers rangs. Dé­mons­tra­tion de force ou opé­ra­tion de la der­nière chance… @vha­cot1 Pri­maire à droite : 14 can­di­dats doivent pas­ser l’obs­tacle des par­rai­nages

Sa­blé-sur-Sarthe (Sarthe), hier. image lisse et po­li­cée. A la peine dans les son­dages, l’an­cien Pre­mier mi­nistre, Fran­çois Fillon, cherche à cas­ser son

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