Se­rein,

Après de belles va­cances, beau­coup re­trouvent au­jourd’hui le tra­vail. Et aus­si son lot d’obli­ga­tions. Nos conseils pour une re­prise en dou­ceur et sans (trop de) stress.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - CLAU­DINE PROUST JÉ­RÉ­MIE PAVLOVIC

C’ÉTAIT tel­le­ment bien ! On a re­trou­vé du temps pour soi et ce­lui de mo­ments par­ta­gés avec les autres. Na­gé, cou­ru, ra­mé, qu’im­porte : re­noué avec la na­ture et avec son corps. Bref on a DÉ-CRO-CHÉ. De l’ac­tua­li­té pe­sante et même de cette ar­ma­da d’ob­jets connec­tés qui nous plongent dans la dé­pen­dance.

« Au bout d’une se­maine, on s’était fixé cette règle. Cha­cun avait le droit de consul­ter son té­lé­phone par mo­ments dans la jour­née, mais à par­tir de 18 heures, ter­mi­né », sou­pire un mé­de­cin pa­ri­sien. A peine at­ter­ri de va­cances fa­mi­liales en Asie, il laisse per­cer le re­gret. « C’était mer­veilleux. Com­ment ne pas re­plon­ger dans le rythme de dingue ? » Si l’on peut dif­fi­ci­le­ment échap­per au pin­ce­ment au coeur à l’ins­tant de re­prendre le quo­ti­dien, et si elle semble une éprou­vante ca­val­cade, la ren­trée n’est pas non plus obli­gée de ri­mer avec pa­nique et an­xié­té, ras­sure le doc­teur Do­mi­nique Ser­vant*, psy­chiatre au CHU de Lille spé­cia­liste du stress.

Fa­ti­gué : c’est nor­mal. « Il n’y a même rien de plus nor­mal ! » juge le spé­cia­liste. Entre re­prise de bou­lot et ges­tion de la ren­trée des en­fants, avec leur cor­tège de ren­dez-vous im­pé­ra­tifs, « on re­trouve tout ce qu’on avait lais­sé en plan : toutes choses qui ne sont, elles, pas par­ties en va­cances et qu’il va fal­loir af­fron­ter ». Seule­ment, l’être hu­main n’est pas une ma­chine qu’il suf­fit de ré­en­clen­cher pour pas­ser illi­co en mode TGV. Quand on a vé­cu sur un autre tem­po, se (re)le­ver le ma­tin de­mande un ef­fort. « Phy­sio­lo­gi­que­ment et psy­cho­lo­gi­que­ment, on ne peut que res­sen­tir le chan­ge­ment de rythme, qui chez cer­tains se ma­ni­feste même avec des troubles du som­meil », sou­ligne Do­mi­nique Ser­vant.

Re­syn­chro­ni­ser son rythme de vie (ali­men­ta­tion, som­meil, ac­ti­vi­té phy­sique) de­mande du t emps. N’écou­tez donc pas les per­fides « mais com­ment peux-tu être fa­ti- gué, tu rentres de va­cances » ! Votre coup de mou est la preuve qu’elles vous ont vrai­ment per­mis de dé­cro­cher. « Et ce n’est pas parce qu’on res­sent ce coup de fa­tigue qu’on en a dé­jà per­du le bé­né­fice. Il est bien là. Vous le res­sen­ti­rez dans un deuxième temps, vers la fin de l’an­née. »

De­bor­dé, ce n’est pas grave. « On peut être ten­té de tout vou­loir as­su­mer dès le pre­mier jour, sou­rit le mé­de­cin, mais ce n’est pas le cycle na­tu­rel. » Hor­mis pour ceux chez qui la pous­sée de stress est un for­mi­dable mo­teur, « la ren­trée ne doit pas être vé­cue comme un chan­ge­ment ra­di­cal, mais comme une re­mise en route » cres­cen­do. Comme elle se­ra in­évi­ta­ble­ment émaillée de grains de sable type élec­tro­mé­na­ger qui tombe en panne, sé­riez les urgences ! A tout vou­loir gé­rer d’un coup en plon­geant la tête la pre­mière en par­fait per­fec­tion­niste, même ar­mé des or­ga­ni­seurs « pour toute la fa­mille » bar­dés de sti­ckers ri­go­los, on risque de s’épui­ser, pré­vient le psy­chiatre. « A cou­rir, s’éner­ver, ne pas être pa­tient, on fi­nit frus­tré de ne pas avoir tout fait. Et le stress, c’est ça : le dés­équi­libre entre tout ce qui s’op­pose à nos en­vies et celles-ci. »

Nos­tal­gie : pro­fi­tez-en. Bien sûr, on n’a pas en­vie d’ou­blier les re­pas tran­quilles, la dou­ceur des soi­rées de va­cances. Puisque l’été se ter­mine en pente douce, même si le temps n’est plus à l’in­sou­ciance, on peut en­core s’ac­cor­der des ins­tants à sa­vou­rer, avec les en­fants et/ou les amis et s’oc­troyer « de pe­tites pi­qûres de rap­pel », conseille le spé­cia­liste. Et sans al­ler jus­qu’à se char­ger la barque d’exi­gences sup­plé­men­taires, en dé­ci­dant une liste de bonnes ré­so­lu­tions qu’on ne tien­dra pas, puis­qu’à la fa­veur des congés « on a res­pi­ré, pris conscience d’un cer­tain nombre de com­por­te­ments né­ga­tifs », on peut aus­si pro­fi­ter du chan­ge­ment de rythme et des sol­li­ci­ta­tions qu’im­pose la ren­trée pour gar­der quelques ré­flexes ac­quis cet été face à l’agi­ta­tion du quo­ti­dien. Conser­ver une ac­ti­vi­té phy­sique, un ins­tant pour bou­qui­ner et chiche : des mo­ments obli­ga­toi­re­ment dé­con­nec­tés.

Pour une re­prise en dou­ceur au tra­vail, « la ren­trée ne doit pas être vé­cue comme un chan­ge­ment ra­di­cal mais comme une re­mise en route », se­lon le psy­chiatre Do­mi­nique Ser­vant.

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