Chan­tage ou coup mon­té ?

SCAN­DALE. Il y a un an, deux jour­na­listes fran­çais étaient mis en exa­men pour avoir ré­cla­mé 2 M€ au roi du Ma­roc en échange de la non-pu­bli­ca­tion d’un livre sup­po­sé ex­plo­sif.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - PAS­CALE ÉGRÉ

DEUX THÈSES S’AF­FRONTENT : celle d’un chan­tage dont la vic­time se­rait le roi du Ma­roc et celle d’un tra­que­nard vi­sant à dis­cré­di­ter deux gê­neurs. La ré­vé­la­tion de l’af­faire, il y a un an, avait fait grand bruit. In­ter­pel­lés avec 80 000 € en poche en pe­tites cou­pures à l’is­sue d’un ren­dez-vous pa­ri­sien avec un émis­saire du royaume ché­ri­fien, les jour­na­listes fran­çais Ca­the­rine Gra­ciet, 42 ans, et Eric Laurent, 69 ans, étaient pla­cés en garde à vue puis mis en exa­men pour chan­tage et ex­tor­sion de fonds. Une sor­tie de l’ombre ra­va­geuse pour la ré­pu­ta­tion de ces co­au­teurs d’un pré­cé­dent livre d’in­ves­ti­ga­tion sur le Ma­roc…

Oui mais voi­là : tout en ad­met­tant une faute dé­on­to­lo­gique et mo­rale, l’un comme l’autre ont tou­jours dé- non­cé « un piège », niant tout chan­tage et af­fir­mant avoir cé­dé à une pro­po­si­tion du Ma­roc. Soit le paie­ment de 2 M€ en échange de l’aban­don d’un nou­veau livre, sup­po­sé ex­plo­sif, sur les moeurs de la fa­mille royale. « Non, il n’a ja­mais été ques­tion de deal fi­nan­cier, pro­teste l’un des avo­cats fran­çais du royaume, Me Ralph Bous­sier, dont la plainte avait lan­cé l’en­quête. Nous avions bel et bien af­faire à des ai­gre­fins, im­pli­qués conjoin­te­ment dans un mé­ca­nisme d’ex­tor­sion de fonds. Le reste n’est que pos­ture pour ten­ter de se sor­tir d’un mau­vais pas », as­sène-t-il.

Cha­cun campe sur sa po­si­tion. L’ins­truc­tion, quant à elle, conduite par deux juges pa­ri­siennes, s’est pour­sui­vie. Ca­the­rine Gra­ciet a été au­di­tion­née deux fois (lire ci-des­sous) mais pas son confrère, qui vient de chan­ger de dé­fen­seur (ni lui ni Me Jé­ré­my As­sous n’ont sou­hai­té s’ex­pri­mer). S e l on une source ju­di­ciaire, l ’ avo­cat Hi­cham Na­ci­ri, en­ten­du en juillet, a confir­mé son ré­cit des trois ren­dez-vous — il est l’homme qui avait conduit les né­go­cia­tions avec les jour­na­listes et en­re­gis­tré en ca­chette leurs ren­contres avec son té­lé­phone por­table (deux avec le seul Eric Laurent, une troi­sième avec Ca­the­rine Gra­ciet).

Deux de ces en­re­gis­tre­ments clan- des­tins (les 2e et 3e), avaient été d’em­blée contes­tés par la dé­fense des jour­na­listes. « Il s’agit d’un pro­cé­dé de preuve dé­loyal, d’un stra­ta­gème », avance l’avo­cat de Ca­the­rine Gra­ciet, Me Eric Mou­tet. Le sort de ces pièces clés, va­li­dées en jan­vier par la cour d’ap­pel de Pa­ris, reste sus­pen­du à un pour­voi en cas­sa­tion, qui doit être dé­bat­tu le 6 sep­tembre. « Nous sommes confiants, parce que le fond du dos­sier dé­montre de A à Z l’in­ter­ven­tion en amont du par­quet et des ser­vices de po­lice », as­sure Me Mou­tet. L’is­sue de ce pour­voi, à l’in­verse, ne trouble guère la par­tie ci­vile : les avo­cats du Ma­roc, Mes Ralph Bous­sier et Eric Du­pond-Mo­ret­ti, disent es­pé­rer « qu’un ju­ge­ment de condam­na­tion [des deux jour­na­listes] in­ter­vien­dra en 2017 ».

Des en­re­gis­tre­ments, pièces clés de la pro­cé­dure, sont contes­tés par les jour­na­listes

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