« J’ai eu un ac­cès de fai­blesse »

Ca­the­rine Gra­ciet,

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - P.É.

« COR­RUP­TION, al­lez-y, c’est le mot. » Ce terme, Ca­the­rine Gra­ciet l’ad­met dé­sor­mais. Il y a un an, à l’is­sue d’un long en­tre­tien dans un pa­lace pa­ri­sien, elle a ac­cep­té ce qui reste à ses yeux « un deal fi­nan­cier » pro­po­sé par un émis­saire du roi du Ma­roc. Une ver­sion que le Pa­lais (la mo­nar­chie) bien sûr conteste. Sa fi­na­li­té : la non-pa­ru­tion du livre d’en­quête sur la fa­mille royale ma­ro­caine qu’elle et son confrère Eric Laurent pré­pa­raient contre la somme de 2 M€. « J’ai fait une bê­tise. Une faute dé­on­to­lo­gique re­gret­table et dont je ne suis pas fière mais pas une faute pé­nale, avance-t-elle. J’ai eu un ac­cès de fai­blesse et je m’en veux énor­mé­ment. Reste que nous sommes tom­bés dans un piège, or­ches­tré pour nous tor­piller. »

De­puis sa mise en exa­men, Ca­the­rine Gra­ciet a été en­ten­due deux fois par les juges d’ins­truc­tion. Sa po­si­tion n’a pas va­rié : elle nie toute in­ten­tion d’un quel­conque chan­tage. Et af­firme n’avoir « bas­cu­lé », cé­dant à la ten­ta­tion de l’argent, que lors du 3e et der­nier ren­dez-vous avec l’avo­cat du Pa­lais, le seul au­quel elle ait été pré­sente.

« Sur le mo­ment, j’ai per­çu ce­la comme un ac­cord entre par­ties consen­tantes, dans un contexte géo­po­li­tique très mar­qué par le ter­ro­risme. Notre pré­cé­dent livre (NDLR : « le Roi pré­da­teur ») avait cau­sé beau­coup de re­mous. Dans l’en­gre­nage de la dis­cus­sion, j’ai pen­sé que la non-pa­ru­tion du pro­chain évi­tait de fra­gi­li­ser le Ma­roc. »

Après le tour­billon de son ar­res­ta­tion, de sa garde à vue et d’un « har­cè­le­ment mé­dia­tique » dont l’in­ten­si­té l’a épui­sée, Ca­the­rine Gra­ciet a re­pris le cours de sa vie. « J’en ai pro­fi­té pour le­ver le pied, pour m’oc­cu­per de mon fils, pour ren­con­trer de nou­velles per­sonnes. J’ai aus­si beau­coup ré­flé­chi à ce que j’avais fait, et pour­quoi. Pour di­gé­rer la chose. Pas par rap­port au re­gard des autres ou à ma car­rière mais par rap­port à moi. » Se sent-elle « grillée » dans la pro­fes­sion ? « Pas tant que ça », as­sure-t-elle, ex­pli­quant être souvent sol­li­ci­tée, « dis­crè­te­ment », sur ses dos­siers de pré­di­lec­tion.

De l’is­sue de la pro­cé­dure ju­di­ciai- re, même si elle a l’es­poir que la Cour de cas­sa­tion an­nule les en­re­gis­tre­ments 2 et 3 (lire ci-des­sus), Ca­the­rine Gra­ciet dit qu’elle n’at­tend rien. « C’est un dos­sier po­li­tique, je l’ai per­çu à de mul­tiples re­prises. Après une brouille di­plo­ma­tique, la France avait be­soin de re­nouer avec le Ma­roc, al­lié pré­cieux dans la lutte contre le ter­ro­risme. Le Ma­roc a fait d’une pierre deux coups : se dé­bar­ras­ser d’une jour­na­liste qui le gê­nait de­puis dix ans et contraindre la France à plier en sa­cri­fiant deux de ses res­sor­tis­sants. »

Ca­the­rine Gra­ciet a conser­vé la ma­tière du livre pro­je­té. Elle as­sure qu’une fois la page ju­di­ciaire tour­née, elle n’hé­si­te­ra pas à pu­blier. « Je ne fe­rai pas de ca­deau à ce ré­gime. Plus ques­tion d’états d’âme. »

« Je ne fe­rai pas de ca­deau à ce ré­gime »

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