« Ces ru­meurs d’at­ten­tats ne sont

CORSE. Le pro­cu­reur gé­né­ral dé­ment les ru­meurs sur des pro­jets d’at­ten­tats is­la­mistes qui ali­mentent une psy­chose, ren­for­cée par la rixe de Sis­co mi-août.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Pro­pos re­cueillis par THI­BAULT RAISSE

PRO­CU­REUR GÉ­NÉ­RAL près la cour d’ap­pel de Bas­tia, Franck Ras­toul est le su­pé­rieur hié­rar­chique des pro­cu­reurs de Bas­tia et Ajac­cio et res­pon­sable de la po­li­tique pé­nale ap­pli­quée sur l’île. Le haut ma­gis­trat re­vient sur la rixe de la plage de Sis­co, le 13 août, et les ten­sions qu’elle a gé­né­rées, sur fond de ru­meurs per­sis­tantes d’at­ten­tats is­la­mistes. Res­sen­tez-vous des ten­sions com­mu­nau­taires par­ti­cu­lières sur l’île ? FRANCK RAS­TOUL. La si­tua­tion en Corse est d’évi­dence ten­due mais n’a rien pour au­tant de très spé­ci­fique. Ces ten­sions existent en ef­fet par­tout en France car elles sont liées au contexte in­ter­na­tio­nal de me­nace ter­ro­riste. Il ne faut donc pas stig­ma­ti­ser la Corse et les Corses. Nous ne re­mar­quons pas une mon­tée en flèche des in­frac­tions liées à l’apo­lo­gie du ter­ro­risme, à l’in­ci­ta­tion à la haine ou aux dis­cri­mi­na­tions. J’ai tou­te­fois don­né des consignes pré­cises pour ren­for­cer la lutte contre ce type de faits et faire preuve de fer­me­té, y com­pris pour un tag hai­neux sur un mur. Il n’y a au­cune com­plai­sance ni fri­lo­si­té. Le trai­te­ment ju­di­ciaire de la rixe de Sis­co a été très cri­ti­qué… Les faits sont ob­jec­ti­ve­ment graves et in­ad­mis­sibles. Cette af­faire a été trai­tée au plan ju­di­ciaire comme n’im­porte quelle autre af­faire de ce type, sans dis­tinc­tion quant à l’ori­gine ou aux res­pon­sa­bi­li­tés des mis en cause. Il n’y a pas, sur ce dos­sier comme sur d’autres, une spé­ci­fi­ci­té corse. Il fal­lait néan­moins lais­ser le temps né­ces­saire à la com­pré­hen­sion des faits com­mis, à l’éta­blis­se­ment des di­verses res­pon­sa­bi­li­tés afin de pou­voir prendre les dé­ci­sions ap­pro­priées. Dé­sor­mais, le dé­bat est de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel dans un cadre qui don­ne­ra à cha­cun l’oc­ca­sion de s’ex­pri­mer. N’y a-t-il pas un mé­lange des genres entre le po­li­tique et le ju­di­ciaire lorsque deux élus lo­caux an­noncent eux-mêmes l’is­sue de gardes à vue ? Le pré­sident de l’As­sem­blée de Corse et le pré­sident de l’exé­cu­tif (NDLR : deux élus na­tio­na­listes corses) ont fait des dé­marches dans un contexte de grande ten­sion. Je n’ai, tout d’abord, pas de com­men­taire à faire sur des prises de po­si­tion d’es­sence po­li­tique. Ce que je peux dire, en re­vanche, c’est qu’il me pa­raît nor­mal que le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique ne ferme pas sa porte aux élus de Corse dès lors que ces der­niers ma­ni­festent le sou­hait d’avoir, ins­ti­tu­tion­nel­le­ment, un échange avec lui. De nom­breuses ru­meurs d’at­ten­tats dé­joués par les ser­vices de sé­cu­ri­té courent sur l’île… Je connais ces ru­meurs. Elles ne sont pas fon­dées. J’en­tends un jour qu’un at­ten­tat a été dé­joué à Cal­vi, le len­de­main à Saint-Florent… Soyons clairs : il n’y a eu, à ce jour, au­cune en­quête ju­di­ciaire ou­verte sur un éven­tuel pro­jet d’at­ten­tat en Corse. Une ru­meur a aus­si fait état d’un pro­jet d’at­taque vi­sant le Via Notte (NDLR : cé­lèbre dis­co­thèque de Por­to-Vec­chio). Il y a eu des soup­çons de cette na­ture, une per­qui­si­tion ad­mi­nis­tra­tive a im­mé­dia­te­ment été me­née, mais les élé­ments re­cueillis n’ont pas per­mis de confir­mer cette hy­po­thèse. Nous sommes ex­trê­me­ment vi­gi­lants, mais il faut des preuves ob­jec- tives. Il y a eu de nom­breuses per­qui­si­tions ad­mi­nis­tra­tives dans le cadre de l’état d’ur­gence, mais au­cune n’a pour l’ins­tant en­traî­né la dé­cou­verte d’élé­ments sus­cep­tibles d’as­seoir une en­quête an­ti­ter­ro­riste. En re­vanche, ces per­qui­si­tions ont dé­bou­ché s ur l a r é v é l a t i o n d’ i nf r a c t i o ns d’autres na­tures, qui ont été aus­si­tôt trai­tées. Ne crai­gnez-vous pas le dé­clen­che­ment d’une spi­rale de vio­lence qui pour­rait avoir des consé­quences plus graves en­core qu’à Sis­co ? Cha­cun doit faire son maxi­mum, quelle que soit sa place, ses re­spon- sa­bi­li­tés, afin de cas­ser la spi­rale de la vio­lence, des dé­ci­deurs aux ci­toyens. Oui, bien sûr, cette crainte existe ici, mais elle existe par­tout en France et au-de­là. Ce se­rait donc une er­reur de lui don­ner une ré­so­nance par­ti­cu­lière qui au­rait un ef­fet am­pli­fi­ca­teur. Dans ce contexte de vives ten­sions, d’in­ter­ro­ga­tions lé­gi­times et d’in­com­pré­hen­sions, d’ins­tru­men­ta­li­sa­tion aus­si par­fois, l’exi­gence de la jus­tice est d’ap­por­ter la ré­ponse qui lui re­vient sans pré­ci­pi­ta­tion mais de ma­nière aus­si ra­pide et étayée que pos­sible, de ma­nière ob­jec­tive, bien sûr.

« Cha­cun doit faire son maxi­mum afin de cas­ser la spi­rale de la vio­lence »

Sis­co (Haute-Corse), le 13 août. La vio­lente rixe qui a eu lieu sur cette plage a échauf­fé les es­prits et ali­men­té des ru­meurs in­jus­ti­fiées.

Se­lon Franck Ras­toul, au­cune en­quête ju­di­ciaire n’est ou­verte sur un éven­tuel pro­jet d’at­ten­tat en Corse.

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