« Ce qui compte, c’est le nombre d’em­plois créés »

Ma­thieu Plane,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos re­cueillis par C.G.

POUR MA­THIEU Plane, éco­no­miste à l’OFCE, un bon taux de chô­mage ne tra­duit pas for­cé­ment le dy­na­misme d’un ter­ri­toire. Face au chô­mage, cer­tains bas­sins d’em­ploi ré­sistent mieux que d’autres. Quels en­sei­gne­ments peut-on en ti­rer ? MA­THIEU PLANE. La crise n’af­fecte pas de fa­çon équi­va­lente l’en­semble du ter­ri­toire fran­çais. On peut avoir des di­ver­gences im­por­tantes d’une ré­gion à une autre, liées en par­ti­cu­lier à la spé­cia­li­sa­tion pro­duc­tive. Les ré­gions les plus af­fec­tées sont sou­vent in­dus­trielles. Les ré­gions de ser­vices ont plu­tôt mieux ré­sis­té. Ce­la dé­pend de la spé­cia­li­sa­tion ou non de cer­taines zones dans des sec­teurs en forte crois­sance, mais aus­si du po­si­tion­ne­ment géo­gra­phique : avoir de bons ré­seaux de tran­sports per­met­tant aux en­tre­prises d’être bien connec­tées aux autres ter­ri­toires pèse éga­le­ment. D’un en­droit à un autre, le taux peut néan­moins va­rier de 5 % à 10 %, voire plus… Le taux de chô­mage n’est pas for­cé­ment le bon in­di­ca­teur du dy­na­misme lo­cal en ma­tière d’em­ploi. Parce que c’est un ra­tio comp­table : cet ins­tru­ment de me­sure re­garde le nombre de chô­meurs rap­por­tés à la po­pu- la­tion ac­tive. Or, quand cette der­nière est as­sez faible, parce qu’il y a beau­coup de re­trai­tés ou d’in­ac­tifs, le taux de chô­mage peut être très bas. Il peut être biai­sé par le fait que beau­coup de per­sonnes sont par­ties cher­cher un tra­vail dans un ter­ri­toire plus dy­na­mique. C’est ty­pi­que­ment le cas dans les pe­tites villes, où les jeunes for­més part e nt t r o uve r un em­ploi dans une plus grande ag­glo­mé­ra­tion. Ceux qui res­tent sont les per­sonnes plus âgées et celles qui ont du tra­vail, par­mi les­quelles les ar­ti­sans, pro­fes­sions li­bé­rales, tra­vailleurs in­dé­pen­dants ou fonc­tion­naires sont for­te­ment re­pré- sen­tés. Dans ces en­droits, les em­plois de sa­la­riés sont re­la­ti­ve­ment peu nom­breux. Le taux d’em­ploi est-il un meilleur in­di­ca­teur pour éva­luer le dy­na­misme d’un bas­sin d’em­ploi ? Oui. Car ce qui compte, c’est le nombre d’em­plois créés. Or cer­taines a g g l o mé r a t i o n s dy­na­miques peuvent af­fi­cher un taux de chô­mage re­la­ti­ve­ment éle­vé, car elles at­tirent de nom­breux ac­tifs. Que peut-on en­core faire contre le chô­mage ? Il n’y a pas de re­cettes mi­racles. Les très bons scores de taux de chô­mage de pe­tites zones d’em­ploi ne s o nt p a s trans­po­sables à de grandes ag­glo­mé­ra­tions. En­suite, quand on ré­sorbe le chô­mage sur un ter­ri­toire, on re­porte le pro­blème ailleurs. Pour sor­tir de cette im­passe, il faut une po­li­tique na­tio­nale tour­née vers la crois­sance : on n’a en­core rien trou­vé de mieux pour créer de l’em­ploi. Sauf que cette crois­sance fait cruel­le­ment dé­faut en France, mais aus­si dans la zone eu­ro. La France ne pour­ra pas s’en sor­tir toute seule.

« Pour sor­tir de cette im­passe, il faut une po­li­tique na­tio­nale tour­née vers la crois­sance »

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