Pié­gés en chambre 4 étoiles

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - PAS­CALE ÉGRÉ

À SON CA­SIER j udi­ciaire, pas moins de 17 condam­na­tions, dont 7 pour ce qui a for­gé sa ré­pu­ta­tion dans le mi­lieu du ban­di­tisme : le bra­quage sur le mode tra­que­nard, au dé­tri­ment de vic­times peu promptes à se plaindre. « On est entre es­crocs », dé­fend l’Al­gé­rien Red­da Bou­gha­nem, 46 ans, qui com­pa­raît à par­tir d’au­jourd’hui de­vant les as­sises de Pa­ris pour une af­faire de sé­ques­tra­tion et ex­tor­sion de fonds en bande or­ga­ni­sée. Cer­veau pré­su­mé de l’opé­ra­tion, sur­ve­nue le 10 oc­tobre 2012 dans un hô­tel pa­ri­sien, l’homme s’était éva­dé la veille de la pri­son du Pon­tet (Vau­cluse) à l’oc­ca­sion d’un tour­noi d’échecs. Il sé­vi­ra en­core au Luxem­bourg avant d’être in­ter­pel­lé au prin­temps 2013 en Es­pagne, où il abri­tait sa ca­vale. Trois co­au­teurs pré­su­més et trois femmes sont ju­gés à ses cô­tés.

Le stra­ta­gème ima­gi­né par Bou­gha­nem et ses aco­lytes pour at­ti­rer leurs proies jus­qu’à l’une des chambres du quatre-étoiles s’or­ga­nise au­tour d’une pseu­do-car­gai­son de té­lé­phones et ta­blettes in­for­ma­tiques à prix cas­sés. Ap­pâ­té, Char­ly A., un com­mer­çant fran­co-is­raé­lien, se dit prêt à en ache­ter pour 300 000 € et em­barque son ne­veu au ren­dez-vous. En guise de mar­chan­dise, la porte fran­chie, les voi­là me­na­cés, me­not­tés et af­fu­blés de gi­lets cen­sé­ment bar­dés de dy­na­mite. Sur le lit, eux aus­si sau­cis­son­nés, quatre autres « clients » et vic­times — des hommes d’af­faires ma­ro­cains qui ja­mais ne se si­gnale- ront. « On va rien te faire, on veut l’ar­gent », en­tend Char­ly, plus tard li­bé­ré par les mal­fai­teurs dans le nord de la ca­pi­tale sans qu’ils ré­cu­pèrent la ran­çon ras­sem­blée par un ami.

Char­ly A. dé­cide ce­pen­dant de dé­non­cer les faits. Son ré­cit, cor­ro­bo­ré par l a vi dé­osur­veillance du bar et du par­king de l’hôt e l , c ons­ti t ue le point de dé­part de l’en­quête. Re­pé­rages des ber­lines louées, té­lé­pho­nie… Bien­tôt, les en­quê­teurs dé­ter­minent qu’un gang de mal­frats au mode opé­ra­toire si­mi­laire a sé­vi au Luxem­bourg en dé­cembre 2012 (l’ins­truc­tion de ce dos­sier a été lais­sée au grand-du­ché). Cette fois-ci, Red­da Bou­gha­nem s’est fait pas­ser pour le re­pré­sen­tant d’un prince ko­weï­tien dé­si­reux d’ac­qué­rir des montres de marque. La va­leur du bu­tin dé­ro­bé aux joailliers s’élève à 1,2 M€.

C’est un ba­nal contrôle rou­tier, en Es­pagne, où il se re­trouve pla­cé en ré­ten­tion, qui per­met de re­pé­rer le bra­queur en ca­val e. Trans­fé­ré en France grâce à un man­dat d’ar­rêt eu­ro­péen, ce­lui que ses com­parses ap­pellent « le gros » ou « le bal­lon » — l’homme est très cor­pu­lent — se­ra for­mel­le­ment re­con­nu par Char­ly A. Le lien éta­bli, une vague d’in­ter­pel­la­tions conduite en Es­pagne et en France dé­but avril place le reste de l’équipe sous les ver­rous.

Du­rant l’ins­truc­tion, Red­da Bou­gha­nem a re­con­nu sa par­ti­ci­pa­tion, af­fir­mant que l’opé­ra­tion d’ex­tor­sion était « to­ta­le­ment im­pro­vi­sée ». Il a in­sis­té sur le ca­rac­tère fac­tice des armes et des gi­lets d’ex­plo­sifs. Fausses iden­ti­tés, armes bi­dons, vic­times for­tu­nées et si­len­cieuses, bra­quage à vi­sage dé­cou­vert… C’est cette mé­thode et le pro­fil de ses cibles qui fait dire à son avo­cate, Me Ma­rie Gri­maud, qu’il se­rait « un genre de Ro­bin des bois ». Au dé­but des an­nées 2000, la presse l’avait plu­tôt sur­nom­mé « le bra­queur des stars » après qu’il eut dé­pouillé, sous cou­vert de « spec­tacle pri­vé » pour des émirs du Golfe, les pro­duc­teurs du boy’s band 2B3 et le co­mé­dien Oli­vier Le­jeune. Ver­dict le 6 sep­tembre.

Son avo­cate le com­pare à Ro­bin des bois

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