Le crime d’Au­ber­vil­liers élu­ci­dé ?

MEURTRE. Soup­çon­nés d’avoir tué le cou­tu­rier chi­nois, trois jeunes de 15 à 19 ans ont été in­ter­pel­lés grâce à la vi­déo­sur­veillance.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Au­ber­vil­liers (Seine-Saint-De­nis) NA­THA­LIE RE­VE­NU

C’EST UNE ÉTAPE dé­ci­sive dans l’en­quête sur le meurtre sau­vage du cou­tu­rier chi­nois. Trois jeunes gens âgés de 15 à 19 ans ont été in­ter­pel­lés hier ma­tin ci­té de la Ré­pu­blique à Au­ber­vil­liers et à Bo­bi­gny (Sei­neSaint-De­nis), soup­çon­nés d’avoir agres­sé mor­tel­le­ment, le 7 août der­nier, Chao­lin Zhang, un res­sor­tis­sant chi­nois de 49 ans. L’homme avait été roué de coups avec un ami par trois in­di­vi­dus qui ré­cla­maient leur sac à dos. Trans­por­té à la Fon­da­tion Roth­schild (Pa­ris XIXe), Chao­lin n’avait ja­mais re­pris connais­sance et était dé­cé­dé le 12 août. Son ami s’en était ti­ré avec de mul­tiples contu­sions à la tête. Ce sont les images d’une ca­mé­ra de vi­déo­sur­veillance qui a per­mis de les iden­ti­fier, les vo­leurs ayant opé­ré à vi­sage dé­cou­vert.

La mort de Chao­lin a pro­vo­qué un pro­fond émoi dans la com­mu­nau­té chi­noise d’Au­ber­vil­liers. So­li­de­ment im­plan­tée sur la com­mune de­puis le mi­lieu des an­nées 1990, elle compte plus de 1 600 gros­sistes en tex­tile, ce qui fait de ces pro­fes­sion­nels les res­pon­sables de l’une des plus grandes plates-formes d’im­port-ex­port d’Eu­rope. A tel point que la com­mu­nau­té est sur­nom­mée le « Sen­tier chi­nois ».

Le dé­cès de ce mo­deste cou­tu­rier, père de deux en­fants, est ve­nu s’ajou­ter à la longue sé­rie d’agres­sions qui cible de­puis une di­zaine de mois les Asia­tiques de cette ville. Jus­qu’à pré­sent, 105 plaintes ont été en­re­gis­trées au com­mis­sa­riat lo­cal. Un chiffre co­los­sal qui ne re­flète ce­pen­dant pas l’éten­due du phé­no­mène, plus pro­fond : « Beau­coup ne dé­posent pas plainte », sou­ligne un avo­cat qui dé­fend une tren­taine de vic­times d’ori­gine asia­tique. Bar­rière de la langue, si­tua­tion ir­ré­gu­lière, au­tant de rai­sons qui n’in­citent pas les vic­times à fran­chir la porte d’un com­mis­sa­riat.

Face à ce fléau et après l’agres­sion de Chao­lin, les re­pré­sen­tants de la com­mu­nau­té sont sor­tis de leur dis­cré­tion lé­gen­daire en mo­bi­li­sant tous azi­muts. Point d’orgue de cette exas­pé­ra­tion : l a ma­ni­fes­ta­tion du 21 août, qui a ras­sem­blé entre 2 000 à 3 000 per­sonnes à Au­ber­vil­liers. Dans la se­maine qui a sui­vi, la fa­mille de la vic­time était re­çue par Ber­nard Ca­ze­neuve. Le mi­nistre de l’In­té­rieur a in­di­qué qu’il se ren­dra dé­but sep­tembre à Au­ber­vil­liers. « Il nous a dit qu’il met­tait tout en oeuvre pour re­trou­ver les cou­pables », ajoute une élue. Sous la pres­sion conju­guée des as­so­cia­tions et des élus lo­caux, le dos­sier est de­ve­nu prio­ri­taire. « L’en­quête a été me­née avec di­li­gence et moyens », dé­clare le par­quet de Bo­bi­gny. La sû­re­té dé­par­te­men­tale, char­gée de l’en­quête, a af­fec­té un groupe de sept per­sonnes sur l’af­faire. Des ré­sul­tats en­core in­suf­fi­sants pour cer­tains : « Ce­la fait presque un mois que les faits se sont dé­rou­lés. On at­tend avec im­pa­tience son épi­logue et que la jus­tice passe vite », as­sène Ling Len­zi, conseillère mu­ni­ci­pale (LR) à Au­ber­vil­liers. Les images vidéo qui ont conduit au coup de fi­let de ce lun­di n’ont pu être ex­ploi­tées que ven­dre­di der­nier.

Les Asia­tiques pris pour cible de­puis une di­zaine de mois

Au­ber­vil­liers (Seine-Saint-De­nis), le 21 août.

Après le meurtre de Chao­lin Zhang (à g.), roué de coups, 2 000 à 3 000 per­sonnes ont ma­ni­fes­té pour dé­non­cer les agres­sions dont la com­mu­nau­té asia­tique est vic­time.

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