Sa fas­ci­na­tion, les flammes

JUS­TICE. Un jeune bou­cher corse a été condam­né hier à de la pri­son ferme pour avoir al­lu­mé plu­sieurs dé­parts de feux dans la ré­gion de Corte.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Bas­tia (Haute-Corse) De notre cor­res­pon­dant JU­LIEN ARGENTI

TROIS ANS DE PRI­SON dont deux avec sur­sis : c’est la peine in­fli­gée hier en com­pa­ru­tion im­mé­diate au tri­bu­nal de Bas­tia à un jeune bou­cher de 20 ans. Il avait été in­ter­pel­lé en fla­grant dé­lit dans le cadre d’une en­quête sur douze in­cen­dies qui ont frap­pé la ré­gion de Corte (Haute-Corse). Une tête de pou­pon et un phy­sique frêle. Des bas­kets blanches, son jean slim à peine dé­chi­ré, Re­my Mas­sei s’est re­trou­vé dans le box des pré­ve­nus hier où il a re­con­nu les faits. Du moins à moi­tié.

« J’avoue être l’au­teur de cinq feux. Mais pas des douze. » A toutes les ques­tions, il a ré­pon­du sans se dé­fi­ler. Voix tou­jours fluette, re­gard par­fois per­du, il a li­vré sa ver­sion. « J’avais une fas­ci­na­tion pour les flammes, mais sur­tout pour le fait de voir les pom­piers in­ter­ve­nir. Ce dé­sir de met- tre le feu a dé­bu­té quand j’ai été té­moin d’un in­cen­die. Suite à cet épi­sode, je suis ren­tré dans un en­gre­nage. »

Après avoir évo­qué la per­son­na­li­té de l’ac­cu­sé, le pré­sident du tri­bu­nal, M. Thier­ry Des­plantes, a po­sé une ques­tion simple. Es­sen­tielle même. « A votre avis, êtes­vous un py­ro­mane ? » « Oui, je peux me consi­dé­rer comme un py­ro­mane… »

Lors de son ar­res­ta­tion en fla­grant dé­lit le 25 août au soir, les en­quê­teurs ont trou­vé des bri­quets, des bou­gies, mais éga­le­ment de nom­breuses bou­teilles d’al­cool dans son vé­hi­cule ain­si que lors de la per­qui­si­tion à son do­mi­cile. « Les bou­teilles de rhum, c’était pour faire des cock­tails en soi­rée », a-t-il as­su­ré. « J’es­père que ce n’était pas des cock­tails Mo­lo­tov », a ré­pli­qué le pré­sident. Du cô­té du mi­nis­tère pu­blic, la culpa­bi­li­té ne fait au­cun doute. « La géo­lo­ca­li­sa­tion té­lé­pho­nique nous prouve que M. Mas­sei était sur les lieux des douze in­cen­dies. Pour deux ou trois, on pour­rait par­ler de coïn­ci­dence, mais là, c’est une évi­dence. » Pour la dé­fense, as­su­rée par Me MarcAn­toine Lu­ca, l’état psy­cho­lo­gique du pré­ve­nu ex­plique cette f ol i e i ncen­diaire. « Ré­my Ma s s e i e s t u n gar­çon fra­gile phy­si­que­ment, mais sur­tout psy­cho­lo­gi­que­ment. L’ex­per­tise médicale a prou­vé qu’il avait été vic­time d’un drame dans sa jeu­nesse avec l’in­cen­die cri­mi­nel contre l’en­tre­prise de ses pa­rents. » Ce choc émo­tion­nel consti­tue­rait la base des troubles psy­chiques, se­lon le rap­port d’ex­per­tise médicale. Face au tri­bu­nal, Ré­my Mas­sei pa­rais­sait à la fois cou­pable et li­bé­ré. Comme exor­ci­sé. « Je vous re­mer­cie de m’avoir ar­rê­té parce que j’au­rais pu me mettre en dan­ger et, sur­tout, mettre en dan­ger les autres », a-t-il confié lors de sa garde à vue.

La peine maxi­male en­cou­rue dans ce genre d’af­faire peut at­teindre dix ans de ré­clu­sion. Le pro­cu­reur avait re­quis deux ans de pri­son, dont un an avec sur­sis. En te­nant compte de la gra­vi­té des faits, mais aus­si du ca­sier ju­di­ciaire vierge de l’ac­cu­sé, le tri­bu­nal a dé­ci­dé de condam­ner Ré­my Mas­sei à trois ans de pri­son dont deux sous le ré­gime de mise à l’épreuve.

« Le plus im­por­tant, c’est que l’obli­ga­tion de soins a été re­con­nue. A tra­vers la peine d’un an de pri­son ferme amé­na­geable, il au­ra la pos­si­bi­li­té d’être sui­vi en mai­son d’ar­rêt ou en hô­pi­tal psy­chia­trique. » La dé­fense ne de­vrait donc pas faire ap­pel.

Il nour­rit une ob­ses­sion pour le feu de­puis l’in­cen­die cri­mi­nel contre l’en­tre­prise de ses pa­rents

Entre Ve­na­co et Corte (Haute-Corse), le 23 août. Le jeune homme de 20 ans, pris en fla­grant dé­lit et ar­rê­té jeu­di der­nier, a avoué être à l’ori­gine de plu­sieurs in­cen­dies. Condam­né à trois ans de pri­son dont deux avec sur­sis, il a ex­pli­qué aux juges qu’il ai­mait voir les pom­piers in­ter­ve­nir sur place.

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