22 heures, elle part des­si­ner ses chats…

Aujourd'hui en France - - LOISIRS ET RADIOS - N.G.

Il est 22 heures. A Pa­ris, la rue Tu­renne (IIIe) est as­sez calme en cette fin de mois d’août. Le quar­tier aus­si. Mis­se­kat, dé­bar­deur noir, en­fourche son vé­lo, fé­line, prend ses bombes, mar­queurs et feutres dans une ca­gette ac­cro­chée à son por­te­ba­gages et son car­ton à des­sins fixé à sa bi­cy­clette. Elle s’ar­rête une pre­mière fois rue Saint-Anas­tase de­vant l’une de ses oeuvres, un chat pen­sif as­sis sur ses pattes ar­rière au pied d’un arbre. « Bon, on va trou­ver un en­droit où je peux des­si­ner ce­lui de ce soir », fi­ni­telle par dé­cla­rer. L’ar­tiste conti­nue, s’ar­rê­tant pour tou­cher le mur avec la main gauche. « Il faut que le mur soit plat et pas trop gra­nu­leux, pour évi­ter qu’il y ait des bosses sur les po­choirs. » Mis­se­kat trouve ce qui lui faut au ni­veau du 18, rue De­bel­leyme. Il est 22 h 20, la graf­feuse com­mence son des­sin. Elle sort un pre­mier po­choir puis la pre­mière bombe, qu’elle se­coue avant d’en as­per­ger le conte­nu sur le mur un peu jau­ni par la lu­mière du lam­pa­daire. Ses mou­ve­ments sont ra­pides et, à chaque bruit sus­pect, elle jette un re­gard vers le bout de la rue. « C’est un peu stres­sant, mais c’est cette adré­na­line que j’aime. » Après quinze mi­nutes de tra­vail, trois po­choirs, Mis­se­kat fume une ci­ga­rette et se re­cule pour ad­mi­rer son tra­vail. « J’au­rais peut-être dû des­si­ner une sou­ris, pour que les gens com­prennent pour­quoi il y a une flaque de sang… mais je pré­fère les lais­ser ima­gi­ner », dé­cide-t-elle. Quelques pas­sants s’ar­rêtent pour la fé­li­ci­ter, des jeunes trouvent ça « co­ol ». Elle se marre, un peu gê­née. Si la plu­part des ri­ve­rains ap­pré­cient ce qu’elle des­sine, ce n’est pas du goût de tous. « Un soir, une per­sonne m’a fil­mée pour me dé­non­cer à la po­lice, mais je n’ai ja­mais eu de pro­blème en­suite », confie-t-elle. De­puis, Mis­se­kat évite de sor­tir seule. « Je me fais sou­vent ac­com­pa­gner par des amis, ou par mes pe­tits-en­fants, c’est plus ras­su­rant. »

Pa­ris (IIIe), jeu­di. Li­se­lotte Nis­sen alias Mis­se­kat graffe à la nuit tom­bée.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.