Quatre ans à la barre de l’en­tre­prise France

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - BORIS CAS­SEL ET VINCENT VERIER CA­THE­RINE GASTÉ

« JE N’AI PAS TOUT RÉUS­SI […] mais je suis fier d’être par­ve­nu à chan­ger con­crè­te­ment la vie quo­ti­dienne des Fran­çais. » Lu­cide, Em­ma­nuel Ma­cron, à l’heure du bi­lan. Dans le cock­pit de l’éco­no­mie fran­çaise de­puis quatre ans — d’abord à l’Elysée comme se­cré­taire gé­né­ral ad­joint puis à Ber­cy —, cet homme clé du quin­quen­nat de Fran­çois Hol­lande fait face à la cruelle réa­li­té des chiffres : un taux de chô­mage qui frôle les 10 % de la po­pu­la­tion ac­tive et moins de 1,5 % de crois­sance !

Si l’éco­no­mie fran­çaise reste en pe­tite forme, de fait, les Fran­çais ont vu des sec­teurs ré­for­més et des chan­ge­ments dans leur quo­ti­dien : li­bé­ra­li­sa­tion des lignes d’au­to­cars, ou­ver­ture plus large des ma­ga­sins le di­manche (même si la mise en oeuvre pose par­fois pro­blème) ou en­core baisse des ta­rifs des no­taires. Une at­taque en règle en­vers une cor­po­ra­tion qui a d’ailleurs va­lu à l’ex-hôte de Ber­cy une so­lide ini­mi­tié chez les no­taires. Bref, Em­ma­nuel Ma­cron, pour les Fran­çais, c’est avant tout la loi qui porte son nom.

Mais, au fait, est-ce vrai­ment sa loi ? « La loi Ma­cron, c’est en fait un texte qui a été concoc­té par la di­rec­tion gé­né­rale des en­tre­prises de Ber­cy et qu’Ar­naud Mon­te­bourg au­rait dû por­ter s’il était res­té en poste », ré­sume un conseiller mi­nis­té­riel. Pis, la me­sure la plus em­blé­ma­tique

« C’est quand même ce­lui qui dé­coiffe le plus »de l’ère Ma­cron — la li­bé­ra­li­sa­tion des au­to­cars — a été lar­ge­ment pom­pée. « La droite vou­lait le faire mais n’avait pas eu le temps de l’ins­crire à l’agen­da par­le­men­taire… » confie un autre conseiller. Et de pré­ci­ser : « L’op­por­tu­nisme ma­cro­nien a fait le reste. »

Pru­dent, Em­ma­nuel Ma­cron n’a en tout cas ja­mais avan­cé de chiffres sur le nombre d’em­plois créés par « sa » loi. A une ex­cep­tion près : les 1 500 postes nés des nou­velles li- c’est ce qui ca­rac­té­rise ce quin­quen­nat : des de­mi-me­sures ja­mais abou­ties, tou­jours au mi­lieu du gué. »

Dans les al­lées du cam­pus d’HEC, Ma­cron est sans conteste le mi­nistre le plus ap­pré­cié, ce­lui qui a su s’af­fran­chir de la doxa so­cia­liste. Cer­tains, ici, n’ont pas ou­blié son dis­cours sai­gnant lors de la pré­cé­dente édi­tion de l’uni­ver­si­té d’été du Me­def, quand il avait égra­ti­gné la gauche en cri­ti­quant les 35 heures. Et beau­coup voient dé­jà en lui un can­di­dat sé­rieux à la pré­si­dence.

« C’est quand même ce­lui qui dé­coiffe le plus, gauche et droite confon- gnes d’au­to­cars. En ma­tière de lutte contre le chô­mage, la contri­bu­tion d’Em­ma­nuel Ma­cron est en réa­li­té à cher­cher ailleurs. C’est peu connu par le grand pu­blic, mais le « Mo­zart de la fi­nance » est l’un des ar­ti­sans du cré­dit d’im­pôt pour la com­pé­ti­ti­vi­té et l’em­ploi (CICE), la me­sure phare de la pré­si­dence Hol­lande pour rendre la France plus at­trac­tive. « Sur ce su­jet, il a vrai­ment été à la ma­noeuvre, il a pe­sé dans les ar­bi­trages », se re­mé­more un haut fonc­tion­naire. A la ma­noeuvre aus­si pour bais­ser la fis­ca­li­té des en­tre­prises et va­li­der les hausses d’im­pôts pour les par­ti­cu­liers. « Il fal­lait le faire, je ne le re­grette pas. Nous ne pou­vions pas dire à nos par­te­naires dues. J’ai suf­fi­sam­ment de co­pains qui le sou­tiennent dé­jà et ont ver­sé entre 5 000 ou 15 000 €. Moi, j’at­tends de sa­voir s’il a vrai­ment rom­pu avec Hol­lande », confie Thier­ry Gri­maux, an­cien d’HEC et pa­tron de Val­tus, un des poids lourds du conseil en en­tre­prise.

« Il a des in­gré­dients très fa­vo­rables, mais je ne sais pas si la mayon­naise pren­dra. Dans nos rangs, il y a un phé­no­mène d’usure, une las­si­tude face à des es­poirs qui ne sont ja­mais concré­ti­sés par les po­li­tiques », dé­crypte un haut cadre di­ri­geant d’un groupe de mé­tal­lur­gie. eu­ro­péens : On ne tien­dra pas les 3 % de dé­fi­cit pu­blic », jus­ti­fiait Ma­cron, alors se­cré­taire gé­né­ral ad­joint de l’Elysée, en juin 2013, lors d’une ren­contre avec des jour­na­listes.

Une politique qui en­traî­ne­ra, quelques mois plus tard un ras-le­bol fis­cal. Bi­zar­re­ment, au­jourd’hui, Em­ma­nuel Ma­cron se fait plus dis­cret sur cet épi­sode. Il pré­fère in­sis­ter sur ses ta­lents de VRP de l’éco­no­mie fran­çaise. « Il a vrai­ment chan­gé l’image du pays à l’étran­ger. Il a mon­tré que nos pro­duits ont de la va­leur. Ce se­ra payant, à long terme, pour notre éco­no­mie », sou­ligne un an­cien haut fonc­tion­naire.

Ma­cron pré­fère in­sis­ter sur ses ta­lents de VRP de l’éco­no­mie fran­çaise

Une chose est sûre, hier après-mi­di, Ma­cron a fait une en­trée en scène réus­sie au Me­def en vo­lant la ve­dette aux autres per­son­na­li­tés po­li­tiques at­ten­dues de­vant le par­terre des pa­trons. « Lors­qu’il l’a ap­pris, Ni­co­las Sar­ko­zy était hys­té­rique », nous confie un or­ga­ni­sa­teur. Et d’en conclure : « On les ju­ge­ra à l’ap­plau­di­mètre. » Vien­dra, vien­dra pas, cette ba­taille d’ap­plau­dis­se­ments n’au­ra peut-être pas lieu puisque, hier soir, le doute sub­sis­tait sur la ve­nue d’Em­ma­nuel Ma­cron, au­jourd’hui, au grand raout des pa­trons.

Jouy-en-Jo­sas (Yve­lines), hier. Le pré­sident du Me­def, Pierre Gat­taz, ne ta­rit pas d’éloges sur l’ex-mi­nistre Em­ma­nuel Ma­cron.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.